L'ÉLITE DE LA SOCIÉTÉ AÉRONAUTIQUE DE BERLIN
M. RICHARD ASSMANN est né, en 1845, à Magdebourg. Président de la Société aéronautique de Berlin depuis 1880, il a dirigé toutes les ascensions scientifiques exécutées depuis cette époque.
De 1871 à 1870, il exerça la médecine à Freienwalde sur l’'Oder, tout en exécutant de nombreuses observations météorologiques au cours d'excursions, puis il revint dans sa ville natale où il fonda un observatoire météorologique de premier ordre avec son ami Alexandre Faber, directeur de la gazette de cette ville. Peu après, il créa la Société de météorologie pratique de l'Allemagne du centre. En 1885, il renonça à la profession médicale pour s'adonner exclusivement aux sciences. Reçu docteur et agrégé de météoro-
logie à l'Université de Halle, il fut nommé en 1886, chef de section à l'Institut royal de météorologie de la Prusse, à Berlin.
Il inventa le thermomètre et le psychomètre à aspiration qui est représenté, installé à bord de la nacelle du ballon //ww0o/df, dans la photographie que nous reproduisons. Cet appareil est employé aujourd'hui dans le monde entier comme le seul thermomètre rationnel.
Envoyé en Suisse, aux frais de l'Académie royale des Sciences, pour exécuter des observations en montagnes, M. Assmann se rendit au sommet du Saentis, 2,500 mètres d'altitude, où les expériences qu'il exécuta avec son psychomètre à aspiration lui démontrèrent que la radiation solaire fausse considérablement les résultats des observations thermométriques ou hygrométriques obtenus à l’aide de tout autre sorte d'appareil, il en tira la conclusion qu'il en était de même en ballon où la radiation est plus forte et où la ventilation naturelle est presque nulle.
Afin de vérifier ses suppositions, M. Assmann exécuta, en 1891, avec le lieutenant Gross, aujourd'hui capitaine, une série d’'ascensions qui confirmérent ses remarques. Aussitôt il organisa les belles expériences aéronautiques pour lesquelles il eut le bonheur de rencontrer dans M. von Bezold, le Mascart de l'empire d'Allemagne, un intelligent appui, et dans l'empereur Guillaume le plus généreux protecteur.
En 1803, après s'être élevé à 4,300 mètres, le savant physicien se cassa la jambe en atterrissant, mais il trouva dans son adjoint, M. Berson, un disciple enthousiaste.
C'est à M. Assmann que revient l'honneur du retentis:ement de nos expériences sur l'exploration des hautes régions de l'atmosphère. Il fut le premier à répéter nos lancers de ballons-sondes. Il invita les ambassadeurs de France et de Russie à assister à la deuxième ascension internationale qui eut lieu le TÉMÉVTIen 007
M. Assmann a contribué à la fondation de la Commission internationale aéronautique.
Après avoir étudié en 1899, en compagnie de M. Berson, l'observatoire de météorologie dynamique de Trappes, dont M. Teisserenc de Bort est le directeur-fondateur, M. Assmann rentré à Berlin créa près du polygone de TFegel, dans les environs de la capitale de l'empire allemand, un observatoire aéronautique dépendant de l’Institut royal de météorologie de Berlin.
On lui doit la publication d’un grand nombre de travaux scientifiques, parmi lesquels nous citerons &Wissenschaftliche Luftfahrten », ouvrage en trois volumes publié en collaboration avec M. Berson. Nous rendrons compte prochainement de cet ouvrage important, rapport de 75 ascensionsexécutées jusqu’en 1800.
M. ARTHUR-JOSEPH-STANISLAS BERSON est de petite taille, vif, léger, d'humeur facile et spirituelle, il a le physique d’un aéronaute et il est passionné pour les ascensions, c'est le recordman en altitude; il a dépassé en trois reprises différentes le niveau de 8,000 mètres et une fois a atteint celui de 9,150 mètres. Il a à son actif un grand nombre de voyages aériens des plus remarquables,
Ce savant est né le 6 août 1859, à Neuf-Sandez, en Galicie. Il s’est d’abord consacré à l’Université de Vienne, à la philologie et est un polyglotte des plus distingués. Il parle l'allemand, l'anglais et le français avec autant de pureté que sa langue maternelle. Après avoir publié plusieurs travaux littéraires il professa la philologie pendant trois ans en Autriche, en Angleterre et à Malte, puis, entré à l’Université de Berlin, il s’attacha à l'étude de la géographie physique et de la météorologie. C'est en 1890 que M. Assmann, dont il est aujourd'hui l'adjoint et l'ami, le fit entrer à l'Institut météorologique de Berlin.
M. Berson fait partie de l’observatoire aéronautique de Berlin depuis la création de cette annexe de l’Institut royal de météorologie.
Pendant deux ans, de 18096 à 1898, il dirigea avec talent la rédaction de la « Zeitschrift für Luftschiffahrt ».
