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PARTIE NON OFFICIELLE COMMISSION D'AÉROSTATION SCIENTIFIQUE

Séance du 24 novembre 1902.

À la réunion présidée par le prince Roland Bonaparte, étaient présents : MM. le comte H. de L& Vaulx, W. de Fonvielle, Louis Ollivier, comte de Chardonnet, Eiffel et Armengaud jeune.

S'étaient fait excuser : MM. le docteur Hénocque, comte de Castillon de Saint- Victor et Georges Besançon.

M. W. de Fonvielle a communiqué un long rapport sur les lancers internationaux de ballons-sondes.

Il a été donné lecture d'une note du docteur Mora, concernant l'étude de la déviabilité des ballons ordinaires sans moteurs.

RÉUNION pu CoMiTÉ DU 4 DÉCEMBRE 1902

À la séance du Comité de l’Aéro-Club, présidée par le comte H. de La Vaulx, étaient présents : MM. de Castillon de Saint-Victor, de Chardonnet, de La Valette, Mallet, Tatin, Archdeacon, Rousseau, Giraud et Delattre.

Ont été reçus membres du Club : MM. Bucaille de Lettinières, Richefeu, Meunier, G. Eiffel, Balzon, Paul Tissandier et Duhanot.

M. Bourdelles a été nommé pilote.

Le règlement de la Commission technique de locomotion aérienne est adopté par le Comité, ainsi que la liste des noms des membres qui la composent, sauf acceptation de leur part.

Le Comité, sur la proposition de M. de La Vaulx, a voté 3 médailles — vermeil, argent, bronze — pour les futures expositions les plus intéressantes de la section aéronautique du Grand Palais. Le Comité nomme membres du Jury MM. Hervé, Besançon, de Chardonnet, de La Vaulx, colonel Renard.

M. Bartholdi a fait l'exposé de son projet de « Monument des Aéronautes du Siège ». Il à demandé au Comité de vouloir bien se charger de lancer la souscription pour élever ce monument et donné lecture de l'appel qu'il se propose d'adresser au public.

M. Bartholdi à été nommé membre du Comité sur la proposition de M. de Char-

donnet.

DiNER-CONFÉRENCE DU 4 DÉCEMBRE 1902

Le diner-conférence du 4 décembre, rappelant par bien des points l'inoubliable manifestation offerte aux Aéronautes du Siège par l'Aéro-Club, le 3 avril dernier, a marqué la rentrée de Santos-Dumont à la puissante Société d'Encouragement à la locomotion aérienne.

Bien peu de diners-conférences furent à la fois plus brillants, plus cordiaux et plus réussis que celui du 4 décembre. Il faut dire que la cérémonie qui en rehaussa l'éclat fut exceptionnelle et touchante. Il s'agissait de remettre solennellement à MM. Henry de La Vaulx, Albert Santos-Dumont, Henry Deutsch de la Meurthe et Robert Lebaudy, la première médaille d’or que L'Aéro-Club réserve à ceux qui, par leur dévouement, leur sang-froid, leur générosité ou leur science, ont servi la grande cause de la locomotion dans l’espace.

La médaille décernée à M. de La Vaulx rappelait le premier voyage aérien accompli par lüi de France en Russie, le 30 septembre 1900.

Celle de M. Santos-Dumont récompensaitles remarquables expériences du vaillant aéronaute brésilien avant même la Conquête du grand prix de 100.000 francs de l’Aéro-Club (19 octobre 1901).

Dans un autre ordre d'idées, MM. Henry Deutsch de la Meurthe et Robert Lebaudy étaient honorés par l’Aéro-Club : le premier pour la création du Prix de Cent mille francs qui suscita tant d'initiatives chez les conquérants de l'air et qui nous valut de si beaux dévouements ; le second, pour les précieux encouragements qu'il ne cesse de donner à l'aéronautique.

M. le marquis de Dion, président de l’Aéro-Club, avaittenu à présider lui-même la remise de ces médailles et à féliciter les lauréats.

