J. VINCENT
Météorologiste à l'Observatoire royal de Belgique.
LETTRE ÉCRITE PAR UN GENTIL-HOMME POLONAIS DE LA VILLE DE WARSOVIE LE 22 DÉCEMBRE 1647.
SUR UNE MERVEILLEUSE PROPOSITION DE VOLER EN L'AIR FAITE AU ROY DE POLOGNE (1).
Monsieur,
Si vostre charge ne vous obligeoit à faire part au public de tout ce qui se passe de beau & de curieux dans le monde, je ne vous divertirois pas de vos occupations pour vous entretenir d’une chose du tout extraordinaire, & qui pourra possible nô moins exciter la risée du vulgaire que l’atètion des personnes doctes et curieuses : mais c'est la mesme raison qui me fait vous en escrire, vos éphémérides n’ayans pas esté inventées pour les choses communes & qui arrivent tous les jours, mais particulièrement pour les rares et invsitées ; Lesquelles si l'on avoit par tout rejetté à cause de leur rareté, nouveauté et insolence, nous serions privez de toutes les belles inventions qui rendent aujourd’hui la vie plus agréable & plus heureuse & qui, à leur commancement, pouvoyent estre aussi difficilemèt creues que cette-ci.
[1 se trouve en cette cour un personnage nouvellement arrivé d'Arabie, qui est venu offrir sa teste au roy de Pologne, s’il n’avoit apporté de ce païs là l'invention d’une machine aérienne, construite d’une matière si légère & neantmoins si ferme, qu’elle est capable de loger & soustenir deux hommes en l'air l’un desquels y peut dormir tandis que l’autre fait mouvoir cette machine, qui est en la mesme forme que les vieilles tapisseries representent les dragons volans dont elle prend le nom : je vous les donne pour patron ne sçahant point s’il y en a jamais eu de vivans non plus que griphons, de licornes, de phœnix & de plusieurs autres telles choses, que nous croyons sur la foy de bonne antiquité, sans les avoir jamais veus. Il y a peu de nos courtisans qui n’en ayent icile crayon, que j'espère vous envoyer si son dessein réussit, dequoy les modelles qu'il en a faits, & les raisons dont il les appuye, font concevoir beaucoup d’Espérance : & bien qu’il promette que la diligence de ce courrier céleste fera-t-elle, qu'il fera quarante de nos lieuës par jour, qui sont plus de quatre-vingt des vostres; ce qui lui aliène beaucoup d’Eprits;
(x) Cette pièce fut imprimée dans la publication suivante : Za AMuitième partie des tumultes de Naples ou la continüation de ce qui s’y est passé depuis le 28 Novembre jusques au 17 décembre dernier, N° 0, page Sr à 84. La publication est du format in-8, à Paris, du bureau d'adresse, vuë St-Honoré, près la Croix du tiroir, le 14 janvier 1648. Avec PRIVILÈGE.
80 JUIN 1900 re ec UC a CR UT ie nc.
Si est-ce qu'ayant donné quelques certificats de témoignages que son dessein lui a succédé ailleurs, & considérant qu’un homme qui paroist personne d'Honneur, ne tiendroit pas si peu de compte de sa vie, qu'il la voulust deux fois hazarder si périlleusement : l’une, s'il n’essayoit point ce qu'il promet, mais eust seulement fait estat de venir affronter toute cette cour, qui n'entend point raillerie en telles matières, non plus que la vostre, où j’ay sceu de bonne part qu’on avoit pendu depuis cinq ou six ans un affronteur, pour avoir supposé sçavoir ce qu'il ne scavoit pas ; l’autre, si essayant ce vol, qu’il doit prendre par dessus les plus hautes tours & clochers, il se précipitoit par sa témérité.
