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V. — AÉROSTATION

J'arrive à la partie la plus nouvelle et peut-être la plus importante au point de vue de l'avenir de la météorologie, des questions examinées et discutées à ce Congrès international.

L'aérostation, en effet, envisagée sous toutes ses formes, est déjà et sera toujours le moyen d'investigation le plus puissant mis au service de la science météorologique. MM. Æermite et Besançon qui les premiers ont lancé avec succès cette idée des ballons-sondes et sont arrivés à de surprenants résultats, ont certes contribué pour une large part à la création de l'aérostation scientifique. Les météorologistes les ont suivis dans cette voie et maintenant leur méthode est adoptée et préconisée par le Comité international de météorologie.

La plupart des membres du Congrès s'intéressaient à cette question d’aéronautique; de là l’empressement des auditeurs à chaque séance de la Commission spéciale.

Le président, M. Hergesell, fait une communication sur une méthode imaginée par lui pour abréger la durée de l'ascension des ballons-sondes.

Les diagrammes, en effet, rapportés par les ballons ne sont intéressants à étudier que lors de la montée et de la descente; la période du planement est complètement inutile. D'ailleurs les pays voisins de la mer ontintérêt à abréger la durée de l’ascension des ballons-sondes. ;

M. Hergesell se propose d'expérimenter sa méthode à l'observatoire de Trappes avec un ballon en soie qu’il a apporté. Voici en quoi consiste ce procédé : à la calotte supérieure du petit aérostat est ménagé un disque de déchirure que doit faire fonctionner, au bout d’un temps calculé, un crochet automatique. Ce crochet laisse tomber un poids relié par une corde au disque de déchirure, ce poids doit être suffisant pour déterminer l'ouverture du disque. Dès lors, le gaz s'échappe et le ballon descend vers la terre. M. Hergesell espère obtenir de bons résultats avec cette méthode.

M. Assmann propose aussi une modification dans la construction des ballonssondes, il préconise pour remplacer les délesteurs automatiques à sable fin, l'emploi d’un ballonnet à air intérieur, représentant le tiers environ du cube du ballon.

M. Teisserenc de Bort fait observer qu'avec ce système on augmentera le poids de l’aérostat.

M. Assmann répond qu'il est parvenu à se procurer des étoffes qui ne pèsent pas plus de 80 à 90 grammes par mètre carré, d’ailleurs avec ce ballon de soie on peut

supprimer le filet toujours assez lourd et le remplacer par des pattes d'attache. La dépense première pour ce ballon sera assez grande, mais aussi il est appelé à rendre de longs services, ce qui diminuera dans une grande proportion le prix de revient.

M. Teisserenc de Bort, à cette méthode des ballons en soie plus ou moins perfectionnée, oppose la sienne, qui est celle des ballons de papier. Après plusieurs essais infructueux sur diverses formes de ballons, M. Teisserenc de Bort est revenu à la forme sphérique qu'il trouve pour le moment plus pratique.

Ses ballons de papier sont du cube de 40 à 50 mètres. Il a essayé d’en lancer de plus grands, mais sans succès. Il vernit le papier de ses ballons d'après un procédé spécial trouvé à l'observatoire de Trappes après de nombreux essais. Cette méthode donne de bons résultats et elle est plus pratique et moins coûteuse que celle des ballons de soie. Le ballon, il est vrai, ne sert généralement qu'une fois, il se déchire presque toujours. Mais c'est là un avantage. En effet, au moindre obstacle, le ballon de papier se déchirant, laisse échapper son gaz presque instantanément, les enregistreurs restent sur place, le traînage est supprimé et l’on retrouve intact le panier parasoleil et ses instruments. M. Assmann, dit M. Teisserenc de Bort, prétend qu'avec ses étoffes extra-légères, il aura un excellent ballon, mais l'enveloppe aura besoin de réparations après chaque voyage, réparations qui souvent répétées aug menteront d’une façon très sensible le poids de l’étoffe. Après une discussion à laquelle prennent part plusieurs membres présents, notamment le commandant Renard, la Commission décide d'attendre des expériences concluantes avant de préconiser l’une ou l’autre des deux méthodes : ballons de sote, ballons de papier.

Le commandant Renard développe ensuite quelques idées générales sur les services que l'airostation peut rendre à la météorologie.

Toutes les ascensions, tant civiles que militaires, devraient être profitables à la science. On pourrait pour cela donner aux aéronautes quelques instructions sommaires et quelques instruments faciles à observer. De cette façon, les nombreuses ascensions faites en ballon libre ne seraient pas complètement perdues pour la météorologie. Sur l'avis du commandant Renard, la Commission décide qu’il sera dressé par les soins de M. Teisserenc de Bort des instructions pratiques permettant à tous les aéronautes de faire quelques observations météorologiques à toutes leurs ascensions.

M. Hergesell donne alors la parole à M. L. Rotch pour la présentation de son mémoire sur les résultats obtenus à l'observatoire de Blue-Hill, au moyen des cerfs-volants.

M. Rotch présente plusieurs photographies de divers systèmes de cerfs-volants. À Blue-Hill, le type Âargrave a été modifié, on a adopté des surfaces d'appui courbes qui permettent de tenir sous un grand angle avec l'horizon; les brides d'attache ont été aussi modifiées et M. Rotch a adopté une bride en caoutchouc.

En 1900, la moyenne des hauteurs atteintes par les cerfs-volants à Blue-Hill a été de 2,700 mètres. Le maximum atteint : 4,815 mètres.

