‹ L'Aérophile (volume 5)Chapitre 45 sur 161 · PARTIE NON OFFICIELLE REUNION pu CoMiTÉ pu 3 AvriL · texte numérisé non relu

PARTIE NON OFFICIELLE REUNION pu CoMiTÉ pu 3 AvriL

La séance était présidée par M. le comte Henry de La Vaulx.

Ont été reçus membres du Club : MM. de Castro Guimaraes, Hermite, Jacobs, Maller, Orloff, de Riche.

M. Besançon, secrétaire général, donne lecture du procès-verbal de réception du ballon Aéro-Club N° 4.

Le Comité note le remplacement de l'enveloppe de l'Aéro-Club N° 9, et en donne la commande à M. Maurice Mallet.

DINER-CONFÉRENCE DU 3 AVRIL 1902 Les Acronautes du Siège de Paris à l'Aéro-Club

L’Aéro-Club, dans la touchante pensée d'honorer la mémoire des aéronautes du siège de Paris et de fêter les derniers de ces vaillants, avait convié à son diner mensuel d'avril les survivants de cette héroïque légion formée aux plus cruels moments.

En se mettant à table, M. Georges Besançon apprend à l'assistance que cinq aéronautes du siège qui avaient accepté l'invitation de l'Aéro-Club, se trouvent empêchés d'assister à la fête par des circonstances indépendantes de leur volonté et qu'ils en expriment tous leurs regrets. Ce sont : MM. Albert Tissandier et Rane, du Christophe-Colomb; le sénateur Antonin Dubost, du Lafayette; Morel, de la Fille-

- de-Paris, et le général de Boisdeffre, du Lavoisier.

Ensuite, le secrétaire général nomme les présents : MM. Gabriel Mangin, de la Ville-de-Florence ; le comte de Kératry, du Godefroy-Cavaignae ; Mutin-Godard, du Jules-Favre N° 1; Cassiers, du Vauban ; Lemercier de Jauvelle, du Ferdinand- Flocon ; Bose, de la Ville-de-Chäteaudun; Wilfrid de Fonvielle, de l’'Egalité ; Rolier, de la Ville-d'Orléans ; Janssen, du Volta ; Richard, du Duquesne; Clariot et Valade, du Vaucanson, et Théodore Mangin, du Bourbaki.

A la suite de la présentation, le secrétaire général fait savoir que parmi les membres de l’Aéro-Club, le marquis de Dion, son président, MM. le comte de La Valette, Robert Lebaudy, le comte de Castillon de Saint-Victor, le comte de Chamberet, Ducasse, Hervé, Jacques Faure, Lahens et beaucoup d’autres, dont il serait trop long de donner la liste, ont écrit qu'ils étaient de cœur avec leurs collègues, mais que des occupations importantes ou l’état de leur santé ne leur permettaient pas d'être des nôtres ce soir.

Au dessert, le comte Henry de La Vaulx, qui présidait, a prononcé un remarquable discours.

Discours pu ComTE DE La Vaurx Mes chers amis,

Un devoir bien doux m'incombe ce soir en l'absence du Marquis de Dion, c’est celui de souhaiter la bienvenue à nos hôtes.

Je suis particulièrement heureux et fier de saluer au nom de l’Aéro-Club de France les aéronautes du siège de Paris, ces vaillants qui pendant l’année terrible n'ont pas craint au péril de leur vie de franchir à bord de leurs ballons les lignes prussiennes et de porter ainsi les nouvelles des habitants de la Capitale aux familles inquiètes des provinces les plus éloignées. :

Ils nous ont montré là un bel exemple d’intrépidité et de patriotisme. Il ne faut pas oublier en effet qu'à cette époque l’aérostation était encore bien primitive. Savait-on seulement si un ballon pouvait rester de longues heures dans les airs; savait-on si les projectiles ennemis n’atteindraient pas facilement les aérostats à travers l'atmosphère, entraînant ceux qui les montaient dans une mort effrayante ? Et méme s'ils échappaient à ces dangers, connaissait-on les intentions des Allemands sur le sort qu'ils réserveraient à ces héros tombant entre leurs mains?

M. de Bismarck n'avait-il pas déclaré que les aéronautes faits prisonniers seraient traités comme des espions et, comme tels, fusillés, le dos tourné?

