‹ L'Aérophile (volume 5)Chapitre 78 sur 161 · DINER-CONFÉRENCE DU 3 JUILLET · texte numérisé non relu

DINER-CONFÉRENCE DU 3 JUILLET

Au diner-conférence, très nombreuse assistance. Reconnu : MM. le comte de La Vaulx, Bacon, Chanteaud, Janets, Boulenger, Durand, Tatin, de Monthières, Lachambre, Lahens, Mallet, Morin, baron de Bradsky, Besançon, comte de La

Baume-Pluvinel, Maison, Peyrey, comte de Chardonnet, colonel Strohl, lieutenant Bourdelles, Sénécal, Mercier, vicomte de Chabrol, Bordé, Dubois, Tinel, Blanchet Le Brun, etc., etc.

Après le diner, il a été procédé au tirage au sort des noms des membres inscrits pour les ascensions à prix réduit. Ont été désignés par le sort : MM. le lieutenant Bourdelles, vicomte de Monthières, Georges Le Brun, D' Cousteau, vicomte de Chabrol, commandant Amédée Cordier. Suppléants : MM. Roch-Brault et Delebarre de Bay.

M. Lahens a fait une communication sur les conditions de navigabilité adoptées par Severo.

L'orateur s'exprime ainsi :

« La catastrophe du Pax, retardant peut-être pour longtemps la mise au jour de la conception aérostatique de M. Severo, je crois utile, puisque je partage les idées de l’infortuné aéronaute brésilien, de les défendre et même de tâcher de les faire adopter.

« Cette conception consiste en l'établissement des deux conditions primordiales suivantes :

« 10 Etablir les propulseurs de marche dans l'axe horizontal du ballon, et d'une facon rigide, afin de faire corps avec lui.

« C’est là leur meilleur attelage, parce que, ainsi placés, ils sont dans leur centre de traction et y étreignent le plus fermement possible l’ensemble de la résistance atmosphérique à vaincre, employant ainsi utilement, sans aucune perte, toute leur puissance propulsive. De plus, les propulseurs, à cette place, coopèrent à la suppression du tangage et, en conséquence, à celle de l’irrégularité et de l'instabilité de la route de l’aérostat.

« 2 Se rapprocher le plus possible, pour le ballon, de la forme sphérique.

« C’est cette forme qui procure la plus grande puissance ascensionnelle, sous le minimum de surface, et, en conséquence, permet de disposer d’une grande puissance propulsive en laissant une latitude considérable pour le poids à enlever.

« Le résultat sera donc d'obtenir une vitesse supérieure à celle réalisée jusqu'ici.

« Ce qui a entraîné à la disposition vicieuse du propulseur attelé à la nacelle, c’est l'adoption primordiale du principe du ballon allongé; ce qui rendait impossible l'établissement du propulseur dans l’axe horizontal du ballon, vu sa longueur, d'où manque de puissance suspensive : l’on s’est alors rabattu sur l’attelage à la nacelle. :

« On a été entraîné à l'adoption du principe de la forme allongée, en pensant qu'il était indispensable d'adopter la forme qui offrait la moindre résistance à l'avancement, alors qu'on attaquait l'atmosphère dans sa plus grande puissance, c’est-à-dire de face, confondant ainsi l'air, qui n'offre de résistance que lorsque l'on marche contre lui, et ne produit son effet que sur l'avant de l'objet en vitesse avec le vent, qui est bien de l'air, mais alors mis en mouvement par une cause physique quelconque.

« Le vent vient au contraire vous envelopper de tous les côtés, indistinctement. Il faut donc que le ballon offre la moindre surface possible dans tous les sens et c’est la forme sphérique qui me semble donner cet avantage. »

M. Lahens termine sa communication par plusieurs démonstrations faites à l'aide de petits ballonnets ronds et allongés et de figures.

M. le comte de Chardonnet a présenté un très ingénieux appareil de son invention, destiné à l'étude de la spectroscopie en ballon. Le kodak de M. de Chardonnet est appelé à rendre de très grands services aux aéronautes qui ont mis à leur

programme scientifique l'analyse physique de la lumière dans les hautes régions de l'atmosphère.

On trouvera la description complète de l’appareil dans le Bulletin de mai, page 117-

Rappelons que M. le comte de Chardonnet met son actinoscope à la disposition des membres du Club qui désireraient l'emporter. L'appareil est déposé au siège social.

