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COMMISSION D’AÉROSTATION SCIENTIFIQUE

Réunion du 30 juin 190?

La séance est ouverte à 4 h. 45, sous la présidence du prince Roland Bonaparte.

Sont présents : MM. le D' Hénocque, le comte de La Baume-Pluvinel, le comte de Chardonnet, le comte de La Vaulx, Wilfrid de Fonvielle, Georges Besançon.

L'ordre du jour de la précédente séance est lu et adopté.

Le président offre la parole à M. W. de Fonvielle qui préfère ne la prendre qu'après M. le Dr Hénocque, dont il complétera les informations.

Le Dr Hénocque expose que la Société de Biologie a décidé d'organiser pour le mois de juillet deux ascensions aérostatiques.

La première sera dirigée par le comte de Castillon de Saint-Victor qui conduira à une altitude de 7 à 8.000 mètres le Dr Tissot, représentant du laboratoire du Dr Chauveau, professeur de physiologie comparée au Muséum. Le but de l'expédition est de constater dans l'atmosphère, à une altitude d'au moins 7.000 mètres, l'exactitude des résultats acquis sous la cloche, à l’aide du vide artificiel poussé jusqu'au point de raréfaction correspondant à cette hauteur.

M. le président interroge M. le comte de La Vaulx pour savoir si l’ascension est possible dans les conditions que désire M. Chauveau, avec le matériel dont dispose l’Aéro-Club. M. le comte de La Vaulx dit que pour atteindre une altitude aussi grande avec le ballon de 2.000 mètres qui peut être mis à la disposition du Dr Tissot, il faut le gonfler en partie avec du gaz hydrogène pur. IL propose d'exécuter cette opération au ballon captif que MM. Arrault et Maurice Mallet viennent d'établir à la Porte Maillot.

M. le comte de La Vaulx déclare qu'il a eu une conférence avec M. Arrault, qui a promis de fournir pour cette expérience 500 mètres cubes de gaz hydrogène au prix de 1 franc. Le plein du ballon serait fait au gaz d'éclairage au moyen de la prise établie à l’Aérodrome de la Porte Maillot.

Ces conditions sont acceptées, mais la date de l'ascension sera arrêtée ultérieurement.

Reprenant alors la parole, le D° Hénocque dit que la deuxième ascension physiologique du mois de juillet sera dirigée par le comte de La Vaulx ; il sera accompagné du D’ Tripet,du laboratoire du D' Hénocque, du Collège de France, et du D' Raymond, chef de clinique chirurgicale à la Pitié, du laboratoire de physiologie de la Sorbonne.

Il ne s'agira pas, dans cette expérience, d'étudier les effets du gaz oxygène ou de l'air enrichi d'oxygène pour combattre les effets de la dépression ;1l s'agira simplement d'examiner jusqu'à quellehauteur on peut supporter les effets de la dépression sans avoir recours à des moyens artificiels. Le principal but de cette expérience sera d'étudier les variations d'activité de la réduction de l’oxyhémoglobine, c'est-àdire des échanges respiratoires entre le sang et les tissus. a 6

En outre, le comte de La Vaulx prendra des photographies de la lumière solaire à différentes hauteurs au moyen de l’actinoscope de M. de Chardonnet.

Cette ascension est fixée au dimanche 20 juillet; le départ aura lieu du pare de l’Aéro-Club. ef

Ces deux ascensions, qui seront exécutées sous les auspices de la Commission scientifique, seront faites aux frais du prince Roland Bonaparte.