C'était donc peut-être à cette mort ignominieuse qu'ils couraient les aéronautes du siège de Paris et cependant aucun n’a reculé. Certains mème ayant besoin de quitter la capitale dans un but purement scientifique refusaient les sauf-conduits que l'ennemi leur offrait. M. Janssen, devant aller en Algérie pour observer la planète Vénus, préférait quitter Paris dans un aérostat ets’exposer aux balles prussiennes plutôt que d’être le débiteur des Allemands.

Il m'est impossible de dire ici les noms de tous ceux qui s’offrirent ainsi héroïquement à ladmiration de la Patrie et je ne puis jamais penser sans m'émouvoir à ces braves qui, sans une hésitation, sans une objection, s’élançaient pour la première fois de leur vie dans des ballons dont on leur indiquait d’une façon sommaire le maniement deux heures auparavant.

En dehors de l'admiration que ces hommes ont provoquée dans toute la France, que dis-je ! dans le monde entier par leur héroïque patriotisme, ils nous ont révélé les services importants que l’on pouvait attendre des ballons libres, et ont été les véritables promoteurs de laérostation militaire. (Applaudissements.)

Aussi l'Aéro-Club se devait à lui-même d'honorer publiquement ces héros dont la France glorifiera perpétuellement la mémoire. Depuis longtemps, F'Aéro-Club avait l’intention de provoquer cette manifestation, mais il voulait attendre pour cela d’être une Société puissante et prospère pour que son hommage en soit plus grand encore. Aujourd'hui c’est une chose ne ;ie nom etla vitalité de notre Société sont connus du monde entier. Aussi n avons-nous pas voulu attendre plus longtemps pour recevoir ceux qui nous ont si brillamment tracé notre route. Je bois donc à votre santé, Messieurs, et particulièrement à celle de vos deux doyens, MM. Janssen et Wilfrid de Fonvielle. (Vifs applaudissements.)

Vous me permettrez aussi d'associer à ce toast le nom de M. Bartholdi, c'est-àdire de l’homme qui, admirateur comme nous de vos belles actions, a donné généreusement son temps et son talent pour ériger un monument à la mémoire glorieuse de ceux des vôtres qui ont succombé d’une façon héroïque. J'espère que les efforts tentés par M. Bartholdi seront bientôt couronnés de succès et que nous verrons dans un temps prochain s'élever fièrement sur lune des places de la Capitale le ronument des Aéronautes du Siège de Paris, (Applaudissements.)

Discours pe M. JANSSEN Messieurs,

Je suis très touché des paroles beaucoup trop bienveillantes à mon égard de notre si sympathique et si distingué Président.

De la part d'un amateur d'aéronautique si habile, si expérimenté, si courageux el si héroïque à l’occasion, et qui a accompli de si beaux et mémorables voyages, les approbations et les éloges prennent une singulière valeur.

Mais, Messieurs, il faut le dire bien haut, parce que c’est la plus exacte vérité et certes, je suis bien sûr, en parlant ainsi, d'être de cœur et d'esprit avec tous mes compagnons des ballons du siège, nous proclamons qu'il n’y eut aucun mérite de notre part en accomplissant un devoir aussi impérieusement réclamé par la Patrie.

Ilest,eneffet, Messieurs, des circonstances sigraves, sicritiques, siterribles même pour le salut de cette patrie, que ceux qui comme nous F’aiment d’un amour passionné, sont entraînés d’un mouvement irrésistible vers le devoir, vers le dévouement, vers le sacrifice même de la vie. Il n’y a là aucun mérite. Ce sont toutes les libres de notre être qui crient alors et nous entraînent du mouvement le plus impérieux et le plus irrésistible,

Nous ne nous trouvons done pas de mérite à avoir accompli ce devoir, mais nous pouvons nous réjouir du résultat,

L'épisode des ballons pendant le siège de Paris et au milieu de tant de désastres et d'effondrements a été un motif de consolation et même d’orgueil national.

Il est bien dans le génie français, génie d'initiative, d'invention, de courage, de générosité. (Applaudissements.)

Et, non seulement, Messieurs, vous avez attiré alors sur la défense nationale, l'estime et même l'admiration, mais, suivant notre génie initiateur, vous avez créé un nouvel élément au service de la défense des places. Votre initiative a été féconde et l'exemple que vous avez donné à Meudon a ouvert une voie qui a été suivie, et aujourd’hui le service des ballons pour les places de guerre est définitivement adopté.

