MODIFICATIONS APPORTÉES AUX BALLONS-SONDES
Au mois de mai 1898, M. Hermite et nous, avons proposé à la Commission scientifique d’aérostation de Paris un procédé de délestage des ballons-sondes, fondé sur un principe nouveau.
Nous avons imaginé de placer à la queue d’un ballon rempli de gaz hydrogène un ballon supplémentaire destiné à recevoir le produit de la dilatation du premier,
et rempli simplement soit de gaz d'éclairage, ou d’air atmosphérique, soit laissé à l'état de vacuité partielle. Il est clair que par cet artifice on réduira autant qu’on le voudra la force ascensionnelle du ballon-sonde, et qu’elle se maintiendra constante jusqu’à ce que le ballon annexe soit rempli de gaz hydrogène pur. Comme l'augmentation du volume de gaz, aura lieu d’une façon graduelle et avec une vitesse faible, surtout au début, il n’est point à craindre que le ballon annexe se déchire, ce qui arrive presque toujours lorsqu'on lance des ballons imparfaitement gonflés, sans prendre la précaution que nous indiquons plus haut.
A la suite d’un désir formel exprimé officiellement par la Commission, et conformément à l'annonce que nous avons tenu à faire insérer dans le procès-verbal dela séance, nous avons constaté le fait dans une ascension exécutée à l'usine aérostatique du Champ de Mars, devant le prince Roland Bonaparte, le 24 mars 1890.
L'Aérophile a été mis en pièces avant d’avoir atteint une altitude de 5,000 mètres, et est retombé lourdement dans le voisinage de son point de départ. Nos prévisions sinistres ont été tellement dépassées, que le ballon n’est même pas réparable.
Le seul inconvénient du système que nous proposons est le poids du ballonnet moteur et du tube destiné à le joindre au ballon de drlatation. Celui-ci doit être placé à une distance de quelques mètres afin d'augmenter la pression sur la tête du ballon-moteur. Mais l'augmentation du poids est minime si l’on se contente d’un ballonnet-moteur de 100 mètres cubes, par exemple, pour entraîner un ballon de dilatation de 400 mètres.
Nous apprenons, par un excellent article publié dans le 12° numéro de 1899 de la Luftschiffahrt, que M. Assmann a conçu, indépendamment de nous, la même pensée, et qu'il est parvenu à résoudre ce problème d’une façon fort simple et un peu différente de la nôtre.
Le procédé Assmann consiste à coudre à l'équateur du ballon-sonde, un demiballon dont le diamètre soit précisément égal à celui du ballon-sonde Ce demiballon porte un tuyau de gonflement par lequel on introduit entre les deux enveloppes la quantité de gaz que l'on juge convenable pour l'entraînement général, Puis on remplit l'espace disponible avec de l'air ordinaire. Nous supposons, car M. Assmann ne s'explique pas sur ce détail, qu'il met une soupape au ballon d'air, et une autre soupape au ballon de gaz. Le jeu des soupapes doit être réglé de manière à ce que la soupape du ballon à air s'ouvre la première, et que la soupape du ballon à gaz s'ouvre la seconde. Dans ces conditions, on comprend que l'air soit tout doucement expulsé et remplacé par du gaz, jusqu’à ce que la soupape du ballon joue à son tour et qu'après avoir rempli toute la sphère aérostatique, le gaz se répande au dehors. L'expérience de ce système a été faite à Berlin devant la section aéronautique du 7° Congrès géographique qui s'était réuni au mois d'octobre. Elle a réussi sur un petit ballon-sonde qui n'avait que 67 mètres cubes.
Malheureusement, les enregistreurs n’ont pas marché, de manière qu’on ne sait quelle est la hauteur atteinte, de sorte qu’il faut recommencer l'épreuve.
Nous serions heureux qu’elle put être faite comparativement avec le système que nous avons conçu il y a déjà plus de deux ans, et sur la valeur duquel nous n'osons nous prononcer, car nous nous demandons si, ce qui nous paraît probable, tout l’air du grand ballon sera expulsé par le gaz ? Nous serions plus sûrs du succès si on pouvait l’enlever vide.
Nous espérons que, grâce à la bienveillance qui nous a toujours été accordée, nous serons bientôt en mesure d'expérimenter en grand notre nouveau procédé et de porter ainsi nos appareils jusqu’à une altitude de 25,000 mètres.
Georges BESANÇON.