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PARTIE NON OFFICIELLE

CoMMIssiON D'AÉROSTATION SCIENTIFIQUE Réunion du 3 février 1902

La séance est tenue sous la présidence du prince Roland Bonaparte. Sont présents : MM. Besançon, Deslandres, de Fonvielle, Hervé, H. äe La Vaulx, Teisserenc de Bort.

La Commission décide que ses réunions auront lieu, à l'avenir, le dernier lundi de chaque mois, ce qui lui permettra de remettre ses instructions aux aéronaules qui voudront bien participer aux ascensions internationales, qui ont lieu le premier jeudi de chaque mois.

M. Teisserene de Bort soumet des courbes représentant la variation de la température jusqu’ à 12.000 mètres d'altitude, pendant plusieurs semaines, du 27 janvier au 1° mars 1901.

L'orateur résume ainsi les résultats obtenus par l'emploi des cerfs-vo'ants et des ballons-sondes pour l'étude des variations journalières des éléments météorologiques dans l'atmosphère :

1° Détente de Fair par dépression dans les premiers jours du mois, déterminant des variations adiabatiques avec la hauteur. Le 5 février, au centre même d’une bourrasque avec pluie et neige et partant de 0°, on trouve, entre le solet5 kilometres, un décroissement de température de 0°53 par 100 mètres, valeur qui concorde avec celle que donne le caleul pour l'air saturé. À la fin du mois, le 26, on observe entre 8 et 10 kilomètres, une décroissance adiabatique de 1° pour 100 mètres, avec des pressions relativement hautes, ainsi que cela se produit sur le pourtour des dépressions, quand des mouvements à composante verticale rapide ne sont pas accompagnés de condensation.

2° Refroidissement par l’arrivée d'air froid, puis par rayonnement: froid se caractérisant par ce fait qu'il se limite aux couches d'airinférieures, et s'accompagne d’une décroissance très lente (0,40) malgré la sécheresse de l'air, ce qui indique que les couches tendent à se répartir suivant l'équilibre statique. C'est le mécanisme le plus habituel de la production du froid pendant l'hiver.

3° Les inversions produites par la formation des nuages bas et les effets de l'insolation sur ces nuages.

4° L'apparition, dans la partie élevée de l'atmosphère (11 kilomètres dans certaines situations), de températures très basses au-dessus des hautes pressions.

A la suite de son intéressante communication, M. Teisserenc de Bort fait appel aux aéronautes pour consigner sur le livre de bord toutes les observations météorologiques qu'ils sont susceptibles de faire au cours de tout voyage aérien.

Après discussion, on décide la création de 5 trousses météorologiques qui seront mises à la disposition des aéronautes qui en feront la demande.

Le prince Roland Bonaparte s'inscrit pour 200 francs pour l'achat de ces instruments, et fait savoir qu'il offrira un baromètre d'honneur à l'auteur de la meilleure série d'observations météorologiques en ballon, exécutées au cours de l’année 1902.

Le comte de La Vaulx est chargé de demander au Comité de l'Aéro-Club de bien vouloir participer à ces encouragements aux ascensions scientifiques, en accordant un crédit pour l'achat des trousses météorologiques et une médaille au lauréat du concours d'observations.

REUNION DU CoMiTÉ pu 5 FÉVRIER 1902

Sont élus membres de l'Aéro-Club : MM. Léon d'Anthonay, Emile Bourdelles et Marius Dubonnet.

Le Comité approuve les rapports du secrétaire général et du trésorier, qui seront présentés à l'Assemblée générale du 7 février.

Le Gomité ratifie les mesures prises par le Conseil d'administration qui assurent

la participation de l'Aéro-Club aux encouragements donnés par sa Commission sciertfique en faveur du développement des observations météorologiques à bord de: ballons montés.

M. Ilenry Deutsch entretient ses collègues de son projet de « Meulan-Sport » où serait établi un aérodrome modèle, sorte de gare des ballons.

Le Comité décide de renvoyer à la Commission technique et scientifique de l’Aérophile, tous les projets où mémoires qui lui sont soumis par les inventeurs.

Le Comité ratifie la décision de la Commission de contrôle et d'homologation, qui attribue au comte de Castillon le prix de la distance en 1901.

DinER-CONFÉRENCE DU 5 FÉVRIER 1902

Le diner-conférence présidé par le comte Henry de La Vaulx, a réuni un groupe de sociétaires parmi lesquels : MM. de Bradsky, David, Mallet, Giraud, Archdeacon, Jeantaud, Antonin et Léo Boulade, Lachambre, Boulenger, Jane Delamare, Louis Ollivier, Morin, Roze, Besançon, Sénécal, Arnold de Contades, de Castillon de Saint-Victor, Bordé, Blanchet, Peccatte, etc.

M. A. Boulade fait l'historique complet de la photographie en ballon, depuis son origine jusqu'en 1890.

C'est Nadar, en 1858, qui le premier tenta de prendre en ballon des vues photographiques de la terre. Il eut de nombreux insuccès, car les procédés photographiques connus à l’époque faisaient considérer le problème comme pratiquement insoluble. Il obtint cependant un mauvais cliché du Petit Bicêtre. Ce fut la première photographie faite en ballon.