Ah! Messieurs, si la défense d'ordre purement militaire avait été ce qu’elle aurait dû être, ce siège de Paris eût été le tombeau des assiégeants et il eût fait époque dans l'histoire des sièges les plus fameux, mais jetons un voile sur ce passé et réjouissons-nous de ce qui, dans ce passé si douloureux, nous a valu l'estime et mème l’admiration, et ici, je dois faire la meilleure part à ce grand orateur patriote et homme d'Etat dont la parole enflammée a réchauffé les âmes françaises et les a fait se ressaisir elles-mêmes. (Applaudissements.)

Messieurs, j'ai tenu à venir m'asseoir à cette table où je savais rencontrer mes amis les aéronautes du siège. Nos rangs s’éclaircissent, car il y a déjà un tiers de siècle que nous nous embarquions dans nos nacelles. Je veux leur dire que je suis toujours de cœur avec eux et que si je puis être utile à quelques-uns d’entre eux, je le ferai avec tout le dévouement dont je suis capable.

Messieurs, je bois à nos hôtes en leur disant que je suis de cœur avec eux dans l’œuvre d'ordre si élevé qu’ils poursuivent, je bois à mes compagnons dans l'œuvre

des ballons du siège auxquels je souhaite de venir encore bien des fois à ce diner confraternel. Je bois surtout à cette chère France, à cette grande généreuse qui n’a qu'à se ressasir elle-même pour être encore à la tête des Nations par le génie et le cœur. (Vifs applaudissements.)

ArLocuTioN DE M. Crarior, Président de la Société Amicale des Aéronautes du Siège.

Messieurs et chers Collègues,

Au nom de la Société amicale des aéronautes du Siège de Paris, je prie l'Aéro-Club de France, de vouloir bien accepter tous nos remerciements pour l'honneur qu'il a bien voulu nous faire en conviant à cette fête tous les aéronautes et passagers des ballons du Siège de Paris, survivants dont l'adresse a pu ètre connue.

Je crois être leur interprète en disant que la date du 3 avril 1902 sera pour nous tous un doux souvenir, nous ayant permis de nous retrouver ensemble à 31 ans de distance.

Nos âges ne nous permettant en général plus un travail très actif, votre vaillante Société a su y suppléer ayant déjà par ses travaux conquis le premier rang en aérostation pratique et théorique. Nous, vos aînés, nous deviendrons vos admirateurs pour tous les progrès que vous pourrez faire, soit scientifiquement, soit industriellement.

Déjà, les ascensions à l'actif de l’Aéro-Club nous font vous admirer. Vos travaux, vos essais d'altitude, vos records de distance et ceux de la traversée de la Méditerranée, nous sont un sûr garant que cette jeune Société, qui a su si vite se placer à l'avant-garde de l’aérostation française, ne fera que prospérer et deviendra une des gloires de la France.

Messieurs, je termine en souhaitant que vos travaux ne soient pas interrompus par une série de mauvais jours comme vos aînés ont eu à en subir durant l'année désastreuse de 1870-71 : la plupart d’entre nous n'étaient alors que bien novices dans la partie aérostatique.

Je remercie en mon nom personnel tous les membres de cette bonne et brave Société et je lève mon verre à la prospérité et à l’avenir du généreux Aéro-Club de France. (Applaudissements.)

Discours DE M. LE COMMANDANT PauL RENARD

Messieurs,

Après les éloquentes paroles prononcées au nom de l’Aéro-Club par son distingué vice-président M. le comte de La Vaulx, et au nom des aéronautes du Siège

de Paris, par le plus éminent d'entre eux, M. Janssen, après l’'allocution si cordiale et si patriotique de M. Clariot, président de la Société amicale des aéronautes du Siège, il semble qu'il ny ait plus rien à dire. Toutefois, il pourrait paraitre étrange que le représentant de l'Aérostation Militaire gardât le silence dans une réunion comme celle d'aujourd'hui.

Si tous les Français, si tous les aéronautes doivent une grande reconnaissance à nos hôtes d'aujourd'hui, les aéronautes militaires leur doivent une gratitude toute spéciale, carils les considèrent sinon comme des ancêtres, du moins comme les auteurs de leur résurrection.