Le président demande alors à M. W. de Fonvielle de résumer ce qu'il sait de la séance du Congrès scientifique aéronautique tenu à Berlin à la fin du mois de mai. : :

M. W. de Fonvielle, qui regrette que l’état de sa santé ne lui ait pas permis de se rendre à Berlin, comme il en avait l'intention, a reçu communication des protocoles et des journaux allemands qui ont consacré de nombreux articles à ce congrès, où il a été question de choses fort intéressantes, mais qu'il ne peut développer en détail. Il se bornera à parler d'une question dont le Comité scientifique ne peut manquer de s'occuper, après les communications que viennent de faire successivement M. le Dr Hénocque et M. de La Vaulx. Il veut parler de l'influence des inhalations de gaz oxygène. La question a été traitée à deux reprises différentes devant le Congrès. En premier lieu, il s’est agi de comparer deux appareils : celui de M. Cailletet et celui de M. Schroter, imaginés pour faciliter les inhalations, et employés comparativement dans une ascension en hauteur exécutée devant le Congrès le 24 mai. Comme M. Cailletet était présent au Congrès, l’orateur ne veut pas le priver du plaisir de raconter lui-même ce qui s’est passé dans cette occasion, mais il croit devoir appeler l'attention du Comité sur la discussion qui a eu lieu à propos de l'efficacité des inhalations à une très grande altitude. Le ‘Congrès a entendu un très remarquable discours du D' Suring qui a accompagné le Dr Berson dans la grande ascension du 31 juillet dernier, alors que les deux aéronautes se sont élevés à l'altitude de 10.800 mètres qui n’a jamais été atteinte précédemment, et qui constitue par conséquent le record des ascensions en hauteur. Le Dr Suring, dont le récit porte le caractère de la franchise, et dont les assertions sont du reste contrôlées par le témoignage de M. Louis Godard, qui a exécuté une ascension en hauteur quoiqu'à un niveau moins élevé, reconnaît franchement qu'il était dans un véritable état de paralysie, qu'il lui était impossible de se déterminer à faire le moindre mouvement, qu'il avait besoin de toute son énergie pour ne point céder à un invincible sommeil, qu'il lui était impossible d'écrire ses notes comme il le voulait, et qu'il ne pouvait même lire ce qu’il venait d'écrire. Dans de semblables conditions, l’on se demande ce que valent les observations, et s’il est bien nécessaire de se donner tant de peine pour en faire, qui offrent si peu de garantie d’exactitude.

Reprenant et développant cette idée, le D' Hénocque fait remarquer que l'on peut partager l’océan atmosphérique en trois zones. La première, jusqu'à 4 à 5.000 mètres, est celle qu'il se propose d'étudier et dans laquelle des inhalations d’oxygène sont inutiles, comme il en a fait déjà la remarque. La seconde est celle dans laquelle l'efficacité des inhalations d'oxygène est établie par les observations déjà nombreuses; c’est cette seconde zone que le D" Chauveau se propose de faire explorer, mais il ne permettra pas au Dr Tissot de se lancer dans la région dangereuse où les observations sont rendues impossibles par l’état de trouble ou d'impuissance réelle sous l'influence desquels se trouvent plongés les observateurs.

M. W.de Fonvielle fait remarquer que les membres du Congrès de Berlin paraissent l'avoir bien compris ainsi. En effet, l'ascension du 24 mai dernier ne devait pas dépasser 7.000 mètres, et il paraît même que les observateurs ne se sont élevés qu à 5.000.

Il rappelle qu'en 1871, avant qu'il ait été question devant la Société française de navigation aérienne d'organiser des ascensions à grande hauteur, M. Louis Tridon, un des membres de la Société, avait présenté un projet de construction d'une nacelle close, projet qui a été repoussé parce que la Société avait alors une confiance trop grande dans l'efficacité des inhalations. Ce projet pourrait être utilement repris, ainsi qu'un autre présenté en 1900, par M. Andrieux, pour la construction d'un scaphandre aérien. Les découvertes physiques qui ont été faites depuis cette époque pour entretenir la vie dans les espaces confinés, tels que l'intérieur des sous-marins, rendraient certainement ces inventions plus faciles à pratiquer qu'elles ne l'étaient en 1871, mais le plus important est de se livrer à l'exploration scientifique des deux zones facilement accessibles sans aucun danger dans l’état actuel de la science. Le champ à explorer est déjà assez beau pour que l'on puisse présentement s’en contenter, d'autant plus qu'il se présente une autre série de problèmes ayant une certaine connexité avec le précédent.

