POUR LA TÉLÉPHOTOGRAPHIE EN BALLON
Par une décision en date du 9 février dernier, le ministre de la Guerre a ouvert un concours entre tous les constructeurs d'objectifs français ou étrangers pour la fourniture d'objectifs à long foyer destinés à la photographie en ballon.
Le cahier des charges annexé à cette décision définit strictement les objectifs qui pourront étre présentés : il devront avoir de 0M60 à 1 mètre de foyer et être
pourvus de diaphragmes avec une ouverture minimum supèrieure à ——. Chaque concurrent ne pourra présenter au concours plus de quatre objectifs. Les concur-
rents devront faire parvenir les objectifs soumis au concours à l'Etablissement central d’aérostation militaire, à Chalais-Meudon, avant le 1° juin 1900.
Les objectifs seront soumis sous la surveillance et le contrôle d’une commission nommée par le ministre de la Guerre, à un certain nombre d'essais ayant pour but de déterminer, pour chacun d’eux, la puissance de définition, celle d'impression et celle de vision.
Les huit premiers objectifs classés donneront droit à une prime de 200 francs qui sera remise au déposant. Les objectifs primés seront soumis à des essais pratiques à grande distance qui seront fait d’abord à poste fixe, à terre, et ensuite en ballon captif. Des médailles d’or, de vermeil et d'argent pourront être décernées aux trois objectifs qui auront donné les meilleurs résultats. Le ministre se réserve de décider, après la période des essais pratiques, s'il y a lieu ou non, d'acheter un certain nombre des instruments primés. Les instruments achetés seront payés au prix de vente indiqué par le constructeur dans sa soumission cachetée.
Méthode d'essai des objectifs. — La décision ministérielle définit également la méthode d’essai des objectifs qui seront présentés au concours :
10 Tous les objectifs seront essayés avec des plaques Lumière de même émulsion (étiquette bleue) ;
2° Les plaques seront uniformément développées dans un bain d’hydroquinonemétol à la température de 15° (formule du capitaine Houdaille);
3° Tous les objectifs seront essayés au triple point de vue de la puissance de définition, de la puissance d'impression et de la puissance de vision ;
4° L’essai de la puissance de définition aura lieu en photographiant à 5 mètres de distance des toiles métalliques se détachant sur un verre dépoli fortement éclairé. Le numéro de la toile métallique la plus fine, dont les détails sont donnés par l'objectif, fournit une indication de la puissance de définition:
5° La puissance d'impression sera mesurée en photographiant une mire verticale située à 5 mètres de l'objectif. La mire, couverte de voyants d’un demi-millimètre de diamètre, est éclairée par une lampe électrique de 16 bougies placée à 0"50 de son pied.
La hauteur de la partie de mire, qui donne avec l’objectif considéré une image des voyants se distinguant encore par contraste, fournit une mesure de là puissance d'impression ;
60 La puissance de vision sera déterminée par la photographie ci-dessus, en prenant comme mesure la surface vue avec netteté; cette surface est un cercle ayant pour rayon la hauteur de mire vue avec netteté.
UE Ne OR ee RER Ge Le Direcieur. Gérant : Georges BESANÇON.
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Directeurs : GEORGES BESANÇON et WILFRID DE FONVIELLE
8e Année — N° 6 Juin 1900
PORTRAITS D'AERONAUTES CONTEMPORAINS
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M. AUGUSTE RIEDINGER
Ce célèbre ingénieur aéronaute est ancien élève de l'Ecole polytechnique de Zurich, et dirige à Augsbourg les grands ateliers de mécanique créés par son père. C'est en 1887 qu'il commença à s'occuper de navigation aérienne, et il s'attacha d'abord à la construction d’aéroplanes. Pour essayer les moteurs il employait un petit ballon captif, ce qui le conduisit bientôt à exécuter des ascensions libres. Dans une d'elles qui fut exécutée le 10 janvier 1800, il fit le voyage de Munich à Linz (Autriche), de midi 28 à 2 h. 15, soit une distance de 180 kilomètres parcourus avec une vitesse de 106 kilomètres à l’heure, une des ascensions les plus rapides. Cette traversée a été exécutée avec un ballon de 1,400 m. cubes dirigé par MM. Von Parseval et Von Sigsfeld, qui descendirent très habilement à l’abri d'une montagne eten présence d’un public nombreux. On aida les voyageurs à prendre terre, de
manière que cette course échevelée se passa sans accident. Le ballon qui venait de voyager dans une si violente tempête servit à exécuter des ascensions captives, auxquelles prirent part toutes les notabilités du voisinage. Le ballon fut aussi transporté tout gonflé à la gare d’Aschach, petite ville des bords du Danube. Les températures étaient anormales, à Munich il faisait o°, à 1130 m. le thermomètre marquait + 1,1. Le maximum 408 était à la cote de 688 mètres, 138 m. plus haut que Munich qui est à la côte de 530.