Vous savez tous, Messieurs, que l’Aérostation militaire est née à la fin du dix-huitième siècle, sous la 1"° République, et que dès le début, sous l’habile direction de Conté et de Coutelle, elle a rendu aux armées françaises les plus grands services. Vous savez aussi qu'au début du dix-neuvième siècle elle a été supprimée par Napoléon et qu'on ne l'a vue reparaître en France que sous la 3° République, après un intervalle de près de quatre-vingts ans. Eh bien, ilest certain que si l’Aérostation militaire a été rétablie, c'est en raison du rôle aussi utile que glorieux que jouèrent les ballons libres pendant le Siège de Paris. Sans eux, la capitale aurait été sans communication avec la province ; tout le monde fut frappé de ce résultat et comprit quel parti l'art militaire pouvait tirer des ballons depuis trop longtemps négligés. Il est donc absolument conforme à la vérité de déclarer que, sans les aéronautes du Siège de Paris, il n'y aurait pas d’Aérostation militaire en France ni dans les armées. étrangères qui n’ont fait, en organisant ce service, que suivre notre exemple à quelques années de distance.

D'autres voix, plus autorisées que la mienne, vous ont rappelé avec quelque détail l'importance du rôle des aérostats du Siège et les services qu'ils ont rendus: je ne veux pas revenir sur cette question, je me permettrai seulement d'attirer votre attention sur un point, c’est qu'à part quelques exceptions, les aéronautes du Siège ne savaient pas monter un ballon, et que le Le grand nombre d'entre eux prenaient pour la première fois place dans la nacelle d'un aérostat au moment de quitter Paris investi. Faut-il leur en faire un reproche ? Personne de nous ne pourrait en avoir l’idée; Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes ne savaient pas non plus monter en ballon, quand, les premiers de tous les êtres humains, ils se sont courageusement laissé emporter au sein de l'atmosphère, le 17 octobre 1783. Leur ignorance diminue-t-elle leur mérite ? Non, certes, et il en est de mème des aéronautes du Siège de Paris.

Depuis cette tragique époque, l'Aérostation a fait des progrès considérables tant au point de vue de la construction du matériel que de l'habileté des aéronautes, et si les circonstances forçaient le pays à faire de nouveau appel à leur concours, on disposerait de ressources beaucoup plus considérables à tous égards qu’en 1870-71. il faut évidemment s’en réjouir; mais, tous les progrès réalisés n’enlèveront rien au mérite des aéronautes du Siège de Paris.

Je puis vous en donner un exemple frappant : Le 24 novembre 1870, M. Rolier, que je suis heureux de voir à cette table et de saluer tout spécialement, partait de Paris et, après un voyage émouvant au-dessus de la mer du Nord, allait atterrir en Norvège, ayant parcouru dans les airs environ 1.280 kilomètres. Ce voyage dépassait de beaucoup comme longueur toutes les ascensions antérieures, et pendant près de trente ans M. Rolier détint le record de la distance. Ce record lui fut enlevé en 1899 par M. Mallet, que nous avons le bonheur de posséder parmi nous, et par M.le comte de D ALo de Saint-Victor qui n'a pu assister à son grand regret à la réunion d'aujourd'hui. Le 9 octobre 1900, M. le comte de La Vaulx, en compagnie de M. de Castillon de Saint-Victor, partait de Vincennes pour exécuter cette mémorable ascension de plus de 1.900 kilomètres qui dépassait largement les voyages précédents et qui détient encore le record de distance aujourd’hui. Vous admirez tous comme moi les habiles aéronautes dont je viens de rappeler les noms; mais je suis sûr de ne pas être démenti par eux, en affirmant que ni M. Mallet, ni M. de Castillon de Saint-Victor, ni M. de La Vaulx ne songent à mettre en parallèle leur merite avec celui de M. Rolier, qui a entrepris son grand voyage en ajoutant aux risques habituels des ascensions les dangers de toute nature résultant de la guerre et des circonstances dans lesquelles il quittait la capitale. Et si j'ai cité M. Rolier, c'est parce que son voyage fut remarquable à un point de vue spécial, mais ce n’est nullement pour diminuer le mérite de ses camarades; tous ne sont pas allés en Norvège, mais tous ont fait ce qu'ils pouvaient et sont allés où le vent les a menés, où, plutôt, les a conduits leur amour de la Patrie. (Applaudissements.)