M. Janets fait le compte rendu de la magnifique traversée aérienne qu'il a effectuée les 1% et 2 juillet, en compagnie de M. Boulenger et de Mme Magdeleine Savalle, la détentrice actuelle de la Coupe de la Vie au Grand Air.

M. Janets, après avoir rendu hommage à l’habileté du pilote, M. Boulenger, signale les particularités météorologiques enregistrées au cours du voyage.

Le président félicite les aéronautes et la gracieuse passagère de l'endurance montrée au cours d’une ascension dont les résultats principaux sont, pour un ballon de 800 mètres cubes monté par trois personnes et 180 kilos de lest emporté, 15 heures 1/2 de séjour dans l'atmosphère et 408 kilomètres de parcours.

M. Bordé présente un baromètre anéroïde qu'il a imaginé. Cet appareil très sensible permet une lecture facile et instantanée des altitudes indiquées par l'aiguille.

M. Bacon signale la divergence des courants aériens dans la nuit du 1% au 2 juillet, qu'il a observés à bord du Réve-Bleu. Le ballon de M. Bacon a atterri sur le territoire de Belfort, la nacelle était en France et la partie supérieure de l’aérostat, étendue sur le sol, reposait en Allemagne.

La réunion a été levée après d’intéressantes projections de M. Simons sur les récents événements aéronautiques.

La Coupe DE « La Vie AU GRAND AIR »

Challenge des femmes aéronautes

La Coupe challenge des femmes aéronautes a été adressée à l’Aéro-Club par M. Pierre Lafitte. Sur un socle de peluche bleu pâle se dresse l’objet d’art en bronze doré. L'œuvre due à M. Félix Charpentier est intitulée : Jeune Provence; elle représente une jeune fille courant dans la montagne, tenant dans les mains une branche d’olivier, symbole de la paix.

Mille Renée de Vériane, notre charmante consœur, qui est, on le sait, statuaire de talent, a fait savoir à l’Aéro-Club qu’elle offrait à la femme qui détiendra la Coupe, son buste grandeur nature.

Depuis la publication du règlement (Bulletin de juin, page 132), six concurrentes ont pris part à l'épreuve :

22 juin. — Mile Germaine Lapeyre (Aéro-Club, No 2), du parc de l’Aéro-Club, 3 h. soir, à Grange-le-Bocage (Yonne), 8 h. 10 s. Parcours : 105 kilomètres.

25 juin. — Mme Pinch (Æ£ros), du parc de l’Aéro-Club, midi, à Condé-sur-Vire (Manche), 5 h. 40 soir. Parcours : 24% kilomètres.

25 juin. — Mme Léon Maison (Aéro-Club, No ?), du parc de l’Aéro-Club, 4 h. soir, à la Ferté-Macé (Orne), 9 h. soir. Parcours : 190 kilomètres.

4er juillet. — Mme Magdeleine Savalle (Æden), du pare de l’Aéro-Club, 4 h. 20 soir, à Heiteren (Allemagne), le 2, à 7 h. 50 matin. Parcours : 408 kilomètres.

13 juillet. — Mme Mazuel (Aéro-Club, N°3), du parc de l’Aéro-Club, 10 h. soir, à Saint-Pierre-en-Port (Seine-Inférieure), le 14, 5 h. matin. Parcours : 166 kilomètres.

14 juillet. — Mme Henriette Delaunay (Aéro-Club, N° 2), de Nantes, 5 h. 30 soir, à Cholet (Maine-et-Loire), 9 h. 45 s. Parcours : 55 kilomètres.

A ce jour, Mme Magdeleine Savalle est détentrice temporaire de la Coupe de la « Vie au Grand Air », par 408 kilomètres.

NEÉGROLOGIE

Nous avons appris avec peine la mort de M. Paul de Chamberet, membre du Comité de l’Aéro-Club.

Notre regretté collègue, ancien sous-préfet, chevalier de la Légion d’honneur, était âgé de 54 ans. IE a succombé le 9 juillet, à 2 heures de l'après-midi, frappé d'insolation, au moment où il passait en voiture découverte, rue Louis-le-Grand.

Les obsèques de M. de Chamberet ont eu lieu le 15 juillet. Après le service religieux, célébré en l’église de la Madeleine, l’inhumation a eu lieu au cimetière du Père-Lachaise.

Nous adressons à la famille de notre regretté collègue, l'expression de nos vives condoléances.

Page 1