Autour de lui, se trouvaient rassemblés, dans la grande salle à manger de l'Automobile-Club de France, un grand nombre des membres de la Société, Ci-

tons, au hasard:

MM. de Castillon de Saint-Victor, Etienne Giraud, Delattre, Peyrey, de Morlhon, Janets, Haven, Svedenborg, E. Surcouf, E. Archdeacon, Tatin, Paul Rousseau, Mallet, Lachambre, Nicolleau, Corot, Hervé, Mary, Melandri, G. Dubois, Roze, Pillet, Durand, W. de Fonvielle, Bordé, de Chardonnet, Blanquies, Brisson, Le Brun, Bourdelies, Ducasse, de Riche, Blanchet, Arrault, Lham, Maison, Boulenger, Armengaud, Tourneux, Peccatte, Sénécal, Nocquet, Bonnard, François, Malfait, Georges et Henry Klotz, Lemerle, Piétri, etc., etc.

Les héros de la soirée étaient également présents, sauf M. Robert Lebaudy, qui vient de commencer un long voyage autour du monde.

Quand le repas fut terminé, M. le marquis de Dion pria les convives de passer dans la salle de la Bibliothèque, et là, il plaça à sa droite M. Santos-Dumont et à sa gauche M. Henry Deutsch de la Meurthe. Puis, d'une voix chaude et émue, il s’exprima en ces termes :

Messieurs,

C'est la première fois que j'ai l'honneur et, en même temps, le plaisir de distribuer les médailles que l’Aéro-Club a fait frapper pour ceux qui ont marché avec tant de vaillance à la conquête de l'air et qui jusqu'ici ont su faire faire un si grand progrès à cette science nouvelle.

Nos lauréats, les premiers qui aient été récompensés par l’Aéro-Club, sont : M. le comte Henry de La Vaulx, M. Albert Santos-Dumont, M. Henry Deutsch de la Meurthe et M. Robert Lebaudy.

Ces Messieurs, en prenant chacun une voie différente, ont tous obtenu de grands succès. Ils ont su conquérir bien plus que cette modeste médaille que nous allons leur offrir ; ils ont gagné des titres à notre gratitude éternelle, pour avoir porté si haut le nom de l’Aéro-Club, nom qui a traversé le monde entier et qui afait acclamer notre patrie dans tous les pays. (Applaudissements.)

J'aurai d’abord le grand plaisir d'offrir la médaille de l’Aéro-Club à M. le comte Henry de La Vaulx pour son superbe voyage, le premier qui ait uni la France. et la Russie par la voie des airs. (Bravos et applaudissements.)

Monsieur de La Vaulx, permettez-moi, en vous remettant cette médaille, de vous. serrer la main de tout mon cœur. Vous avez porté le nom français jusqu'en Russie, sans avoir touché le sol ni la mer. (Applaudissements.)

Nous décernons notre seconde médaille à M. Santos-Dumont que nous avons la joie de revoir au milieu de nous.

De légers nuages nous ont un moment séparés de lui, mais le temps s’est éclairei, il n’y a plus de nuages. Nous sommes heureux de revoir aujourd'hui M. Santos- Dumont, de lui serrer la main et de lui remettre cette preuve de l'admiration que nous avons pour son Courage, son énergie et sa persévérance. (Bravos et applaudissements .)

Maintenant, Messieurs, j'espère que rien ne nous séparera plus de M. Santos- Dumont.

À un autre titre, nous avons encore deux médailles à décerner. Nous devons bien aux lauréats toute notre reconnaissance, car ces Messieurs ont fait preuve d’un dévouement incomparable. Ils ont encouragé cette science de la conquête des airs par les grands appuis qu'ils nous ont apportés ; je veux parler d’abord de M. Deutsch qui, par son magnifique prix, à fait faire, somme toute, le premier grand pas à la locomotion aérienne. (Bravos et applaudissements.)

Monsieur Deutsch, vous voyez sur cette médaille le génie français, qui commande à la science de traverser les airs et de guider un aérostat où il lui plaît. Eh bien ! ce génie, c’est vous! (Bravos prolongés.)

Puis, M. le marquis de Dion déplore l’absence du quatrième lauréat, M. Robert Lebaudy, qui se trouve actuellement au Japon. « Mais, ajoute-t-il, dès que le voyageur sera revenu parmi nous, nous lui remettrons la médaille de l’Aéro-Club, en un banquet amical comme celui=ei. »

Après le discours du président, M. Henry Deutsch prend la parole et prononce l’allocution suivante :

Je tiens à vous exprimer, mon cher président, mes plus sincères remerciements pour les paroles aimables que vous venez de m'adresser et pour la grande marque de sympathie que vous me témoignez au nom de l’Aéro-Club.