Le capitaine HANS GROSS, le pilote aérien de M. Assmann, est né en 1860, à Meseritz, petite ville de Posnanie; il fut d’abord officier du génie. C'est peu de temps après la fondation de l'établissement aérostatique de Tempelhof, en 1886, qu'il y fut attaché alors qu’il n'était que sous-lieutenant. Il y resta pendant 13 ans. Les grands ballons Æ/wrmboldf et Phœnix qui depuis ont servi de modèle pour tous les ballons militaires allemands ont été construits par lui. Il à imaginé un panneau de déchirure collé, d'une manœuvre très commode, qui assure un dégonflement instantané. Il vient de quitter l'aérostation pour entrer dans la section de la télégraphie militaire comme chef de compagnie. Ses ascensions dont plusieurs sont fort remarquables (8,000 mètres d'altitude) sont au nombre de 165, parmi lesquelies figurent 28 de la Société aéronautique de Berlin, où il remplît les fonctions de pilote et d'observateur.
M. REINHARD JOACHIM SURING est né à Hambourg le 15 mai 1866, il fit d’abord partie du personnel de la célèbre école technique de Charlottenbourg puis de l’Institut météorologique de Berlin, qui possède sur celui de Paris l'avantage de compter dans son personnel nombre d’aéronautes. Il est étrange que le ministre de l’Instruction publique de la patrie des ballons n'ait pas compris encore la nécessité de disputer ce genre de record à un établissement rival.
En 1892, il passa à l'observatoire magnétique et météorologique de Potsdam où il s'occupe particulièrement de l'étude des nuages. À partir de 1893, il n'exécuta pas moins de 16 ascensions scientifiques, qui lui ont valu l'honneur de collaborer au grand ouvrage de MM. Assmann et Berson en y préparant outre la discussion desdits ouvrages les chapitres « Humidité et Nuages ». Dans une de ces ascensions, il a subi la température tout à fait polaire de — 48°, à 8,000 mètres d'altitude. Espérons qu'un jour prochain nos docteurs ès-sciences chercheront à faire concurrence à leur collègue de Berlin.
M. OTTO BASCHIN n’est pas non plus un de ces ronds-de-cuir scientifiques qui passent leur jeunesse à enfiler des équations dans les antichambres
des académies. Né le 7 avril 1865, à Berlin, il se consacra à l’histoire naturelle et plus spécialement à la chimie, à la météorologie ainsi qu’à la géographie. En 1891, il fit un voyage au Groenland, puis en 1891-1892, une exploration de la Laponie norvégienne.
A son retour, agrégé de l’Institut royal de météorologie, il prit part à
cinq expéditions scientifiques en ballon. Il vient d'être nommé conservateur à l'Institut géographique de l’Université de Berlin.
M. Vicror KREMSER, professeur, est né en 1858 à Ratibor, en Sibérie, où il fit ses études: il suivit ensuite les cours universitaires à Breslau et fut recu docteur ès-sciences. En 1880-1882 il était agrégé à l'Observatoire astronomique de cette ville.
C'est en 1882 qu'il devint adjoint à l'Institut météorologique de Berlin, où il fut nommé chef de section en 1802.
Son domaine principal est surtout la climatologie, mais il s'est occupé beaucoup de l'étude physique des couches supérieures de l’atmosphère. Il a pris part à plusieurs ascensions scientifiques.
De 1891 à 1895, il était rédacteur en chef de la revue « Zeitschrift für Luftschiffahrt und Physik der Atmosphaere ».
M. EDMOND KŒBKkE, est né le 18 avril en 1870 à Swinemunde, port de Poméranie où le capitaine Mæœdebeck, l'aéronaute bien connu de nos lecteurs, est actuellement en garnison. Il suivit les cours de mathématiques et des sciences naturelles de l'Université de Berlin de 1886 jusqu'en 1891.
Il fut ensuite agrégé de l'Institut météorologique, et de même que ses collègues, il exécuta quelques voyages aériens intéressants. Au cours de l’année 18092 il fut reçu docteur ès-sciences, mais ses goûts particuliers l’entraînèrent vers cette admirable spécialité qui se nomme l'électricité ; il est maintenant ingénieur dans lesusines de la Compagnie Siemens et Halske, à Berlin-Charlottenbourg. Peut-être que ses connaissances spéciales le rendront aux ballons, que du reste il n'oubliera jamais.
À la suite de cette pléiade d’aéronautes il faut citer le professeur-docteur R. BŒRNSTEIN, dont le portrait ne figure malheureusement pas sur notre cliché, à qui l’on doit de très intéressantes études sur l'électricité atmosphérique observée en ballon.
Georges BESANÇON.
L’ascension du ballon dirigeable du comte Zeppelin
D'après les renseignements obtenus à Friedrichshafen, quartier général du comte Zeppelin, l'ascension devait avoir lieu le jeudi 28 juin. Comme tout n'était pas complètement prêt, elle fut d’abord remise au vendredi puis au samedi 30 juin, c'est ce que l’on confirmait encore le matin même, de sorte que dans l'après-midi il y avait en rade de Manzell une douzaine de vapeurs, un grand nombre de bateaux à moteurs et d'embarcations diverses remplis de curieux, une foule énorme stationnait également sur le rivage. On estime le nombre des assistants accourus,
Le ballon au-dessus du lac de Constance.
