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L'Aérophile

La chûte du paganisme n'empêche point les muses d'être invoquées de de notre temps, avec autant de ferveur que pendant le siècle d'Auguste ou de Périclès. Cependant, par une contradiction singulière, les Français de la fin du XIXe siècle, admettent difficilement que des femmes cultivent les arts auxquels président les Nymphes de l’Hélicon.

La famille Klumpke parait avoir pris pour mission de détruire ce préjugé

et de soutenir pratiquement la doctrine de légalité des sexes devant la gloire. En effet, des trois sœurs de Dorothée, l’une s'est distinguée dans la peinture, l'autre dans la médecine, et la plus jeune dans la musique.

L'astronomie à laquelle Dorothée a consacré sa carrière, est de toutes les sciences celle qui se prête le mieux à ce que l'esprit féminin y fasse briller sa grâce et sa délicatesse.

Hypathie, a depuis longtemps des émules dans la grande ville qu'on a tant de raison pour comparer à l'ancienne Athènes. Qui ne connait encore la marquise Du Châtelet, qui mit entre les mains de Voltaire les armes scientifiques dont il avait besoin pour convertir l'académie des sciences aux découvertes d’un fils de la perfide Albion.

Chaque fois qu’un astronome veutexciter chez ses lecteurs l'enthousiasme nécessaire pour admirer intelligemment les merveilles de l'infini céleste, il imite plus ou moins adroitement Fontenelle ou Jérôme de la Lande, et met en scène des femmes lorsqu il ne s'adresse pas directement à elles.

Dés les premières leçons qu’elle reçut de ses premières institutrices, Dorothée Klumpke montra une vocation irrésistible pour les observations célestes. Ce goût ne fit que s'accroître à mesure des progrès qu’elle faisait, lorsque son ducation passa entre les mains d’un professeur de mathématique chargé de la préparer à la license ès-sciences dont elle subitles examens d’une facon brillante. À la Sorbonne, elle suivit les cours de M. Tiscerand, et elle acquit les connaissances théor.ques nécessaires pour passer son doctorat. Elle choisit pour thèse un des sujets les plus abstraits sur la détermination de la figure que prendrait l'anneau de Saturne, s’il était composé d une matière continue soit solide soit liquide.

La bizarrerie de la forme à laquelle on arrive ainsi par l'application rigoureuse de l'analyse mathématique est peut-être l'argument le plus sérieux en faveur de l'hypothèse actuellement admise. Ne suffirait-elle point pour montrer que l'anneau est composé par un courant de météorique, aussi serré les uns contre les autres, que le sont ceux qui cons*tituaient la partie la plus dense de l’essaim des Léonides.

Une fois en possession de ce diplôme, si rare dans son sexe, mademoiselle Klumpke fut admise à l’observatoire comme élève de l’école d’astronomie qu'avait fondé quelque temps au paravant l’amiral Mouchez.

Pendant plusieurs années, la Jeune élève astronome fut initiée aux détails de l’art de l’observation à la lunette méridienne, à l’équatorial, à la lunette coudée, au spectroscope et à la photographie astronomique.

Les développements pris par la photographie de la zone réservée à l’observatoire de Paris, nécessitèrent la création d’un bureau de réduction micrographique.

Lorsque M. Bouquet de la Grye fut chargé par l’Académie des sciences de tirer parti des photographies du passage de Vénus, pour déterminer la parallaxe cu soleil, il avait eu l’heureuse idée d'employer un atelier de jeunes filles. Les résultats ont été si satisfaisants, que M. Bouquet de la Grye a pu présenter à l’Académie des Sciences pour cet élément une valeur qui corres-

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pondexactement à celle de la conférence internationale tenue à Paris en 1896, pour la détermination des étoiles fondamentales. Le sympathique académicien nous a rapproché de plus d’un million de kilomètres de l’astre qui nous éclaire. Ce résultat serait considérécomme définitif, sila découverte inattendue d’Æros ne venait nous fournir un moyen de le déterminer avec un degré de précision supérieure.

