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aériens de plus longue distance parcourue, la distance parcourue soit mesurée du point de départ au point d'atterrissage, sur un arc de grand cerele au niveau des mers».
M. de Chardonnet rappelle l'importance de la spectroscopie aux grandes altitudes pour la physique, l'astronomie, la météorologie, la physiologie: car la valeur du rayonnement solaire qui atteint l'observateur varie grandement quand on se rapproche des limites de l'atmosphère. Sans parler de la spectroscopie en montagne, qui a occupé des physiciens éminents, M. de Chardonnet mentionne les essais si intéressants de M. le comte de La Baume Pluvinel avec un ballon-sonde.
L'observation des raies du spectre, déjà délicate avec des appareils fixes, devient très difficile à bord d’un ballon et n'a pu encore être faite avec certitude.
En attendant qu'on parvienne au résultat cherché, M: de Chardonnet propose une exploration plus sommaire, mais aussi beaucoup plus facile, des variations d'intensité des différentes parties du spectre solaire aux différentes altitudes. Il présente un appareil destiné à réaliser cette exploration en ballon monté. On imaginera facilement un mécanisme de déclanchement à l'altitude fixée d'avance et permettant d'opérer en ballon-sonde.
L'appareil se compose d’un écran percé de trois fenêtres rectangulaires, derrière lesquelles est appliquée une pellicule photographique qui n’est autre qu'un rouleau de Kodak. Ces trois fenêtres sont munies : la 1° (la plus large) d'un verre ne laissant passer que les radiations rouges ; la 2° d’un autre verre n’admettant que le vert pur ; la 3° d’une paire de lames de quartz argentées ne laissant passer que les rayons chimiques, ultra-violets, invisibles pour l'œil, mais agissant vivement sur la plaque photographique. (L'auteur a montré, il y à une vingtaine d’années, que Fon pouvait, à traversdes fenêtres de ce genre, photographier très nettement des objets invisibles à l'œil, réalisant ainsi les premières photographies sans lumière apparente.)
On obtient ainsi, sur le cliché, des bandes séparées, prises au milieu et vers les extrémités du spectre — le côté rouge donnant une valeur relative du rayonnement calorifique, le milieu de l'intensité lumineuse, l’ultra-violet des actions chimiques. Au devant de ces trois fenêtres, glisse, au moyen d'un bouton à crémaillère, un écran qu'on arrête successivement, à intervalles égaux, dans huit positions différentes, donnant des temps de pose échelonnés de 1 à 8. On obtient donc, au développement, des bandes dégradées, dont on connaît le temps de pose en chaque point.
Ayant fait successivement, dans la même ascension, à différentes hauteurs, un certain nombre d'images, on pourra, après développement, les rapprocher et identifier les parties ayant la même teinte, pour juger de l'intensité du rayonnement à chaque station. Si chaque pose successive est de 1/4 de seconde plus longue que la précédente, et qu'on trouve, par exemple, que la pose de 4/4 de seconde à la surface du sol donne la même intensité au cliché qu'une pose de 2/4 de seconde à 4.000 mètres, on en conclura que le rayonnement étudié est deux fois plus intense à 4.000 mètres qu’à terre. Il faut, bien entendu, faire l'évaluation pour chacune des trois fenêtres séparément, car on cherche précisément la variation de chaque espèce de rayonnement.
On peut aussi, par ce moyen, obtenir une mesure très approchée de lintensité absolue du rayonnement. IL faut, pour cela, réserver une place libre, pendant l’ascension, sur la bande sensible. Au retour, on influencera cette place avec la lumière d’un arc électrique d’intensité connue et, au développement, cette image servira d’étalon de comparaison. Nous remarquerons que ces mesures, un peu délicates, se feront au laboratoire et à loisir ; mais, en ballon, l'expérience consiste uniquement à armer le Kodak, comme à l'ordinaire, à ouvrir le couvercle bien en face du soleil, à faire marcher régulièrement la crémaillère pendant 2 secondes, et à refermer vivement.
M. J. Chardonnet montre des photographies obtenues avec cet appareil à différentes lumières : soleil, ciel nuageux, arc électrique ordinaire, are au fer, bec Auer, bee de gaz. On y remarque combien est variable, selon les circonstances, l'intensité relative des divers rayons du spectre.
L'appareil, très habilement construit par M. Pellin, n'occupe pas un décimètre cube et ne pèse guère plus de 508 grammes. L'auteur sera très heureux de le confier aux aéronautes qui voudront s’en servir, et de leur donner toutes les indications utiles.
