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UNE BIBLIOTHÈQUE ET UN MUSÉE À L'AÉRO-CLUB

L'Aéro-Club de France n'est pas uniquement un cercle attractif, une réunion d'élite, dédié à la réalisation de fastes aéronautiques, c'est en même temps un foyer de science et d'intellectualité.

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Mais pour pouvoir trouver son expression centrale, coordonner les efforts et le bonnes volontés, il importerait que l’Aéro-Club réalisät ce que tentent, présentement, plusieurs associations étrangères, — la création d’une Bibliothèque et d’un Musée. |

L'idée d’une Bibliothèque était dans l'air. Il importe de la répandre jusqu’à ce qu’elle soit entrée dans le domaine des faits, car il faut savoir et comprendre pour bien agir; tel est le.principe essentiel de toute action féconde.

Cette Bibliothèque, à laquelle serait adjointe une salle de travail réunissant les revues et périodiques scientifiques, faciliterait le groupement des affinités intellectuelles et la pénétration réciproque d’esprits inspirés par une idée commune et par la chaleur de convictions diverses entre-choquées. Ce serait le complément du Banquet et de la Conférence mensuels cette retraite paisible et spéculative, qui permettrait aux membres de l’4.-C. de se tenir au courant, sans perte de temps et recherches oiseuses, des plus récentes découvertes, d'approfondir tel point resté obscur et d’avoir sous la main les documents publiés en France ou à l'étranger.

Cette Bibliothèque pourrait embrasser plusieurs sections, dont voici les lignes générales, laissant dans l’ombre les questions d'application.

La Section d'Aéronautique se subdiviserait en (a) Aérostation, (b) Aviation, (ce) Ballons automobiles. A cette section, la plus importante, seraient jointes d’autres sections réservées aux sciences auxiliaires, c’est-à-dire : Météorologie, Photographie, Colombophilie, sans omettre Physique, Chimie et Mécanique générales. Cette partie pratique mériterait des développements de détail qu'il me serait agréable de préciser, mais je me vois obligé de passer au second point proposé, — un Musée.

Passe encore pour une Bibliothèque, qui nous permettra par la connaissance d'élargir notre pensée et pourra fortifier et éclairer notre action, diront certains, mais à quoi bon un Musée ?

À quoi bon? Mais ce Musée sera le complément obligé de la Bibliothèque, il soulignera par d’admirables documents artistiques le progrès de l’aérostation pendant le siècle, 1l nous fera repasser dans les pas de nos prédécesseurs et par leur image fera revivre en nos esprits leur pensée. Bien mieux, ce Musée existe, il n’est plus à fonder, il n’est qu'à développer. Grâce à la munificence de Sir David Salomons, il renferme une suite d’estampes de toute beauté, en noir et en couleurs, remontant principalement au dix-huitième siècle, caricatures, portraits, ascensions célèbres, etc. L’Aérophile en donnera un jour la nomenclature. Dès à présent, il peut rivaliser avec le Musée Carnavalet. Le Musée de l’4.-C. s’est également enrichi de précieux documents relatifs au Siège de Paris.

Voilà donc un grand pas de réalisé. Ajoutons que lA.-C. possède un certain nombre d'ouvrages qui formeraient un noyau sérieux pour l'établissement de la Bibliothèque.

Il serait à souhaiter que les membres de l’A4.-C. veuillent bien s'intéresser à cette double création dont ils seraient les premiers à bénéficier. Livres, brochures, revues, estampes, documents historiques ou graphiques, objets d'art ayant trait à l’'aérostation, seraient, sans nul doute, les bienvenus. Des dons en argent permettraient d'acquérir les ouvrages les plus récents. La générosité bien connue de nos anis, leur incomparable puissance d'action, leur goût éducatif, nous font espérer la réalisation très prochaine de la Bibliothèque et du Musée de l'Aéro-Club de France.

EuiLe STRAUS

La Catastrophe du ‘ Pax ” et l'Aéro-Club

À la nouvelle de l’horrible catastrophe qui apportait un deuil si cruel à l'Aéro- Club, le Conseil d'administration se réunissait d'urgence en l’hôtel de l'Automobile-Club et votait les crédits nécessaires pour offrir de magnifiques couronnes aux victimes au Pa.

