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JACQUES FAURE

Trésorier de l’'Aéro-Club

Ce gentlemen rider du turf atmosphérique est ne à Bellevue, le 23 juillet 1873, alors que Gambetta fondait dans le voisinage l'Etablissement central d’aérostation militaire de Chalais-Meudon. Il a fait au lycée Condorcet d'excellentes études, couronnées par un séjour d’une année de l’autre côté de

la Manche, où il apprit la langue anglaise, et contracta une véritable passion pour les exercices physiques que nos voisins Cultivent avec un entrain des plus louables. De retour en France il fit son volontariat à Versailles, dans l'artillerie à cheval. Bientôt après, il épousa une charmante jeune fille, mademoiselle Gallay, qui partageait tous ses goûts, et comme l'exige le Code civil, suivit son mari, partout, jusqu'au milieu des airs.

Il fut nommé président du club de foot-ball l'Olympique, qui eut son heure de gloire, car en 1897 cette société remporta le Championnat français.

Il acheta le yacht 7 afrana à bord duquel il passa sa lune de miel et parcourut les bords de la Manche, tant en France qu’en Angleterre. Mais en 1808, il fit la rencontre du comte de Castillon de Saint-Victor, apôtre de l'aérostation, qui devint bientôt son ami intime, et fit briller devant ses yeux des perspectives bien autrement séduisantes, que de courir péniblement des bordées à la surface des vagues.

C'est le 17 juin 1809 qu’il reçut le baptême de l'air, il était à bord du Centaure qui, comme nous l'avons déjà raconté, était dirigé par le comte de La Vaulx et qui, parti à 5 heures du soir de la Petite Provence, (1) touchait terre dans les environs de Vierzon, le lendemain matin, après une traversée charmante.

Le 20 octobre, il faisait partie du voyage de l'Aéro-Club, auquel sa femme servait de marraine, et dont le comte de La Vaulx était le capitaine. Parti à midi, de l'usine à gaz du Landy, le ballon s’arrêtait à 7 heures du soir à Fréneuse, puis il repartait avec les comtes de La Vaulx et de Castillon, laissant à terre M. Jacques Faure, avec le comte de La Valette et M. Archdeacon, que connaissent tous nos lecteurs.

Dans le voyage suivant, 28 octobre, qui eut comme tous les autres l’usine du Landy pour point de départ, M. Jacques Faure avait comme pilote et proesseur d'aérostation le comte de Castillon de Saint-Victor, l’émule de son premier capitaine.

L'expédition fut superbe. Parti après 4 heures du soir, le ballon atterrissait à 8 heures du matin à Hohenmunden, et refaisait, à part les accidents, le fameux voyage du Géant en Hanovre ; à bord se trouvaient deux néophytes, le comte des Isnards et le comte de Rochefort.

Dans ces trois derniers voyages aériens, M. Jacques Faure a pris le commandement du ballon.

Le 26 novembre, il partait de l'usine du Landy avec le Aicrobe, petit ballon de 580 mètres cubes, dans lequel il conduisait sa femme. Ce voyage, analogue à celui que Saint-Simon avait inutilement rêvé avec Madame de Staël, renouvelé de Camille Flammarion, se termima fort poétiquement. Un doux vent d'automne poussa mollement les deux époux jusque sur une prairie voisine de Mantes. Ils mirent pied à terre à 3 heures, sur un tapis de verdure, émaillé de marguerites.

Si l’Aéro-Club n'a point interrompu ses ascensions d'hiver, il le doit au zèle de M. Jacques Faure qui fut nommé son trésorier.

(1) On nomme ainsi une portion du pourtour du grand bassin des Tuileries.

Le 2 décembre, à deux heures du matin, l'Aéro-Club (1,550 mètres cubes) quitta la cour des gazomètres de l'usine du Landy. Sous la direction de M. Jacques Faure, troismembres du club, dont ce beau ballon portait le nom, faisaient leur première ascension qui se termina à midi, à Nogent-le-Rotrou, à une portée de fusil de la gare. Le capitaine avait guideropé pendant tout le temps du voyage, sauf la traversée de Paris.

Le 28 janvier M. Jacques Faure inaugurait la série des ascensions de de l'année par un bien mauvais temps. Il enlevait à bord du Volga, cubant 1,000 mètres, Girardot, le chauffeur bien connu et M. Ph. Monnier, membre de l’Automobile-Club de France. Après huit heures d'un voyage circulaire autour de Paris, la descente s’effectuait à Lagny. Le ballon était couvert de neige.

Le 25 février, M. Jacques Faure partait tout seul à minuit vingt, dans un petit ballon de 600 mètres cubes. À 5 heures 20 du matin il atterrissait en vue de la mer du Nord à St-Jean Cremo, petit village belge, voisin de la frontière hollandaise, sur une des bouches de l'Escaut d’où l’on voit le phare de Flessingue.

Le voyage avait eu une vitesse moyenne de 635 kilomètres à l'heure. L'ancre avait été jetée avec tant de précision que le fer s'enfonçait dans un sol meuble , et que le ballon s'arrêtait au milieu des marécages dans un endroit excessivement favorable à la descente.

C'était un tour de force en même temps que d'adresse.

Pour effectuer avec si peu de lest (70 kilogrammes) ce remarquable voyage, sous une pluie abondante, l’habile aéronaute avait maintenu son équilibre dans les basses régions faisant le sacrifice de son souper.

Enfin le 11 mars, M. Jacques Faure et le comte de Castillon de Saint- Victor lançaient /'Orsent, ballon de 1,000 mètres cubes, qu'ils viennent de faire construire. Le voyage d’inauguration, dont faisaient partie Madame Jacques Faure et le comte Henry de la Vaulx, a duré environ cinq heures et s'est terminé heureusement, malgré un vent violent, dans le département de l'Oise, à environ 100 kilomètres au nord de Paris,

Laissant désormais les croisières maritimes aux millionnaires vuigaires, M. Jacques Faure a mis en vente son yacht maritime 7afiana, et fait construire un yacht aérien de 480 mètres cubes avec lequel il compte exécuter les ascensions soit seul, soit en tête à tête avec sa femme. Mais quelque succes qu'il obtienne désormais, il ne parviendra point à faire oublier ses ascensions de cette année, et le voyage du 25 février 1900 fera époque dans sa carrière d'aéronaute.

Wilfrid de FONVIELLE

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