A la suite de la communication de M. le comte de Chardonntt, s'engage une discussion à laquelle prennent part MM. de La Baume Pluvinel, de Fonvielle, Marey, Violle et Deslandres. MM. de La Baume Pluvinel et Marey proposent chacun un procédé pour faciliter la comparaison des teintes.
M. Deslandres propose de placer le Kodak dans un ballon-sonde ; M. de Fonvielle fait remarquer qu'il n’y a pas d'aéronaute et par conséquent impossibilité, au moment opportun, de présenter l'appareil du côté du soleil. Alors, M. Deslandres fait savoir qu'il a imaginé un appareil qu'on peut suspendre en dehors de la nacelle et qui reçoit par réflexion les rayons solaires. Pour obtenir cette réflexion, 1l a placé en dessous de la fenêtre un papier blanc. M. de Chardonnet dit qu'il serait peut-être plus simple et plus efficace de suspendre l'appareil au-dessous du bal- 16 - on aurait ainsi très facilement l'inclinaison des rayons solaires. M. de Fonvielle se rallie immédiatement à cette idée qu'il déclare fort ingénieuse.
Sur la proposition du docteur Hénocque, on décide que les expérimentateurs des prochaines ascensions physiologiques seront invités à se servir des appareils que MM. de Chardonnet et Deslandres mettent à leur disposition.
La proposition est adoptée et le président remercie M. de Chardonnet de sa très intéressante communication.
La discussion s'ouvre alors sur les prochaines ascensions physiologiques : le docteur Marey annonce qu'il n'a pu ai à la dernière séance de la Société de biologie, mais qu'il se rendra à la prochaine réunion qui se tiendra dans quelques jours et où il se rencontrera avec les expérimentateurs.
Sur la demande du président pour savoir quand commenceront les expériences, le comte de La Vaulx dit qu'on est arrivé à la saison favorable qui durera jusqu'au mois d'octobre et même de novembre. Il est aux ordres des expérimentateurs lorsque le temps sera favorable, bien entendu. Il ajoute qu'il ne faut pas songer pour le moment à employer l'hydrogène, la construction de l'usine étant ajournée pour des raisons financières. Même avec le gaz d'éclairage, en employant un ballon de 3.000 mètres cubes, que M. Balsan mettrait certainement à la disposition de la Société si elle en avait besoin, les expériences peuvent être poussées jusqu'à l’altitude de 8.000 mètres qui est parfaitement suffisante. En effet, les observations qui ont été faites par M. Berson à une altitude supérieure ont été pour ainsi dire illusoires. La force physique manque d’une façon absolue dans les conditions où l'on se trouve, quand on opère aux altitudes extrèmes.
La séance est levée à 6 heures 1/2.
PPS PS DR Pr
REunion pu ComirEk pu 1% mar 1902
La réunion a eu lieu sous la présidence du comte Henry de La Vaulx.
Ont été reçus membres du Club : MM. d’Astier de la Vigerie, Bartholdi, de Bigault de Granrut, Caillaut, comte de Gontaut-Biron, marquis di Rudini, prince Stourdza.
MM. Barbotte, Hermite, Surcouf et le duc d’Uzès sont inscrits sur la liste des pilotes de la Société.
M. Pierre Lalitte annonce que la Vie au Grand Air met à la disposition de l’Aéro-Club une somme de 500 francs dans le but de créer un prix, dont l'attribution sera déterminée par la Société.
A l'avenir, grâce à un donateur anonyme, le Club donne le gaz aux membres ascensionnant au pare d’aérostation de Saint-Cloud, à raison de 16 centimes le mètre cube. De plus, ce prix sera abaissé à 15 centimes lorsque l'équipage sera composé exclusivement des membres de la Société ou de dames parentes.
Les ascensions à prix réduit, organisées en faveur des membres du Club, reprendront en juin prochain.
La belle médaille exécutée par M. Marcus est présentée au Comité, qui vote la frappe des médailles d’or décernées en 1900 et 1901.
DINER-CONFÉRENCE DU 1°" mar 1902
Au diner-conférence, présidé par le comte H. de La Vaulx, assistaient MM. Jacques Balsan, de Fonvielle, Mallet, Leys, Janets, Barbotte, de Chamberet, colonel Strohl, Lachambre, Morin, de Bradsky, Tatin, Besançon, Sauvage, Sénécal, Peyrey, Blanchet, Tinel, Roze, Bordé, comte de Contades, de Frise, Mercier, Hervé, Mary, Peccatte. k
M. Victor Tatin, qui a la parole, développe les lois qui, communes au bateau fendant les flots et à l’aérostat plongeant dans l'atmosphère, régissent la construetion et la conduite des croiseurs aériens.