De plus, il s'occupait immédiatement de la situation matérielle des deux familles éprouvées si douloureusement.

MM. de La Vaulx et de Castillon de Saint-Victor furent chargés de remettre une somme de 200 francs aux parents du mécanicien Georges Saché.

Le Conseil provoqua et patronna la souscription ouverte par l’Auto-Vélo en faveur des deux familles. L’Aéro-Club s'inscrivit pour 200 franes. La souscription, ouverte le 13 mai, fut close le 27 ; elle produisit 11.42% francs 65 centimes. Le lendemain, 28, cette somme était remise, par les soins du secrétariat de l'Aéro-Club, moitié à Mme Severo, moitié à la famille Saché.

A l'issue du Conseil, une délégation composée de MM. de La Valette, de La Vaulx, de Castillon de Saint-Victor et Georges Besançon, se rendit au domicile du défunt, pour présenter à Madame Severo, au nom de lAéro-Club de France ses condoléances les plus sincères.

Les obsèques de Georges Saché, le mécanicien du Pax, ont été célébrées le 15 mai, à 3 h. 1/2, en l’église Saint-Ambroise, dont le curé, avant l’absoute, a prononcé quelques paroles en l'honneur du pauvre garçon.

La levée du corps à eu lieu au domicile de ses parents, 10, rue Popincourt.

Sur le corbillard, on remarquait les couronnes de Mme Severo, de l’Aéro-Club de France, des employés de M. Severo, de l’Aéronautique-Club, de l’Académie d'aérostation météorologique, de la Société des Aéronautes du Siège, des habitants du quartier Popincourt et des ouvriers de la maison Buchet.

L'inhumation a eu lieu au cimetière de Pantin, en présence d’une affluence

émue.

M. de Castillon de Saint-Victor, délégué par l’Aéro-Club, prit la parole en ces termes :

€ J'ai aujourd'hui la pénible mission de dire un dernier adieu à notre camarade Georges Saché et de transmettre à sa famille l'expression de la triste et douloureuse sympathie des aéronautes français. Saché est mort au champ d'honneur. victime de son dévouement et de son amour ardent pour le progrès ; il s'était toujours donné avec passion aux sports qui, développant la puissance de l'homme, en augmentent ainsi la liberté. Dernièrement l’aérostation l'avait captivé, il y voyait encore pour l'humanité une étape vers l'émancipation, il lui semblait que, fidèie à son nom, le Pax évoluerait dans les airs comme un symbole de concorde.

« Hélas ! il n’en a pas été ainsi. Pourquoi chaque use de l'esprit humain doit-elle être payée par du sang, et pourquoi la science choisit-elle ses victimes parmi les leon cle plus élevées ou les cœurs les plus nobles?

«Saché était un de ces nobles cœurs. Quand il prenait place dans la nacelle du Pax, il savait que pour lui il n'y avait que dangers à courir et qu'il n’en retirerait ni avantages financiers, ni gloire. Héroïsme d'autant plus sublime qu’il devait rester inconnu. Mais dans l'histoire de l'aéronautique, le nom de Saché sera pour toujours glorieusementuni à celui de Severo et ira augmenter l’héroïque phalange des martyrs de l’aérostation.

« Devant pareille catastrophe, l'homme reste muet et les paroles de consolation qu'il essayerait de balbutier ne peuvent adoucir la profonde douleur dans laquelle la famille est justement plongée.

« Qu'ilmesoit permis toutefois d'assurer que pendant longtemps encore, en songeant au noble sacrifice de Saché, le plus indifférent sera pénétré d'un sentiment de profonde admiration et de respect. J'ajouterai, vu les sentiments chrétiens de la

famille, que l'humble héros du Pax est digne d'entrer dans cette éternité réservée aux seuls braves! » - ;

M. Ranvier, conseiller municipal du quartier Popincourt, et un ami de Saché ont ensuite prononcé quelques mots d'adieu.

Une quête faite à l’église a produit une somme de 112 francs, immédiatement remise à M. Saché père. Le Conseil municipal a accordé 200 francs au père et à la mère du défunt. En outre, la colonie brésilienne a fait parvenir 500 francs aux parents de l’infortuné mécanicien.