. Au nom des aéronautes militaires, je lève mon verre en l'honneur de nos glorieux précurseurs les Aéronautes du Siège de Paris. (Vifs applaudissements.)

ALLOCUTION DE M. BarTHozpt

Messieurs,

Je suis très touché de l'invitation dont l’Aéro-Club m'a honoré ce soir; j'y suis d'autant plus sensible, que je dois cette invitation aux sentiments de vive sympathie qui m'attachent aux Aéronautes du Siège et que j'ai exprimés dans le projet de monument auquel M. le Président a bien voulu faire allusion, dans son émouvant discours.

Les pensées que ces glorieux souvenirs m'ont inspirées doivent certainement animer tous les Français, car, en ce qui me concerne, je n’oublierai jamais la douce et vive émotion que j'ai due aux Aéronautes durant la douloureuse existence de la guerre.

Après avoir été séparé de Paris, avoir fait la campagne en Alsace, sur la Loire, puis dans la Haute-Saône, toujours plein de foi mais sans éelaircie dans l'horizon, sans nouvelles, je reçus inopinément quelques lignes amies. Quel éclair de joie je ressentis ! quelle énergie je recouvrai! C’est peut-être à l’un d’entre vous, Messieurs, ici présents, que je suis redevable de cette lueur de joie!

J'aime à me le figurer, je vous en remercie tous, heureux de rattacher ce cher souvenir aux visages que J'ai devant moi et d'entendre les paroles vibrantes dont M. le Président vous a salués au nom de l'Aéro-Club. (Applaudissements.)

Quant au projet de monument que j'ai rèvé de vous consacrer, Messieurs, je suis toujours prêt à le poursuivre et je ferai tout mon possible pour cela. Les sympathies que M. le Président m'a exprimées à cet égard, permettent d'espérer que l'Aéro-Club s'intéressera à l'œuvre qui m'a été inspirée jadis par l'héroïsme des Aéronautes du Siège.

Le milieu où nous nous trouvons, se compose d'hommes jeunes et actifs qui aiment à honorer les gloires du passé et qui se préoccupent de préparer celles de l'avenir.

L'Aéro-Club, depuis qu'il existe, a déjà montré son esprit d'initiative et la puissance de son activité, on peut espérer le succès s’il prend en main la grande pensée de consacrer par un monument les nobles souvenirs dont vous avez honoré l’histoire de France.

Je conclus, Messieurs, en saluant avec émotion dans cette réunion ceux auxquels on doit un inoubliable passé et dont la vaillance a procuré jadis au pays qui souffrait des sensations profondément bienfaisantes; je salue ceux qui représentent la génération nouvelle, les hommes d'action et d'avenir qui ont en vue le développement du génie de la France ; je bois au succès de l’Aéro-Club et à la santé de son Président. (Vifs applaudissements.)

A l'issue des discours, M. de Kératry raconte les détails inédits de son voyage à bord du Godefroy-Cavaignac. Pour la première fois, il indique la nature de la mission que lui avait donnée le gouvernement de la Défense nationale.

On l'avait, dit-il, envoyé à Madrid dans le but d'engager le maréchal Prim à proclamer la République en Espagne. Il avait apporté avec lui dans son ballon 60 millions en bons du Trésor, dont les uhlans ont failli s'emparer. Cette somme représentait la solde et l'équipement d’un corps d'armée de 50.000 hommes que la nouvelle République aurait mis à la disposition de son aïnée. Le maréchal refusa ces propositions qui avaient l'appuide Castelar et des républicains espagnols. Trois mois après, il était assassiné, sans qu'on ait jamais pu découvrir le nom du criminel qui l'avait poignardé.

A la fin de son intéressante communication, M. de Kératry a fait cadeau aux archives de l’Aéro-Club d’une pièce curieuse, sa commission de courrier des Postes.

M. Wilfrid de Fonvielle a fait une conférence sur les ascensions qui se sont succédé du 21 septembre 1870 au 28 janvier 1871, puis à mesure qu étaient faites des projections de vues ayant trait à ces ascensions, chacun des aéronautes présents a narré les péripéties de son voyage.

La dernière vue projetée a été celle du monument proposé par M. Bartholdi

qui a répondu avec patriotisme et esprit aux nombreuses félicitations dont il a été l’objet.