Dix ans plus tard, du ballon capüf d'Henry Giffard, qui fonctionnait à l'Hippodrome, il recommença de nouveaux essais au collodion humide, et put obtenir un cliché assez bon.

En 1878, lorsque Giffard eut installé son merveilleux captif qui montait à 900 mètres, Dagron reprit la question de photographies aérostatiques. Il trouva devant lui les mêmes insuceès qui avaient arrêté Nadar : le manque de sensibilité du collodion. Cependant, au mois d'août, par un témps très calme, il eut un cliché 22% 28 assez bon, quoique le lointain soit nébuleux et les lignes légèrement doublées.

L'année suivante, on commençait à faire usage du gélatino-bromure; les émulsions d'alors étaient loin d’avoir la sensibilité de celles d'aujourd'hui, mais offraient cependant des avantages très grands sur le collodion.

C'est le 8 juin 1879 que M. Triboulet, membre de l'Académie d'aérostation météorologique, impressionna le premier, et en ballon libre, une plaque au gélatino-bromure d'argent. Elle ne fut malheureusement Jamais développée par suite d’un incident d'atterrissage : les châssis furent maladroitement ouverts par les employés d'octroi.

Le 14 juin de l’année suivante, M. Paul Desmarets fit une ascension à Rouen, avec le matériel de M. Triboulet, et rapporta deux clichés passables pris à 1.100 et 1.300 mètres.

À cette époque, le gélatino-bromure apportait une révolution complète dans

les procédés photographiques, aussi ces premiers résultats attirèrent l'attention. Des essais furent faits en Angleterre par M. Shadbolt qui obtint d'assez bonnes épreuves.

Enfin, en 1885, MM. Gaston Tissandier et Jacques Ducom, organisèrent une expédition photographique et purent obtenir, les premiers, des résultats absolument satisfaisants ; les clichés ne laissent rien à désirer comme netteté.

Les résultats de cette ascension, qui eurent à l'époque une certaine publicité, avaient démontré la possibilité d'obtenir en ballon d'aussi bennes photographies qu'à terre. À partir de ce moment,les ascensions exécutées au point de vue photographiques se sont multipliées.

M. A. Boulade rappelle en détail tous les travaux que nous résumons brièvement.

Le 14 juillet 1885, M. Pinard, photographe de l'École de Médecine de Nantes, avec M. Julhès, fait 5 clichés 18X24 des environs de Nantes, entre 400 et 200 mètres.

Quatre jours plus tard, les capitaines da génie, Charles et Paul Renard et Georget, exécutent à Chalais-Meudon une ascension photographique et rapportent plusieurs clichés très remarquables de Paris et des environs.

Le 18 octobre, c'est M. Veddel avec L'Hoste, qui prend deux clichés de Paris,

En 1886, le 2 juillet, les frères Tissandier et M. Paul Nadar prennent quelques vues.

La semaine suivante, MM. P. Nadar et Albert Tissandier, font trois clichés des bords de la Marne.

Les officiers du génie travaillaient également la question et une série d'expériences furent exécutées en ballon captif et en ballon libre.

Entre autres photographies, nous citerons celles connues de M. le commandant Fribourg, et celles faites, le 10 septembre 1886, dans une ascension de Chalais- Meudon, par M. le commandant Renard et M. le lieutenant Goupillaud.

Nous rappelons également l'ascension exécutée en 1891, à Arras, par M. le capitaine Meyer-Heine.

À l'étranger, on ne restait pas inactif, des expériences furent faites dont quelques-unes avec succès, ea Allemagae et en Angleterre. En Autriche, M. Silberer réussit quelques épreuves. |

M. À. Boulade présente ensuite quelques considérations générales sur les moyens actuels et le matériel propres à la photographie aérienne. Il donne après, le résumé de leurs propres travaux, depuis leurs premiers essais, en 1892, jusqu'à ce jour.

Par des projections à la lumière électrique habilement exécutées,les frères Boulade montrent sur l'écran, une collection incomparable de plus de 200 épreuves, panoramas aérostatiques, perspectives ou vues en plan des plus variées; une intéressante série de photographies d'hydrométéores et quelques belles vues aérostatiques sur les massifs montagneux des Cévennes, puis sur le massif de la Grande- Chartreuse et sur les Alpes de la Savoie.

Au nom de l'Assemblée, le comte de La Vaulx remercie les frères Boulade de leur intéressante conférence et les félicite pour les magnifiques résultats qu'ils ont obtenus.

M. Paul Bordé fait le récit de la très intéressante ascension qu'il a exécutée par temps de neige, le 25 janvier, en compagnie de MM. Bacon et Saunière. Il projette plusieurs vues d'effets de neige, excessivement curieuses ; puis présente le type modifié du statoscope qu'il a imaginé. L'appareil, expérimenté au cours de l'ascension du 25 janvier, a donné d'excellents résultats.

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