C'est en présence d’une foule énorme qu'ont été célébrées, le 17 mai, les obsèques de M. Auguste Severo.

La levée du corps à été faite à midi, 63, rue Galilée. Après le service religieux, célébré en grande pompe en l’église de Saint-Pierre de Chaillot, le char funèbre, recouvert de nombreuses et très belles couronnes, s’est dirigé, suivi d’une énorme affluence, vers le cimetière de Passy, où l'inhumation à eu lieu, provisoirement, dans le caveau de la famille d’Almeïida. Le sénateur Machado a pris la parole au nom du Parlement brésilien. Le comte Henry de La Vaulx, délégué par l'Aéro- Club, a prononcé le discours suivant :

« Au nom de l’Aéro-Club de France, je salue la dépouille mortelle de notre regretté camarade M. Severo.

« Depuis peu, il nous était venu du Brésil, et dès son arrivée il avait conquis la sympathie et l'amitié de tous ses collègues. Et cela était bien naturel. Severo était bon, généreux, courageux. Tout son être et toutes ses pensées tendaient vers un bel idéal. Il voulait que tous les peuples vivent dans une union fraternelle. Aussi ne ménageait-il ni son temps, ni son intelligence, ni sa fortune pour atteindre son but. Orateur éminent, il avait soulevé des applaudissements chaleureux à la Chambre des députés du Brésil quand il développait devant elle ses belles théories humanitaires. Mais Severo était plus qu'un orateur, il était un homme d'action. Il croyait qu'un aérostat naviguant librement à travers l'atmosphère, supprimant les limites et les frontières, hâterait la solution du beau problème dont il poursuivait sans relâche l'exécution.

« Il construisit alors un premier aérostat dirigeable, le Bartolomeo de Gusmao, puis un second. Animé d’une généreuse ambition, il nommait son ballon, symbole de son idée, Par. Ces jours derniers, je le voyais le visage resplendissant de joie à la pensée que son rêve allait enfin se réaliser, Et dans sa suprême bonté, lui qui s'était ruiné pour faire aboutir ses projets, il Re déjà les recettes qu'il pourrait réaliser avec son Pax pour en faire parvenir le montant aux sinistrés de hi Martinique.

« N'est-ce pas lui aussi qui, magnanimement, arracha au Parlement brésilien le vote de la loi accordant 125.000 francs à Santos-Dumont, son concurrent!

« Hélas! une catastrophe épouvantable venait anéantirtousles projets de Severo. Le Pax s’enflammait à travers les airs, entraînant dans une horrmble mort l’héroïque Brésilien, ainsi que son fidèle compagnon, le mécanicien Saché. Comme une trainée de poudre, la terrible nouvelle se répandait dans le monde entier et de tous côtés des témoignages de sympathie parvenaient à la veuve et aux septenfants de notre malheureux collègue.

« Que Madame Severo me permette de lui exprimer aussi,aunom del’Aéro-Club, les sentiments de profonde admiration que nous professons tous pour le grand caractère de son mari. Dans toute la France, au Brésil et dans les provinces les plus reculées des continents, le nom de Severo sera toujours présent et respecté ! Et quand l'épouse infortunée de notre camarade voudra donner à ses enfants un exemple de générosité, de bonté et d’héroïsme, elle n’aura qu'à leur répéter le nom de leur père. Dans son effroyable malheur, ce sera pour elle une grande consolation ! »

M. X. de Carvalho a parlé au nomde la presse brésilienne; M. Silva Lisboa, au nom de la presse portugaise; M. Armengaud jeune, au nom de la Société française

de navigation aérienne; M. Jolly, au nom de l'Aéronautique-Club. MM. de Souza et Bellamy firent également l’éloge du sympathique aéronaute du Par.

Cette pénible cérémonie marque la fin d’une des pages les plus émouvantes de l’histoire de la locomotion aérienne.

PPS

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