Les expériences de ballon captif pour l'étude des machines motrices éprouvant de très longues interruptions, M. Riedinger fut conduit à chercher une forme plus avantageuse que la sphérique. M. Von Sigsfeld un de ses collaborateurs, eut l’idée d'employer un ballon cylindrique. M. Von Parseval ajouta aux travaux de MM. Riedinger et Von Sigsfeld le résultat de ses propres recherches, et le ballon cerf-volant reçut sa forme actuelle, qui estle résultat de nombreux calculs et de longues expériences pratiques. Les succès obtenus en Allemagne par le ballon cerf-volant engagèrent M. Riedinger à renoncer à ses travaux sur l’aéroplane, quoiqu'il soit parvenu à faire parcourir à un de ses appareils une distance de 67 à 80 mètres.
Il est à espérer que le parc d'aérostation de l’Aéro-Club, permettra de comparer le ballon sphérique et le ballon cerf-volant, ce qui serait fort heureux. Eneffet, il est peu à espérer que les expériences soient exécutées par les soins de la commission officielle d'aérostation du bois de Vincennes qui se désintéresse de toute question scientifique! En tout cas le ballon cerf-volant est employé officiellement dans les armées allemandes et autrichiennes.
Il est bon d'ajouter à ce propos que Giffard, l'inventeur des captifs à vapeur, n'était point partisan en prencipe de l'usage des ballons captifs sphériques. Il les considérait comme bien inférieurs aux captifs allongés.
S'il les employait, c'est par ce que la manœuvre des ballons allongés demande un espace beaucoup trop grand pour qu’on puisse le trouver dans l'intérieur des grandes villes. En outre, pour le service des ballons captifs de plaisance il faut ramener les voyageurs au point de départ, condition qui n'existe pas dans les ascensions militaires.
Lorsque le gouvernement français a créé l'établissement central d’aérostation militaire de Meudon, le colonel Laussedat se présenta chez Giffard pour le consulter oficieusement, mais celui-ci refusa de s'expliquer, il ne fit nullement part de ses idées personnelles au chef d'un nouveau service, qu'on avait constitué sans avoir officiellement recours à son expérience. De mon côté, J'ai gardé pour moi les confidences qu’il m'avait faites sans en parler à Gaston Tissandier qui ne fait aucune allusion, dans son traité du ballon captif des Tuileries, à des principes scientifiques qu'il ignorait.
C'est aux Allemands que revient entièrement l'honneur d’avoir complété l'invention de Giffard, en devinant ce qu’il n’avait pas voulu dire (1).
(1) Dans son remarquable ouvrage : ÆEfudes sue l'Aérostation, publié en 1847, Marey- Monge a consacré plusieurs chapitres très intéressants sur cette question des ballons cerisvolants et a eu le mérite d'indiquer nettement la possibilité d'utiliser la puissance du vent, non seulement pour soutenir les ballons captifs de forme allongée, mais encore pour faciliter l’atterrissage des ballons libres, en évitant ainsi les coups de rabat qui se produisent lorsque l'ancre a mordu. TDR ARS
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Comme on pourrait très bien ne pas me croire sur parole, j'ajouterai qu'il est de notoriété publique que Giffard voulait faire précéder les expériences de direction aérienne qu'il préparait d'essais préliminaires dans lesquels son ballon dirigeable aurait été maintenu en captivité et la machine mise en marche pour faire tête au vent. Du reste, peu de temps après la mort de Giffard, j'ai publié son opinion à une époque où il n’était pas question du ballon cerf-volant, de sorte que mon assertion, qui ne ressemble en rien à une réclamation de priorité, doit être considérée commeabsolument véridique.
C’est en 1893 que le premier Drachenballon fut offert à Berlin au ministère de la Guerre.
Drachenballon de l’armée autrichienne.
Photographie prise à l'arsenal de Vienne, 1900.
Après de nombreuses expériences on apporta quelques modifications au premier appareil et, depuis 1897, les gouvernements allemand et autrichien ne se servent plus que du Drachenballon pour les observations militaires.
M. Riedinger n’a pas construit dans ses ateliers moins de 40 ballons cerfsvolants pour plusieurs puissances européennes au nombre desquelles la France ne figure point.
Mais nous serions fort étonnés, si l’on n'était pas obligé d'y venir lorsque
des expériences comparatives auront eu lieu.
Wilfrid DE FONVIELLE.