Ce remarquable exposé était accompagné de projections de clichés, faites par Simons. Nous les signalerons à leur place, dans le résumé que nous en donnons, regrettant de ne pouvoir les reproduire.
Dans la première partie de son intéressante conférence, M. Tatin signale la reprise de l’activité des études de ballons-automobiles, grâce à la générosité de M. Henry Deutsch et aux premières tentatives de M. Santos-Dumont.
L'’orateur décrit ce que devrait étre un aérostat idéal ; sa simplicité de constructionet la suppression de toutes saillies extérieures, toujours le ee eee comparée des liquides et des gaz : leur analogie.— Forme des filets fluides déplacés par un mobile en mouvement dans l’eau, puis de même dans l'air. — Ingénieuses dispositions employées par M. Marey pour rendre visibles les mouvements des filets fluides et leur vitesse de déplacement. (Projections de photochronographies de ces phénomènes.)
Influence de la forme du mobile en mouvement : eylindro-conique, fusiforme, pisciforme à gros bout antérieur; postérieur. (Projections des mouvements des filets fluides dans ces deux derniers cas. Clichés Marey.) Inutilité des eloisonnements intérieurs, s'ils ne forment de véritables cloisons étanches comme dans les navires. Avantages de l'allongement des formes dans les ballons comme dans les navires; rapport de la maïîtresse-section à la longueur. (Projections des mouvements du fluide déplacé par des plans plus ou moins inclinés. Clichés Marey.) Etudes des suspensions reliant le ballon à la nacelle; avantages et inconvénients des suspensions trop longues ou trop courtes; nécessité de l'allongement de la nacelle au point de vue de la conservation de la forme de l’aérostat.
Conclusions. — Le ballon doit être très allongé; tous organes créant des résistances accessoires au déplacement doivent être réduits ou supprimés ; la nacelle doit être, elle-même, très longue, unie et en forme d'excellent projectile.
De l'hélice et de son emploi. — Forme que doit avoir une bonne hélice ; le rapport de son diamètre aux résistances qu’elle doit vainere ; influence de la longueur du pas qui doit être relativement court ; influences nuisibles : des frottements du fluide sur les surfaces du propulseur; de la force centrifuge tendant, dans une hélice tournant trop vite, à en arracher les branches du moyeu; mesure de cette dernière valeur. Critique d'une communication sur les hélices aériennes par M. Desprez.
Inégalités de la vitesse du vent. — Un vent de vitesse moyenne — 10 mètres par seconde — estcomposé de vents variant de la vitesse de 5 mètres à 15 mètres; ces oscillations ont une fréquence d’une ou plusieurs minutes. La régularité augmente avec l'altitude, mais la vitesse moyenne aussi. (Projection d’un graphique de ces inégalités.) Ces variations sont la principale cause du tangage des appareils; ce tangage ne pourrait être évité pue réunissant au même point le centre de suspension, le centre de gravité et le centre de poussée, disposition presque impossible à obtenir et qui aurait d’ailleurs l'inconvénient grave de supprimer tout couple de rappel et par conséquent toute sécurité. !
Dans la seconde partie, M. Tatin nous énumère les enseignements à tirer des travaux antérieurs. |
Expériences de H. Giffard. — Brevet intéressant et peu connu pris par Giffard à la suite de ses tentatives. On y voit que Giffard avait prévu presque tout ce qui est indispensable à la réussite, quoique quelques points soient encore critiquables ; mais à l'époque, 1855, ce projet indiquait une grande clairvoyance de la part de son auteur. (Projections de dessins accompagnant ce brevet.)
Dupuy de Lôme en 1870. On lui doitle premier emploi du ballonnet compensateur, aujourd'hui classique ; quoique l’auteur soit un éminent ingénieur de la marine, son ie était des plus défectueux sous bien des rapports, mais la notice qu’il a publiée sur ce ballon est un précieux monument toujours bon à consulter à cause de sa judicieuse façon de calculer une à une toutes les causes de résistance au déplacement; elle contient aussi une quantité d’aperçus précieux, bons à méditer.
