DIRECTION ET DÉVIATION
Monsieur le Directeur,
Dans votre estimable Revue Z’Aérophile du mois de novembre dernier, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt l’article de M. le comte Jules Carelli, intitulé : La forme du ballon dirigeable, et j'ai constaté dans le deuxième chapitre de cet article, une erreur qui est malheureusement quelquefois admise en aérostation.
En effet, au dernier paragraphe de la page 285, M. Carelli, supposant un ballon ogival, le fait avancer contre le vent en inclinant l’axe longitudinal du ballon
à gauche, et ensuite à droite, pour parvenir du point GC au
| point D. Je trouve que cette inclinaison ne peut qu'être nui-
ë sible à la marche contre le vent de l’aéronat, car il offre à la > he L résistance du vent, dans ces deux positions successives, une
CE Re () surface bien plus grande que si l'axe du ballon était dans le
ni | sens direct du vent, par conséquent il y a plus de force à faire pour parvenir au point C.
L'on a souvent la fâcheuse habitude de comparer un ballon
NE à un navire à voiles, et certaines personnes ont même été
jusqu’à appliquer des voiles soit aux aéronats (tout au moins
dans les projets), soit même aux ballons sphériques ; il est
| inutile de dire que ces innovations n’ont pas donné de
bons résultats, au contraire, car dans le cas d’un navire à
F Ô voiles, il y a un point d'appui essentiel qui oppose une résis-
| tance au glissement en travers du navire, c'est l’eau, et ce \ point d'appui manque totalement à tout aérostat libre d’un A contact quelconque soit avec la terre, soit avec la mer.
ÿ\ Si l’on veut établir une comparaison entre la navigation
maritime et la navigation aérienne, il faut comparer les aéronats à des navires à vapeur (ou à tout autre moteur mécanique) en ne tenant pas compte de la stabilité, ou mieux encore aux navires sous-marins, les uns comme les autres manœuvrant dans des eaux courantes.
Un autre genre de comparaison peut être établi entre les aéronats et les poissons : dans les rivières dont l’eau est assez claire, l'on peut souvent voir des poissons qui se maintiennent dans une position fixe, contre le courant, en ne faisant que très peu de mouvements, mais sitôt qu'ils se tournent, tant soit peu d’un côté ou de l'autre, le courant les entraîne rapidement en arrière et du côté où ils se sont tournés, ils sont alors obligés d’agiter bien plus violemment leurs moyens de propulsion pour revenir à la hauteur du point où ils se trouvaient en premier. Les aéronats allongés se trouveront dans les mêmes conditions dans leur élément, l'air.
D'après ces faits et l'expérience que j'ai de la navigation maritime, je erois pouvoir établir, étant donné un ballon allongé qui doit lutter contre un vent, même n'étant pas directement contraire à la direction à suivre, qu'il sera préférable de remonter d’abord dans le lit du vent, et ensuite par une faible inclinaison de l’axe du ballon, on sera pour ainsi dire projeté sur le but proposé.
(1) Les Cerfs-volants, par J. Lecornu; librairie Nony, à Paris.
Exemple : Soit un aéronat partant du point À pour aller au point B; le vent souffle suivant la flèche ; le ballon devra d’abord remonter le lit du vent jusqu’en C ; ensuite, en prenant une position parallèle à la direction AB, il sera vivement poussé par le vent jusqu'au point C, en faisant toujours agir sa propulsion en avant. Je crois que ce seront là les meilleures conditions que l’on puisse trouver pour parvenir le plus rapidement possible au point B.
Espérant que ma communication pourra intéresser vos lecteurs, je vous prie d'agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de mes sentiments distingués.