Tant y a qu’on luy a donné des commissaires, & en attendant leur rapport & l'expériance qu'il en doit faire devant eux, avant que le commettre & ceux qui l’auroyent creu, à la risée du peuple, comme j'ay aussi sceu qu’il estoit autre fois arrivé en la ville de Paris, un estranger ayant fait assembler sur le quay du Louvre & sur celui de la tour de Nesle qui lui est opposé, plusieurs milliers de spectateurs, à la veuë, desquels cet inconsidéré ayant pris son vol de dessus cette haute tour, qui est entre le Louvre & la Seine, se rôpit malheureusement le col & tomba tout froissé sur la grève : cependant qu'on est en attente de cet évènemèêt qui fait faire ici des gageures de part & d'autre : je vous diray que nos mathématiciens consultez sur cette affaire en ont bien trouvé l’exécution difficile mais non pas impossible, & qu'à ce propos ont eut bonne information d'un prisonnier, lequel ayant attaché fermement à l'endroit du collet sous ses aisselles son long manteau, dont la rondeur estoit conservée par un grand cercle attaché tout autour, se lançant de dessus la terrace d'une forte haute tour, dont le pied estoit lavé d’une profonde rivière, dans laquelle il se pensoit laisser tomber, il fut emporté bien loing au délà de l’autre bord sain & sauf. cette voile ayant soustenu son poids et séparé l’air si à loisir, qu'il eut le temp de descendre assez doucement pour n’estre point offencé dé sa cheute sur terre & sans parler des fables de l'ingénieux Dédale, le plus fameux méchanique de son temps : Archite Tarentin fit un pigeon de bois qui vola fort haut au-dessus de lui comme fit aussi un aigle artificiel dans Nuremberg, lors de la magnifique entrée que cette ville là fit à l'empereur Maximilian, bien que l'un & l’autre fussent plus pesans & n’eussent pas l'étenduë de ces joüets de nos enfans, qu'ils sont long-tëp soutenir en l'air attachez d'une fisselle, encor qu'un autre ingénieur se trouva moins heureux que les précédans, s'éstant dans la mesme viile de Nuremberg, élevé fort haut par une machine de mesme nature que celle-ci : mais les ressorts estant venus à se rompre à la moitié de son vol, elle le mit à pied si rudement qu'il en eut la cuisse rompuë & courut grand risque de sa vie; ce qui fait neantmoins voir que la chose est faisable. Aussi se trouve-t-il si peu de choses inaccessibles à l'artifice humain, que les plus sages sont les plus retenus à prononcer sur la possibilité ou impossibilité de quelque ouvrage. Les oyseaux ne fournissans pas seulement d'éxemple aux hommes pour leur faire imiter cette action; mais les hommes mesmes ayant appris par la dextérité des nageurs, & par la vitesse avec laquelle les rames & les avirons font alier les vaisseaux sur l’eau, que l’air a le mesme raport à des aisles, que le soustiennent aussi bien sur lui en multipliant leur mouvement comme font les nageurs & les avirons sur l’eau, dont le cops plus dense rend le mesme mouvement plus lent comme plus tardif à la fendre & en récompense aussi plus solide à les soustenir.
Voici où finit ma lettre, de laquelle j'ay creu que vous faisant part je contenterais les curieux de ce bel art des machines, qui n’a rien de méchanique que le nom, encore est-ce par la mauvaise interprétation que le vulgaire lui donne.
Ce curieux document nous a été communiqué par M. Francisque Vivien, rue Blanche, 51,
CREMANÉ DAME
Dans notre numéro de janvier, nous avons publié la biographie d'Henry Coxwell, célèbre aéronaute anglais, dont il ne nous avait point encore été possible de nous procurer le portrait. Aujourd’hui, grâce à l’obligeance des Mittheilungen de Strasbourg, nous sommes à même de réparer une lacune
qui eût été regrettable dans une publication où nous nous efforçons d'honorer la mémoire de toutes les personnes ayant contribué au succès de l'aérostation.
Nous saisissons cette occasion pour rappeler que nous avons reçu récemment des nouvelles de M. James Ghaisher, dont M. Coxwel fut l'aéronaute. M. Glaisher est dans un état de santé satisfaisant quoiqu'il soit âgé de plus de 90 ans. Nous sommes heureux de pouvoir lui adresser nos hommages pour sa verte vieillesse.
Rappelons que nous avons publié le portrait et la biographie de M. James Glaisher dans notre numéro d’avril-mai 1897.