(Photographie prise le 2 fjuillet, à 8 heures du soir.)
soit par bateaux à vapeur, soit par chemin de fer, à plus de vingt mille personnes.
Nous attendîmes patiemment jusqu’à 7 heures du soir; on ne voyait que le va et vient des pontons transportant le gaz hydrogène. Le temps était splendide, très chaud, mais pas le moindre vent comme le démontrait le ballon captif militaire non monté qui est resté en l'air pendant toute la journée, portant un anémomètre transmettant électriquement la force du vent au bureau de l’entreprise. Après 7 heures, le pavillon bleu apparaissait sur le hangar indiquant ainsi que l’ascension n'aurait pas lieu ce jour.
Il paraît que le gonflement des 17 ballons demandait beaucoup plus de temps que l’on avait compté, et il faut ajouter aussi qu’une partie des réservoirs d’hydrogène en magasin depuis le mois d'août n'étaient plus pleins ; de plus la quantité de ces réservoirs était insuffisante, soit 2,500 au lieu de 2,000.
Le dimanche matin le départ était annoncé pour 5 heures du soir; toute l’aprèsmidi une assez forte brise régnait sur le lac, trop forte pour permettre un premier essai, il fallait donc de nouveau remettre l'expérience.
Le lundi 2 juillet, par une journée magnifique et un temps calme, nous étions sur place à midi, de peur que l'on fasse le premier essai avant l'heure fixée, afin de ne pas avoir du public. Il n'en fût rien et il nous fallut attendre jusqu’à 7 heures et demie. Il y avait peu de monde, un seul vapeur le Kœnig Carl amenant les invités du comte Zeppelin et quelques barques avec les curieux les plus assidus.
Ce n’est qu'à 7 heures et demie que nous vimes sortir le ballon sur son ponton, tiré par une centaine de soldats, ensuite un remorqueur le conduisit à quelques centaines de mètres sur le lac. Les soldats le tenaient par des cordes à raison de quatorze de chaque côté et le laissaient monter au commandement, mètre par mètre.
A la hauteur de 12 mètres le « lâchez tout » retentissait et le ballon s'élevait majestueusement et bien équilibré aux applaudissements frénétiques des assistants.
Les quatre hélices commençaient à fonctionner et le ballon se mit en marche contre le vent, il est vrai contre un courant assez faible.
Peu à peu il montait à 400 mètres environ et sous l'impulsion des gouvernails il faisait plusieurs évolutions et décrivait un cercle; mais un quart d'heure après le vent l'entraïnait vers Junnensland et, pour ne pas atterrir sur terre ferme, le comte Zeppelin le fit descendre très rapidement sur le lac. Le ballon se posait doucement avec ses deux nacelles sans faire jaillir une goutte d’eau et attendait son ponton que le remorqueur amenait.
Cette descente imprévue était occasionnée par un entortillement de la corde du gouvernail, de sorte que ce dernier ne fonctionnant plus le ballon ne pouvait plus se diriger contre le vent.
Vers minuit, le ballon était rentré dans son hangar.
La première nacelle était montée par MM. le comte Zeppelin, le baron de Bassus et un mécanicien, la seconde par M. Eugène Wolff et un mécanicien. Les deux nacelles étaient en communication par une passerelle de 50 mètres de long.
Ce premier essai n’est donc nullement concluant et il faudra attendre les résultats des ascensions ultérieures qui auront lieu sous peu.
On a reconnu que l'action des hélices était plus faiole qu'on ne le supposait. Cette circonstance peut tenir soit à une imperfection de la transmission soit à des pressions lattérales provenant de ce que la direction du vent n’est jamais rectiligne sur une longueur de 117 mètres. Quoiqu'il en soit, le comte Zeppelin a introduit dans la construction de son ballon toutes les modifications de nature à augmenter l'efficacité du moteur. Il paraît que l’imperméabilité de l’étoffe des 17 ballons laisse à désirer, ce qui n'est pas étonnant, car la surface de ces aérostats dépasse beaucoupun demi-hectare.
Le comte Zeppelin a introduit dans la construction que nous avons décrite une simplification remarquable : il a supprimé la soupape de 15 de ses 17 ballons, et s’est contenté de laisser un vide intérieur pour la dilatation. Les deux ballons à.soupape sont dans le voisinage de chaque nacelle et c'est à l'aide de ces soupapes que la descente a été exécutée de ia façon la plus satisfaisante.
On doit considérer cette opération comme étant un grand succès, car la manœuvre d’un aérostat de ce cube est d’une très grande difficulté tant qu'il est à terre. ITS
L'AÉROPHILE OI
VINCI AEURES EN BAIEON