Un aussi beau résultat, indiquait que l'emploi des jeunes filles s'imposait dans les recherches de ce genre. Aussi, M. Tisserand organisa un bureau spécial de mesures micrométriques, placé sous la direction de Mile Klumpke. La directrice de ce nouveau service s'est acquitté de ses fonctions délicates avec une activité si remarquable qu'en un an il a été exécuté plus de 200,000 mesures précises.

Outre les fonctions qui lui sont attribuées réglementairement, Mile Klumpke continue à s'occuper de l'observation des étoiles filantes, qui offre une certaine analogie avec ses premiers travaux astronomiques, et qui acquiert chaque année une importance croissante.

Dans cet ordre de recherches, qui demandent une excellente vue, une très grande présence d'esprit à cause de la soudaineté des apparitions, et une parfaite connaissance du ciel étoilé, Mile Klumpke s’est crée, une véritable spécialité.

Par un heureux hasard, sa première ascension aérostatique a coïncidé avec le centenaire de la découverte de cet essaim, jadis si célèbre et probablement disloqué d’une façon définitive.

L'apparition de 1900 devra être également surveillée avec soin, afin de compléter les renseignements éparses que l’usage des ballons permettent de rapprocher les uns des autres, et il est probable que Mlle Klumpke trouvera à se distinguer de nouveau en novembre.

Mais il reste dans le ciel bien d’autres essaims, tel que celui des Perseïdes et celui des Bielides dont l'étude s'impose, de sorte que l'emploi des aérostats dont Mile Klumpke a fait usage d’une facon si heureuse, ne cessera pas, quand bien même on ne devrait les employer qu'à l'étude de ces énigmatiques météores dont la théorie est bien loin d'êtrecomplète.

En outre, ainsi que M. Janssen, lui-même, l'annonçait dans /'Annuaïre du Bureau des Longitudes pour 1909, le nombre des applications astronomiques de l’aérostation est fort considérable. Il en résulte que la courageuse initiative de Mile Klumpke lui assure certainement une place distinguée dans l’histoire de la plus belle et la plus poétique des sciences. La gracieuse astronome aura contribué, à faire de l’aéronautique, la servante Ancrlla astronomiæ, genre de servitude qui l’honorera et sera très fructueuse. En effet, l'astronomie est une fée bienfaisante qui élève, ennoblit, et poétise tout ce qu'elle touche.

Wilfrid DE FONVIELLE.

Une Station d'Aérostation Météorclogique à Berlin

Le gouvernement allemand a créé à Berlin une station civile d’aérostation météorologique. Cette station est construite sur les bords du polygone d'artillerie de Tegeler, dans le voisinage de Tempelhof, où se trouve l’établissement central d’aéronautique militaire. On y a construit une tour creuse haute de 27 mètres et devant servir à l'ascension du ballon cerf-volant destiné à porter dans les airs les paniers para-soleil renfermant des enregistreurs. On emploiera également les cerfsvolants. Le càable de retenue est un fil d'acier galvanisé, résistant à une traction de 200 kilogs et ayant un poids de 10 grammes par mètre.

La longueur totale du fil est de dix kilomètres. Il est conduit par un treuil à vapeur pouvant marcher électriquement.

La longueur du fil déroulé à chaque instant, sa tension, son azimut, et la direction de la tangente à l’origine sont enregistrées automatiquement. On fera usage dans le calcul des altitudes des résultats de ces enregistrements, et des tables publiées par le bureau de Washington ; quoique ces tables aient été destinées à des expériences de cerfs-volants, elles servent naturellement sans aucune modification pour les ballons captifs.

Bien entendu, on emploiera des ballons-sondes et des ascensions montées pour des recherches spéciales.

La mise en action de l'établissement organisé par MM. Assmann et Berson est imminente et un crédit spécial figure dans les prévisions du budget de 1900, voté par les Chambres prussiennes.

Gustave HERMITE.

