‹ L'Aérophile (volume 5)Chapitre 88 sur 161 · PARTIE NON OFFICIELLE COMMISSION D’AÉROSTATION SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE NON OFFICIELLE COMMISSION D’AÉROSTATION SCIENTIFIQUE

Réunion du 28 juillet 1902

La séance est ouverte à 5 heures, sous la présidence de M. Bouquet de la Grye.

Sont présents : MM. H. Deslandres, Wilfrid de Fonvielle, E. Mascart, le comte

de Chardonnet, J. Cailletet, A. Hénocque, comte Henry de La Vaulx, Louis Olivier, comte de Castillon de Saint-Victor, H. Hervé, et Georges Besançon.

Excusés : MM. le prince Roland Bonaparte et Marey.

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la dernière séance qui est adopté, puis le président accorde la parole à M. de Chardonnet pour une communication sur la vérification de la loi sur les hauteurs barométriques.

M. de Chardonnet déclare qu’il serait heureux de voir certains de ses collègues, très compétents sur cette question, donner leur opinion sur cette matière.

M. Wilfrid de Fonvielle demande la parole : il attendait la communication de M. de Chardonnet, aussi s’est-il borné à réfléchir au sujet afin de pouvoir intervenir utilement dans le débat.

Il a relu à cet effet les passages de la Mécanique céleste dans lesquels Laplace parle des hauteurs barométriques, il à trouvé dans le cinquième volume, au chapitre de la détermination des hauteurs par le baromètre, un passage important dont il donne lecture.

En effet, l’illustre astronome fait remarquer qu'il est nécessaire que l'altitude déterminée par sa formule ne soit qu'une très petite fraction de la hauteur de l'atmosphère, mais il n’en est point ainsi lorsqu'on veut appliquer le calcul à des hauteurs de 15.000 et 20.000 mètres, comme on l’a fait récemment.

L'atmosphère aurait-elle une épaisseur de 150 kilomètres, comme on est porté à le croire, qu’on étendrait la loi à une fraction variant de 34 à + de sa valeur totale, ce qui ne serait plus une très petite partie.

M. de Fonvielle ne se dissimule pas les difficultés de l’entreprise à laquelle on peut procéder par les moyens connus de visées trigonométriques et de photographies planimétriques; aussi a-t-il réfléchi au moyen d'employer un procédé moins direct et moins compliqué. Il propose de suspendre au-dessous du ballon une sphère argentée qui en soit à une distance que nous supposerons de 200 mètres ; dans l’intérieur de la sphère il place un baromètre enregistreur ainsi qu'un thermomètre et un hygromètre; ces instruments sont semblables autant que possible à d’autres instruments placés dans la nacelle. Les choses étant ainsi disposées, l'aéronaute fait changer l'altitude de l'aérostat; il ramène à terre deux séries de courbes barométriques qui devront donner toujours une différence de 100 mètres d'altitude : par conséquent, si le calcul des hauteurs du ballon tiré de la courbe obtenue dans la boule donne plus ou moins de 100 mètres, et cela à toutes les altitudes où le ballon s'est trouvé, c'est que la loi des hauteurs barométriques est en défaut; on verra alors de combien elle s’écarte.

De plus, si au moyen de visées trigonométriques on peut obtenir l'altitude vraie de la boule, on pourra se servir de l’un ou de l’autre des tracés pour en déduire la série des positions du ballon pendant toute la durée de l'ascension.

Une discussion, à laquelle prennent part MM. Bouquet de la Grye et M. de Chardonnet avec l’orateur, s'engage alors sur les moyens de déterminer, par des visées trigonométriques, l'altitude du ballon. Le président ayant insisté sur la difficulté d'arriver à prendre des visées simultanées, on s'arrête à l'idée d’'embarquer des géomètres et de leur faire viser des objets terrestres; on est ainsi de à se préoccuper de la rotation du ballon qui peut produire des perturbations dans les visées, et l’on tombe d'accord qu'il y aura lieu d'essayer de les empècher.

M. Mascart prend la parole pour défendre la loi des hauteurs barométriques de Laplace, il soutient que M. Teisserenc de Bort en a démontré du reste la validité par des visées obtenues sur un ballon-sonde se trouvant à une altitude de 10.000 mètres. Les nombres inscrits par le baromètre coïncidaient avec ceux que donnait la triangulation.

M. de Fonvielle fait remarquer, en réponse à ces observations, qu'un millimètre de mercure qui, dans le voisinage du niveau des mers, correspond à une différence d'altitude de près de 10 mètres, répond déjà à 30 mètres, à l'altitude de 8.800 mètres et que plus on s'élève, plus cette hauteur augmente dans une proportion logarithmique.

Les feuilles sur lesquelles les enregistreurs tracentles courbes sont loin d'avoir une hauteur de 760 millim., par conséquent, au millimètre de mercure de la colonne correspond à peine un sixième de Te sur le papier, de sorte que l’épaisseur du trait le plus délicatsuffit pour représenter une différence d'altitude de plusieurs centaines de mètres. Dans de telles conditions, il paraît impossible d'obtenir un degré suffisant pour l'exploration de la haute

M. Mascart clôt la discussion en affirmant que la loi de Laplace doit être acceptée comme complètement exacte, pourvu que l’on connaisse la loi de variation de la température en fonction de l'altitude. Il ajoute que la question est extrè-

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