Tissandier frères, 1883. — Ballon à moteur électrique assez mal conçu et n'ayant donné aucun résultat ni rien démontré. :
En 1883, à la suite de l'étude du brevet Giffard et de la belle notice de Dupuy de Lôme, M. Tatin propose, pour la première fois, eroyons-nous, l'emploi d'une nacelle longue et fermée et des suspensions en cordes à piano. eee ;
1884-1885. Renard et Krebs et Renard frère. — La France, ballon judicieusement étudié; l’utilisation de la force motrice est presqueaussi parfaite que possible,
les résultats sont brillants; pour la première fois un ballon automobile décrit une courbe fermée en revenant à son point de départ; l'expérience est renouvelée, et cinq fois sur sept le même résultat est obtenu. C’est le triomphe du génie français. — Comme indications utiles, nous trouvons l'emploi d'une forme plus allongée que dansles essais antérieurs, une nacelle très longue, plus longue que M. Tatin ne l'avait prévue, hélice de bonne grandeur; enfin grande réduction des résistances nuisibles ; les suspensions cependant laissent encore à désirer : on le voit à la légère déformation d ballon ; et puis elles sont encore en cordages. (Projection de la France vue de profil et de face.)
Santos-Dumont construit deux ou trois types d'essais, en 1898-1899 ; on reconnaît qu'il ne sait pas profiter de Fexpérience acquise. Petit ballon allongé, cylindroconique du Jardin d'Acclimatation Mauvaise nacelle, mauvaises suspensions : déformation du ballon.
(Projection faisant voir cette déformation sous forme de courbure à concavité supérieure.)
Hélice (?) trop petite et mal construite, entraînant 85 à 86 0/0 de perte par recul. Projection montrant cette pseudo-hélice et son emplacement.
1900. Construction d’un petit ballon de 330 mètres cubes actionné par une hélice étudiée par M. Tatin et semblant mieux appropriée. Pendant la construction, le ballon est successivement alourdi, agrandi à plusieurs reprises et atteint enfin 450, puis 500 mètres cubes; l'hélice devenue trop petite est conservée, les suspensions en cordes sont très défectueuses, la perche inférieure servant de nacelle est trop courte, la déformation du ballon est très accentuée. (Projections faisant voir l’hélice, les suspensions, etc., puis l'ensemble vu de profil et montrant la forme bizarre de cet appareil; clichés Morin.) Les résultats sont médiocres.
1901. Sur les instances de M. Tatin, les suspensions sont modifiées; Santos- Dumont emploie les fils d'acier ‘et la nacelle longue, mais non fermée; enfin le ballon prend une forme rationnelle. (Projection faisant voir la forme générale de ce même ballon, avant et après ces modifications, clichés Morin.)
Dernier type; le ballon précédent, déchiré dans un accident, est remplacé par un autre un peu plus grand, 622 mètres cubes; les résistances au déplacement ont été très augmentées, mais la force motrice employée aussi. Enfin, pour la première fois, après quatre ans d'essais, Santos-Dumont parvient à faire 11 kilomètres d’une seule traite, sans avaries.
La vitesse est faible. Avant, par rapport à la maïtresse-section, une force motrice environ quatre fois plus grande que dans la France, la vitesse calenlée eût dû dépasser 10 mètres par seconde: elle fut de 7 m. 20 environ; toutes les résistances nuisibles étaient trop grandes, aucune précaution n'ayant été prise pour les atténuer; enfin, l'hélice, toujours la même, devenue trop petite, était une cause de perte de 48 0/0 par recul, ce qui est beaucoup trop.
Néanmoins, dit M. Tatin, ces expériences, mal comprises par le publie, eurent un immense retentissement, et furent le point de départ de l’'émulation extraordinaire que nous constatons aujourd'hui. Santos-Dumont a toujours fait preuve, dans ses essais, d’une louable persévérance, d’une grande activité, et surtout d'un courage et d’un sang-froid remarquables, ce qui peut suppléer à bien des choses.
M. Tatin termine sa belle conférence, au milieu des applaudissements de l'assemblée, en déclarant que c’est grâce à Henry Deutsch et à lui que nous assistons au réveil des idées qui nous sont chères; gloire, dit-il, à ces hommes de progrès!
M. Henry de La Vaulx rend hommage à l’éminent orateur, théoricien et praticien érudit de la locomotion aérienne. 1l est près de minuit lorsque l'assemblée se retire, encore sous le charme des paroles savantes et éloquentes qu'elle vient d'entendre.
CEA