Une Ascension à bord de l’Aéro-Club

Jeudi 23 novembre, à l'usine à gaz du Landy, par une froide et brumeuse matinée, l’'Aéro-Club, de 1,550 mètres, enlevait cinq voyageurs.

Mnes Rose G... et Eugénie M... MM. Comte et Moussette, sous la direction du comte de La Valette.

À 10 h. 40, l’aérostat prenait son essor et les nombreux amis, venus pour assister au départ des voyageurs, ne cachaient pas leur admiration pour la gaieté et la parfaite quiétude dont celles-ci faisaient preuve pour leur début dans le tourisme aérien.

Le ballon plane au-dessus d'Aubervilliers et s'élevant lentement vient à la partie supérieure de la brume, à 1,100 mètres, d'où l'on aperçoit la lanterne de la Tour Eiffel noyée dans un brouillard très bas dans cette partie de Paris.

Pantin, Romainville et Montreuil sont masqués par la brume, les voyageurs ne peuvent reconnaître leur route qu’en traversant la Marne en aval de Bry, à midi 40.

Le ballon se dirige vers Ozoir-la-Ferrière en traversant les bois de Gaumont.

L'équilibre est, paraît-il, difficile à obtenir, des courants d’air glacé viennent à chaque instant modifier l’état de l’aérostat ; le thermomètre marque, suivant les radiations de la couche supérieure des nuages, de + 109 à — 5°. Une forte épaisseur de cumulus blancs et gris sombre est nettement stratifiée à 2,500 mètres ou 3,000

mètres. Nous évitons de nous laisser monter afin de conserver tout notre lest et rester maître ainsi des mouvements ascensionnels brusques qui provoquent ces variations inattendues de température.

De véritables tourbillons, incompréhensibles, dit le pilote, sur le calme que nous avons constaté à terre se produisent en-dessous de nous. Les guideropes se tordent dans tous les sens et semblent vouloir alternativement précipiter et retarder la marche de l’aérostat. Nous fuyons ces tourmentes, peu développées d’ailleurs, en nous maintenant entre 900 et 1,200 mètres.

Au-dessus desbois d'Ozoir-la-Ferrière, le calme semble avoir repris et nous nous laissons descendre lentement. À 2h. 1/4 nous guideropons et assistons à une levée de gibier qui fuit éperdu, devant le ballon, chassé de ses fourrés par le long cordage qui serpente sur la cime des arbres dépouillés de leurs feuilles, casse les branches mortes et fait gémir la feuillée qui recouvre leur retraite.

Le ballon traverse le bois, l’étang et le château d’'Armainvilliers et a l'honneur d’être salué à son passage par le propriétaire lui-même qui reçoit avec plaisir les félicitations des voyageurs bien placés pour admirer cette merveilleuse propriété.

Passant Gretz et Tournan, les touristes de l’Aéro-Club, reconnaissant des amis au château du Combreux, admirent la propriété de feu le docteur Péan, le château des Boulayes. A la nuit tombante l’aérostat vient s'asseoir doucement, à 5 heures près de Châtres, à la ferme de Coffry, dont les propriétaires font preuve de la plus grande affabilité pour les voyageurs. De tous côtés les habitants accourent et font

L'Aéro-Club à 1,200 mètres d'altitude.

une véritable ovation aux deux voyageuses qui répondent de leur mieux à ce chaleureux accueil en contant leurs impressions et le charme qu'elles ont éprouvé dans leur expédition aérienne.

Les paysannes surtout témoignent leur étonnement en assurant que seules les parisiennes peuvent se livrer à de pareilles tentatives. « C’est-y pas moi qu’on y emménerait ben sur, dit l’une d’elles, c’est la grande éducation qui leur a donné du courage à ces belles dames. »

En somme, charmante journée de beau tourisme, permettant de compter deux éloquentes apôtres de plus pour la cause de la navigation aérienne.

A bord de l’Aéro-Club, l’une des débutantes.

NECROLOGIE

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