A la fin de la soirée, M. Luzzatto, successeur de M. Dagron, a offert à toutes les personnes présentes un opuscule sur le voyage du Miepce contenant un spéeimen des pellicules photographiques dont les pigeons voyageurs étaient porteurs.

Parmi la très nombreuse assistance nous avons remarqué : MM. le duc d'Uzès, Tatin, de Riche, Peyrey, Chanteaud, Roze, Barbotte, Straus, Lachambre, Mallet, le colonel Strobl, le lieutenant Strohl, Morin, Blanchet, Maison, Pierre Perrier, le comte de Vanssay, le commandant Cordier, Bordé, Maller, Tinel, le comte de Castillon de Saint-Victor, le comte de Chardonnet, Noël, Brisson, Guérard, de la Preugne, Derouard.

Dans un prochain numéro, nous publierons plusieurs documents inédits sur les Ballons du Siège de Paris.

Observations psychrométriques en ballon

L’Aéro-Club a eu l'excellente idée de publier en une petite brochure le très intéressant rapport à la Commission d’aérostation scientifique, par M. Léon Teisserenc de Bort, sur « les principales observations à faire en ballon ».

En habile observateur, ayant la grande habitude des instruments qu'il manipule chaque jour, M. Teisserenc de Bortne s’est peut-être pas assez mis, à notre avis, à la portée des aéronautes dont le plus grand nombre ne possède pas encore la pratique nécessaire des instruments météorologiques.

Pour demander aux aéronautes des observations, utiles à notre Commission scientifique, il faut d’abord mettre entre leurs mains des instruments précis, de manipulation simple et rapide, n’exigeant pas de réglage trop délicat; il les faut légers, peu encombrants, non fragiles. Enfin, il faut tenir compte, aussi, du prix d'achat des instruments, afin d'obtenir également le concours de ceux dont le budget est plus limité.

C’est dans cet esprit que nous examinons aujourd'hui la question thermométrique.

M. Teisserenc de Bort écrit avec juste raison :

« La détermination de la température de l'air est l'élément capital sur lequel les aéronautes doivent concentrer leur attention, etc. »

L’ingénieux dispositif de MM. Teisserenc de Bort et Raymond présente, à notre avis, l'inconvénient d’être coùteux, d’une installation peut-être compliquée, car nous le supposons démontable pour l'atterrissage; sinon, il risque fort d'être sérieusement endommagé par un gros temps.

Quant à fronder à bras un thermomètre, à bord d’une nacelle, il n’y faut pas songer, et pour les raisons indiquées du reste par l’'éminent rapporteur, que le thermomètre-fronde ne peut être tourné que près de la nacelle. D'autre part, en frondant à bras, il est rare qu’on ne brise pas les instruments en les heurtant après les cordages ou la nacelle.

C'était pour obvier à tous ces inconvénients, qu'à la fin de l'été 1896, nous avions construit un dispositif très simple pour fronder en nacelle.

Notre appareil n’est autre qu'un psychromètre-fronde portatif qui nous donnera la facilité de fronder les instruments à l'ombre, quelle que soit l'orientation de la

nacelle, et à une distance d'environ 1 m. 50, bien suflisante pour éviter l'influence des objets plus ou moins insolés qui échauffent par rayonnement les couches d'air voisines.

Deux thermomètres psychrométriques sont fixés sur un cadre-planchette. Un tube d’eau mobile est en communication par une mousseline au réservoir de l’un des thermomètres. La forme du support laisse libres les réservoirs thermométriques.

Cet ensemble est amovible et se fixe solidement sur un support solidaire d’une poulie réceptrice à gorge, placée à l'extrémité d’une longue planchette mesurant 80 centimètres de longueur.

L'autre extrémité de cette planchette se termine en forme de poignée, qui est tenue en main. Près de cette poignée est une grande poulie de commande à manivelle. Ces deux poulies sont réunies par un cordon souple caoutchouté.

Tenant la poignée d’une main, et tournant de l’autre la grande poulie, on imprime au psychromètre un mouvement de rotation rapide. Les diamètres des poulies sont dans le rapport de 1 à 3 ; ce qui permet de donner aux thermomètres un déplacement de # à 5 mètres par seconde.