Le Congrès de Berlin n’est, en réalité, que la suite du Congrès des ballonssondes tenu à Paris en novembre 1900, sous la présidence de M. Mascart, qui a donné aux lancers de ballons-sondes une organisation régulière, et dans lequel on a institué les lancers internationaux en les rendant mensuels dans toutes les stations associées.

Plus de deux cents ballons-sondes ont été expédiés depuis le Congrès de Paris

en 1900 jusqu’au commencement de mai 1902. A lui seul, M. Teisserenc de Bort en Comprenant Sa Coopération à l'œuvre générale internationale, n'a pas lancé moins de 243 ballons, dont 236 ont dépassé 11 kilomètres et 74 ont atteint l'altitude de 1% kilomètres. De l’ensemble des observations qu'il a recueillies personnellement, il résulte que le gradient thermique, qui a des valeurs très variables suivant la situation atmosphérique et les saisons, va en diminuant avec l'altitude, au lieu d’aller en s’accélérant, comme on le pensait. Ges conclusions ont été attaquées par les météorologistes allemands. Sans mettre en doute la réalité du fait annoncé par M. Teisserenc de Bort, ils estiment que plus haut se trouve une autre zone, dans laquelle le gradient thermique va au contraire en augmentant. Il semble que le nombre des ascensions de très haute altitude n’est point assez considérable pour que l’on puisse en tirer des conclusions valables. L'orateur fait une objection beaucoup plus grave, tant aux conclusions de M. Teisserenc de Bort lui-même, que celles de ses adversaires. En effet, si nous nous reportons à ce que dit Laplace

ans la Mécanique céleste, lorsqu'il établit la loi des hauteurs barométriques, nous voyons que l'illustre astronome n’est pas du tout d'avis que l’on s’en serve jusqu'aux limites de l'atmosphère, comme certains physiciens ont cherché à le faire. En effet, Laplace déclare expressément, ce qui, du reste, est évident à priori, que la force élastique de l’air va en diminuant avec l'altitude parce que, aux limites de l'atmosphère, l'air doit avoir perdu tout son ressort, sans quoi il s'évaporerait dans le milieu céleste. Il est bon de remarquer que le coefficient de 18.336 mètres, adopté par l'Annuaire du Bureau des Longitudes depuis 1890, représente précisé-

ment l'altitude à laquelle la pression barométrique est le TG seulement de la pres-

sion normale à la surface des mers, dans les mêmes conditions de température, bien entendu. Comme la formule est logarithmique, l'altitude croissant en progression arithmétique, dont la raison serait 18356, la pression serait réduite

suivant les divers termes d’une progression géométrique dont la raison serait — O O 10

On aurait done les deux équations qui ont servi à plusieurs reprises dans des calculs approchés :

[H = 18336 n ; TONY

Si le coefficient, au lieu d'être constamment 18336, augmentait progressivement avec l'altitude et dans une proportion peut-être logarithmique, on arriverait peutêtre à une formule acceptable pour déterminer la pression dans les très hautes régions atmosphériques. En tout cas, il est bon de remarquer que le coefficient 18336 est Le résultat d'observations faites au commencement du siècle dernier par le baron Raymond sur des altitudes qui ne dépassaient pas 3.000 mètres. Il est donc indispensable d’avoir recours à des mesures directes si l’on veut prolonger l'usage de la formule des hauteurs barométriques, comme on est obligé de le faire si l'on veut étudier les phénomènes qui se passent dans la haute atmosphère.

M. de Fonvielle dit s'appuyer sur l'autorité indiscutable d’une commission académique composée de M. Becquerel père, du physicien Regnault, de l'ingénieur Dupuy de Lôme et de Léon Becquerel. Cette commission, dontle rapport a été adopté à l'unanimité par l’Académie des Sciences en 1872, s'est exprimée en ces termes :

« La Commission reconnaît l'utilité qu'il y aurait à faire des observations de ce genre à différentes hauteurs dans l'atmosphère, mais en s’assurant préalablement de l'exactitude des indications données par les instruments employés.

