L'AIR LIQUIDE EN BALLON
Dans la séance du 24 juillet, la Société Française de Navigation aérienne a entendu une conférence faite par M. Georges Claude sur ce sujet. On sait que M. Georges Claude est l’auteur d’un procédé pour préparer économiquement l'air liquide. D’après des expériences faites en présence de M. d’Arsonval, avec un cheval-vapeur on peut préparer un litre d'air liquide en une heure. Cette substance se transporte très aisément quand on la renferme dans des vases en verre double argenté et dans l'intérieur SU on a fait le vide de Crookes; la seule pISESQt on à prendre est de laisser la masse liquide en communication avec ‘atmosphère, pour que le gaz puisse se dégager d’une façon continue : sans cela, il y aurait augmentation progressive de la pression, et finalement une terrible explosion. L'air liquide a déjà été employé en ballon lors de l'ascension du 24 mai, dirigée à Berlin par M. Suring : les inhalations d'oxygène étaient exécutées avec de l’air liquide dont on avait laissé préalablement partir presque tout l'azote. Ce procédé, aussi simple qu'ingénieux et efficace, est dû à M. Cailletet; il dispense d'employer les réservoirs en acier dont on se servait jusqu'ici et qui,outre leur poids considérable, étaient susceptibles de faire explosion. Grâce à cette heureuse idée, les inhalations d'oxygène sont faciles et à la portée de tous les aéronautes.
M. Claude a ensuite exécuté une expérience indiquée par M. d’Arsonval et qui aura un grand retentissement dans le monde aéronautique.
Il a fait passer dans un tube de cuivre un courant de gaz d'éclairage; pour être maniable, ce tube avait été intercalé entre deux longueurs de caoutchouc; il a allumé la gerbe d'hydrogène carboné, et obtenu la flamme éclairante caractéristique du gaz d'éclairage, puis il a plongé le tube en cuivre dans une éprouvette où se trouvaient plusieurs litres d'air liquide à la température de 190° audessous de zéro; instantanément on a vu la flamme diminuer d'intensité et, au bout de quelques secondes, il n’y avait plus que la teinte bleuâtre, excessivement peu éclairante, que produit l'hydrogène pur en brûlant. Tous les hydrocarbures qui donnent au gaz d'éclairage son pouvoir luminifère avaient disparu, il était resté de l'hydrogène à peu près pur; inutile de dire que ce procédé peut être emplové pour le gonflement des ballons. Le prix de revient de le liquide étant destiné à devenir très bas, ce procédé sera économique, mais bien entendu l'importance de l'économie réalisée dépendra du prix de revient du gaz d'éclairage; en effet, comme la moitié du volume est ainsi précipitée et reste dans Les tubes, si l'hydro-
ène carboné revient à 0 fr. 15, l'hydrogène pur coûtera le double environ, majoré es frais relativement peu importants entraînés par le traitement.
Répondant à une question qui lui a été posée par M. de Fonvielle, l’orateur a déclaré que ce procédé pouvait être employé, comme son interlocuteur le supposait, dans la nacelle, en cours d’ascension, afin de liquéfier l’air des hautes régions et de le Sapyonie à terre pour être analysé dans un laboratoire. Pour obtenir ce résultat, il suffit de pomper l'air ambiant afin qu'il passe sous une pression de deux ou trois atmosphères dans un tube plongé au milieu d’un réservoir rempli d'air liquide; en opérant ainsi, on aura sous un très petit volume des masses énormes d'air des hautes régions, capturées avec les microbes et les poussières qu'elles contenaient; ce procédé peut s'appliquer aussi lorsque l’on est au milieu d’un nuage dont on condensera également la vapeur sous forme de glace. La présence de l'air liquide dans la nacelle permet d'entretenir une enceinte d'un volume quelconque à une température d’au moins 190° au-dessous de zéro plus facilement qu’on ne le ferait si on voulait l’entretenir à zéro avec une certaine quantité de glace fondante.
M. Armengaud jeune, qui présidait, a rappelé que le frère de Henri Giffard a construit des machines frigorifiques pour la production de la glace destinée à la consommation et que dans ses appareils on ne se servait que du froid produit par la dilatation de l'air.
Lui-même, il y a un grand nombre d'années, a imaginé un frigorifère dans lequel on arrivait immédiatement à une température de 100° au-dessous de zéro, par la compression d’une masse d'air qu'on laissait ensuite dilater, mais à cette Li il n'était pas question de fabriquer de l’air liquide.
Il a remercié l’orateur de son intéressante conférence, l’a félicité au nom de la Société des succès qu'il a obtenus, et il a fait remarquer que la découverte de
EEE
M. Georges Claude était une application merveilleuse du grand principe de l'équivalence mécanique de la chaleur. En effet, si, comme il a été assez heureux pour Je réaliser, on parvient à faire travailler l'air qui se dilate, on ne se borne pas à recueillir un effort utile qui diminue la dépense de combustible, mais on bénéficie de tout le froid produit par le nombre des calories correspondant au travail développé.