Si j'ai pu mériter cette médaille par l'encouragement que j'ai donné au progrès de la locomotion aérienne, la joie que j'en éprouve se voile, je vous l'avoue, quand je songe aux catastrophes survenues cette année. Qu'il nous soit permis d'adresser un souvenir à ces malheureuses victimes et à leurs veuves. |

Si j'ai voulu donner à la locomotion aérienne une impulsion nouvelle, c’est que ce problème passionnant, qui me hantait depuis de longues années, m'a paru s’approcher de sa solution, le Jour où l'avènement des moteurs à pétrole a permis d’espérer un résultat décisif que jusque-là aucun moyen de propulsion ne laissait entrevoir. Et c'est au moment où j'étais Le plus enthousiaste, au moment où un succès s'imposait à l'attention publique, que des catastrophes sont survenues. J'en ai éprouvé, je dois le dire, une émotion profonde et qui n'est pas encore éteinte.

J'étais presque découragé. Mais les manifestations aéronautiques qui viennent de se produire tant ici qu'à l'étranger, la confiance qui semble renaître parmi nous et qui se manifeste également chez nos amis d'outre-mer, ainsi que j'ai pu le constater par l'écho du banquet de l’'Aéro-Club de Grande-Bretagne auquel j'ai eu tant de regret de ne pouvoir assister — enfin la vivante manifestation que nous faisons ce soir même ici, me rendent la confiance et me font bien augurer de l'avenir.

Mais permettez-moi d'exprimer un vœu : c’est que les inventeurs qui vont poursuivre l’idée qui nous anime prennent toutes les précautions possibles.

Qu'ils considèrent que leur existence ne leur appartient pour ainsi dire pas. Il ne faut pas que le désir immodéré de trop rapides progrès, retarde l'heure de la solution définitive du problème. ;

Je souhaite donc que les inventeurs ne sacrilient rien à la légitime passion de la gloire, qu'ils ne précipitent pas leurs essais, mais s’entourent des précautions les plus minutieuses, des conseils les plus autorisés, pour éviter le retour de malheurs semblables à ceux que nous avons eu à enregistrer.

Après cet appel à la prudence, permettez-moi de formuler un dernier vœu. J'espère que l’Aéro-Club, l’année prochaine et les années qui suivront, aura encore l’occasion de récompenser d'heureux efforts et de beaux succès, en décernant à nouveau cette médaille d’or que j'ai éprouvé — quant à moi — tant de bonheur à recevoir de vous. (Bravos et applaudissements.)

Prenant texte des paroles de M. Henry Deutsch de la Meurthe, M. Armengaud jeune invite tous les aéronautes présents à unir leurs efforts pour éviter le retour des catastrophes qui ont attristé l’année 1902.

Enfin, c’est par ce speech très simple, mais très ému, de M. Santos-Dumont, que s’est terminée la série des discours :

Monsieur le Président, Mes chers Collègues,

Je n’ai que trois mots à vous dire : « Merci, Oubli et Travail. »

Merci de vos éloges qui m'ont profondément touché, pour cette médaille qui sera pour moi un cher souvenir.

Je voudrais qu'à partir de cette soirée, des jours regrettables, qui parfois retentirent d’un malencontreux bruit d'orage, soient à jamais oubliés. A la vérité, ces jours sont déjà lointains ; l’atmosphère aujourd'hui semble apaisée, et j'ai le ferme espoir d’une toujours belle saison.

Permettez-moi maintenant, mes chers amis, de souhaiter pour l'Aéro-Club une prospérité toujours croissante, et les progrès d’une idée dont, tous, nous sommes les esclaves volontaires, heureux et passionnés : l'Idée aérienne. (Applaudissernents.)

Quand l'enthousiasme soulevé par ces quelques paroles du gagnant du Prix de cent mille francs fut apaisé, une très intéressante séance de projections commença, et les lauréats, qui avaient eu les honneurs de la médaille d’or, eurent encore ceux de la lanterne magique.

En effet, des projections, par M. Gaumont, de clichés représentant les concours de Vincennes, en 1900, départ du Centaure pour la Russie, des ballons automo-

biles de Santos-Dumont, les Méditerranéen I et ZI, ainsi que le concours de Bordeaux, puis en 1901, ascension du Saint-Louis, monté par M. Balsan, gagnant la coupe Robert Lebaudy, auraient terminé la fête intime de la Société d'Encouragement à la locomotion aérienne, si M. Etienne Giraud n'avait, au dernier moment, fait une proposition qui souleva les acclamations unanimes.