De plus, en même temps que s'opère le mouvement de rotation, on peut déplacer l’ensemble sur tout le périmètre de l’ombre. La lecture est facile en rapprochant brusquement l’appareil à portée de la vue; ce quiévite l'usage de la lunette néces-

je

saire pour les observations à distance. L'appareil est construit en bois de noyer très résistant. Il se suspend au cercle et n’encombre pas; en outre, il se plie en deux par une robuste charnière à verrou, afin de réduire le bagage à un faible volume. Ainsi plié, il mesure 44 centimètres de longueur sur 9 centimètres de largeur. Son poids total est d'environ 550 grammes. Les instruments fragiles se Me dans une gaine.

Ce dispositif a été expérimenté pour la première fois, en ballon, dans l'ascension scientifique de M. Georges Le Cadet, que nous eùmes le plaisir de piloter le 24 mars 1897.

Puisque M. Teisserenc de Bort veut bien citer comme bon exemple d’un journal météorologique en ballon, celui tenu par M. G. Le Cadet, astronome à l'Observatoire de Lyon, dans son ascension de 1899, qu'on nous permette de citer ce même observateur. Dans son ouvrage, Etude du champ électrique de l'atmosphère, il dit au sujet de ses ascensions en août 1893, qu’il exécuta de Chalais-Meudon :

« J'avais emporté, dans ces ascensions, un thermomètre à mercure et un hygro- «mètre à cheveu, abrités dans une cage à persiennes suspendue dans les cordages « à la portée de ma vue. Je m'étais astreint à faire des lectures simultanées de ces «instruments avec celles de l’électromètre. Mais les comparaisons que j'ai pu « faire en outre, dans la deuxième ascension, entre le thermomètre fixe et le ther- « momètre frondé au dehors et à l'ombre de la nacelle, m'ont convaincu qu'il ny «a rien à fonder sur les données de ces instruments ainsi installés. »

Plus loin, dans ce même ouvrage (page 112), l’auteur décrit le psychromètrefronde que nous avions construit (1) et il ajoute :

(4) On verra que, depuis cette époque, nous avons modifié les détails de construction de cet appareil afin de le rendre encore plus pratique.

«J'ai pu comparer, chez M. Besançon, les données de cet instrument à celles du psychromètre à aspirations du D' Assmann, installé en plein air, au-dessus d’une pelouse. Les indications des deux instruments concordaient au dixième. »

Il fit encore usage du même appareil dans son ascension du Zouring-Club, piloté par M. G. Besançon, le 11 septembre 1897. Dans le résumé de ses observations il se sert des déterminations du psychromètre-fronde de préférence à celles des instruments enregistreurs. Il considère avec raison que « la mise en équilibre est toujours lente dans l'hygromètre et les mesures normales doivent servir à contrôler les indications de l’enregistreur plutôt que celles-cine peuvent être employées à contrôler les premières ».

Nous résumons et déclarons que le modeste psychromètre-fronde que nous venons de rappeler rendra de réels services à nos collègues ; il remplacera avantageusement lingénieux psychromètre du D: Assmann, plus coûteux, plus encombrant par l'installation spéciale qu'il exige à bord.

Il remplacera les hygromètres à absorption, qui ne sont le plus souvent exacts qu'à leur sortie du constructeur, et se dérèglent vite entre des mains non expérimentées. Il faut cependant reconnaître que les hygromètres à absorption bien réglés peuvent rendre service pour les observations à basses températures, car lorsqu'il y a congélation de l'eau, le psychromètre est en défaut.

Le bagage nécessaire aux principales observations aérostatiques peut se résumer avantageusement et économiquement à :

1° Un bon baromètre enregistreur, indispensable, dont on réglera soigneusement son mouvement horaire.

20 Un psychromètre-fronde qu'on observera le plus fréquemment possible, en notant très exactement l'instant de la lecture en conformité avec les indications horaires du baromètre.

Cet instrument nous donnera donc la température de l'air et permettra de connaître, par la formule de Regnault, la tension de la vapeur d’eau et l'humidité relative.

Ce dispositif peut être construit très facilement sur les données indiquées plus haut ; il nécessite naturellement des thermomètres de précision gradués au moins au 1/5 et construits pour psychromètre, c'est-à-dire rigoureusement comparables. Il faut de plus parfaitement équilibrer l'appareil sur son axe, afin d'avoir un mouvement très régulier, sans vibration.

ANTONIN BOULADE

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