« Elle fait remarquer que lors de la discussion des observations faites Has dans les ascensions aérostatiques, on a généralement conclu au moyen du baromètre la hauteur à laquelle se trouve le ballon, et l’on n’a pu en tirer aucune conséquence précise pour l'étude de la relation qui existe entre ces trois quantités, la pression atmosphérique, la température de l’air, et l'élévation de l'observateur. Il y aurait done avantage à observer directement la hauteur du ballon par des mesures trigonométriques. Deux stations seraient nécessaires; à cet effet, de chacune d'elles, on déterminerait à des instants fixés trigonométriquement la distance zénithale du ballon, et son éloignement par rapport à l’autre station. »

Si j'ai attendu si longtemps pour me prévaloir des termes de ce rapport, c'est que les vérifications qu'ils demandaient étaient excessivement pénibles et d’un succès douteux, à une époque où MM. Hermite et Besançon n'avaient pas encore lancé leurs premiers ballons-sondes, où la photographie aéronautique n'était pas

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encore inventée, malgré les premiers essais de M. Nadar, et où personne ne songeait à la construction de la Tour Eiffel, Mais, maintenant que nous avons en main de puissants moyens d'observation dont les aéronautes étrangers sont dépourvus, n’y a-t-il pas lieu d’avoir recours à la méthode que nous indiquons, pour mettre un terme à d'importants débats soulevés par le Congrès de Berlin, mais dont nile Congrès de Berlin ni aucun autre ne peut trouver la solution? N'est-il pas patriotique de faire quelques efforts pour que cette grande ville qui a donné le premier mot du problème des ballons-sondes, grâce à MM. Hermitte et Besançon, en donne aussi le dernier, grâce à l’admirable monument qui s'élève au milieu du Champ de Mars, et que l’on n’a pu imiter nulle part ? C’est un problème dont nous sommes loin de nous dissimuler les difficultés, mais que l’on rendrait plus facile en l'étudiant, pour commencer, dans les limites des ascensions que M. le D: Hénocque se propose de faire exécuter.

Sur la proposition de M. le comte de Chardonnet, la question de la vérification de la loi des hauteurs barométriques est mise à l’ordre du jour de la prochaine séance.

Réunion DU CoMITÉ DU 3 JUILLET 1902 Procès-verbal

Le Comité a tenu sa séance mensuelle sous la présidence du comte de La Vaulx. Assistaient à la réunion : MM. Besançon, de Castillon de Saint-Victor, Lebaudy, Lafitte, Delattre, Mallet, Tatin, de Chardonnet et de Chamberet.

Excusés : MM. de Dion, Lachambre, Perrier, Bollée, Ducasse, Michelin, de La Vallette, Vallot.

Au scrutin de ballottage sont reçus : MM. Cheneau, Piot, D' Richet, Lham, Hennessy, Metman, Rémond et Arrault.

M. Bacon est nommé pilote de l’Aéro-Club.

M.le comte de Chamberet fait hommage à la bibliothèque du Club d’un ouvrage intitulé : L'Année poétique ; le donateur a dédié une fort jolie page « Aux Aéronautes du Méditerranéen ».

Le Comité décide que les ascensions organisées par ou sous le contrôle de la Commission d’aérostation scientifique bénéficieront de la réduction maxima du prix du gaz, soit 15 centimes. Cette mesure sera également appliquée aux membres du cercle qui emmèneront à bord de leur ballon leurs parentes ou leurs fils mineurs.

Il est donné lecture d'une lettre de M. Arrault, directeur de l’Aérodrome de la Porte Maillot, informant le Comité que les membres du Club ont l'entrée permanente sur simple présentation de leur carte du cercle; ils peuvent être accompagnés de plusieurs personnes.

Par faveur spéciale, le prix du passage à bord du ballon captif sera réduit à 3 francs au lieu de 5 pour les ascensions diurnes et à 5 francs au lieu de 10 pour les voyages nocturnes.

Cette réduction importante est applicable à toutes les personnes qui seront accompagnées par un membre de l'Aéro-Club.

Des remerciements sont votés à M. Arrault.

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