«Je propose, a dit en substance M. Giraud, de décider dès maintenant la rentrée, à l'Aéro-Club, de notre ami Santos-Dumont. » … Nous croyons inutile de décrire l'enthousiasme provoqué par ces paroles, tandis que MM. de Dion et de La Vaulx serraient affectueusement les mains du vainqueur du Prix Deutsch.

L’AÉRONAUTIQUE AU GRAND PALAIS

Nous devons des éloges au comte Henry de La Vaulx, commissaire de la section de l'Aérostation, qui s’est multiplié pour mener à bien ia tâche à lui confiée par M. Rives.

Le Salon de la Société d'Encouragement à la locomotion aérienne a brillé par l'éclat des collections qui le remplissaient. À signaler la remarquable série d'objets « au ballon » réunis

ar Tissandier. Sur une table étaient disposés les instruments scientifiques imaginés par MM. Cailletet, de La Baume-Pluvinel, de Chardonnet, Janssen. Plus loin, le côté pratique, la cuisine des aéronautes, de M. Jacques Balsan, permettant de faire chauffer des aliments sans employer de feu.

Sur les murs, une immense carte d'Europe donnait les tracés &es principaux parcours effectués en ballon parles membres de l’Aéro-Club, la collection de vieilles estampes, don de sir David Salomon; les superbes vues aérostatiques des frères Boulade.

Une série de treize photographies retraçait l’histoire de la locomotion aérienne, pages tragiques ou heureuses.

Au milieu du salon s'élevait une maquette du monument aux Aéronautes du Siège, œuvre de notre grand statuaire Bartholdi, qui sera élevé sur une des places de la capitale. par souscription organisée sous le patronage de l’Aéro-Club. Plus loin, les photographies de presque tous les aéronautes du sièce ; cette collection hors ligne, précurseur du monument Bartholdi, est due à la persévérance de M. Mutin-Godard.

Sur un socle était la Coupe des femmes aéronautes,« Jeune Provence »,de Charpentier, dont Mme Magdeleine Savalle est détentrice actuelle par 408 kilomètres.

Les bustes, par le sculpteur Nocquet, de Severo, de de. Bradsky, de Morin.

Dans la salle qui suivait était le Méditerranéen II, en partance. La nacelle et son gréement se profilant sur un ciel un peu nuageux ;: la grande bleue caressait la grève de son flot paresseux. Tableau impressionnant qui nous fait revivre les heures passées à Palavas, dans l'attente du vent favorable.

En face, une vitrine renfermant un ballon porte cette inscription : « Le Volta ayant servi à M. Janssen dans sa sortie de Paris, le 2 décembre 1870, pour une mission scientifique. »

La prospérité de l'industrie aéronautique se manifestait dans les stands de MM. Maurice Mallet, Louis Godard, Henri Lachambre et à l’Aéronautique-Club (constructions Edouard Surcouf), qui exposaient ancres, soupapes, filets, nacelles, suspensions perfectionnés de ballons modernes et de nombreuses photographies.

La Revue Générale des Sciences qui a organisé cette année une série de croisières aériennes, montrait la nacelle de l’Zros.

L'exposition de la Société Française de navigation aérienne était relative à la presse aéronautique (vieux documents non sans intérêt) et celle du Journal des Voyages aux comptes rendus de tous les drames de l’air ou des grands voyages aériens.

Une mention spéciale à MM. Pichou pour son propulseur dont il donnait les résultats obtenus à l’expérimentation ; Herbster. pour un grand cerf-volant perfectionné et une boussole aérostatique à indication relative ; David, de Nantes, pour un propulseur à rétroaction.

Il serait trop long de donner la description de tous les modèles de ballons automobiles exposés, dont les inventeurs rêvent la réalisation, hélas ! chimérique pour la plupart.

Citons MM. Tinel, Cuyer, Desjardin, Lahens, Cossard, Smitter et Eray.

Le jury nommé par l’Aéro-Club, composé de MM. de La Vaulx, président, le colonel renard, de Chardonnet, Hervé, Besançon, rapporteur, a décerné les récompenses suivantes :

Médailles de vermeil, M. Maurice Mallet, Aéronautique-Ælub de France.

Médailles d'argent, M. Louis Godard, Société Française de navigation aérienne, Revue Générale des Sciences, M. L. Pichou.

Conformément à son mandat, le jury a attribué les récompenses en appréciant l'effort accompli dans le but de donner une exposition intéressante, ou les appareils réalisés et expérimentés sur les bases scientifiques.

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