M. Rotch déclare que les hauteurs atteintes par ses cerfs-volants n'ont pas été dépassées par les ballons libres montés en Amérique pendant le cours de l’année dernière. M. Rotch donne quelques détails sur les observations qu'il a recueillies, observations relatives aux changements diurnes dans l’air libre et aux phénomènes des cyclones et anticyclones; il espère perfectionner sa méthode et atteindre des hauteurs encore plus considérables.

M. Teisserenc de Bort prend la parole pour donner quelques explications sur les résultats obtenus à Trappes dans les sondages atmosphériques. Il se dégage de la discussion de l’ensemble des documents recueillis les faits généraux suivants :

10 La température à diverses hauteurs présente dans le cours de l’année des variations importantes et bien plus considérables qu’on ne l’a admis d'après les anciennes observations faites en ballon.

La température o° se trouve à des hauteurs très différentes, ce qu’expliquent bien les variations de température du sol, qui lui-même atteint souvent cette température en hiver, tandis qu'il s'échauffe fortement en été.

Jusqu'en ces derniers temps on croyait qu'au-delà 10,000 mètres de hauteur la température était à peu près stationnaire. C'était une erreur. Aux grandes altitudes la température éprouve, comme à terre, des oscillations plus ou moins étendues suivant les saisons. Les minima de température obsèrvés au-dessus de 10,000 mètres ont été de — 70° en hiver et de — 50° en été. Lors des dernières périodes de chaleur que nous avons éprouvés cette année, la température à 10,000 mètres était — 380 ou — 409, alors qu’à terre nous avions + 35° ou + 560.

Quant à la décroissance de la température, d’une façon générale elle a un caractère différent dans les zones de basses pressions et dans les aires de hautes pressions.

10 Dans les dépressions, à quelques centaines de mètres du sol, la décroissance de la température se ralentit et souvent on constate des inversions de température.

20 Dans les hautes pressions, la décroissance est rapide et peut atteindre la valeur indiquée par la détente adiabatique de l’air plus ou moins humide suivant les cas.

Par rapport au régime des vents, les ascensions faites à Trappes montrent :

10 Que par temps clair et fortes pressions, la vitesse du vent décroît généralement à mesure qu'on s'élève au-dessus du sol jusqu'à une altitude qui varie entre 1,500 et 3,000 mètres.

20 Par temps couvert et basses pressions, le vent a gmente sensiblement avec la hauteur, particulièrement au voisinage de la couche de nuages inférieurs.

M. Teisserenc de Bort décrit ensuite son installation pour le lancer des cerfsvolants à Trappes. Il a gardé le type classique Zargrave à forme cellullaire. C'est le plus facile à construire et le moins coûteux, et comme M. Teisserenc de Bort cherche avant tout les choses pratiques pouvant s'appliquer facilement par tout le monde, sa théorie est la meilleure, quoiqu’avec les cerfs-volants à surfaces courbes on puisse plus facilement atteindre de meilleurs résultats.

Grâce à divers procédés très ingénieux et malgré l’infériorité de ses cerfs-volants, M. Teisserenc de Bort a dépassé dans ses lancers les hauteurs atteintes par M. Rotch à l'observatoire de Blue-Hill.

En effet, il est parvenu avec ses argraves à une hauteur de 5,200 mètres, hauteur qu'il espère encore dépasser facilement. Pour arriver à ce résultat M. Teisserenc de Bort a imaginé d'employer des fils d’acier de différentes grosseurs. Un des principaux obstacle pour les lancer à grandes hauteurs est le poids du fil qui va toujours en augmentant et par suite l'accroissement de la tension qui peut le faire rompre. M. leisserenc de Bort relève sa ligne par l’adjonction de nouveaux cerfsvolants attelés en tandem et pour diminuer le coëfficient de rupture, il augmente à partir des points d'attache le diamètre de son fil; sa ligne devient ainsi de plusen plus résistante en même temps que l’accroissement de poids est négligeable puisqu'il est équilibré par les cerfs-volants en tandem. M. Teisserenc de Bort espère atteindre grâce à ce dispositif spécial — 6 à 7,000 mètres d'altitude.

Après M. Teisserenc de Bort, M. Assmann parle des expériences de cerfs-volants faites à l'observatoire aéronautique de Berlin. M. Assmann a eu plusieurs ruptures de fil. Lors d’une de ces ruptures, les cerfs-volants arrêtés de temps en temps par la tension de leur câble, ont parcouru avec leur météorographe la distance de 150 kilo-

mètres. On les a trouvé en bon état ainsi que les enregistreurs qui ont donné des courbes très-curieuses pendant cette périgrination imprévue. Pour remédier à ces inconvénients, M. Assmann se propose de faire construire un câble fin d'acier tressé qui n'aura pas de point de sutures, endroit où souvent se rompt la ligne des cerfsvolants.

M. Pernter parle ensuite d’une nouveau cerf-volant expérimenté à Vienne par M Nihel. Ce cerf-volant construit en forme de /ibellule avec ailes multiples pourrait parait-il s'enlever par des vents très faibles ce qui serait très précieux surtout pour certaines contrées où les vents sont généralement faibles et inconstants. La commission engage M. Pernter à poursuivre ses expériences avec ce nouvel appareil.

On aborde ensuite la question des instruments, question très délicate et qui n’est pas encore arrivée au perfectionnement rêvé. Le grand défaut des enregistreurs, en effet, c'est l’inertie de la masse employée pour inscrire toutes les variations des éléments météorologiques. De là les retards et des manques de détails dans l’inscription des courbes. C'est surtout le thermomètre auquel on s'attache à donner une plus grande perfection. Un principe adopté maintenant par tous les météorologistes aéronautes c'est qu'il faut ventiler les appareils et ventiler surtout par aspiration ce qui donne les meilleurs résultats. À ce point de vue, le psychromètre Assmann à lecture directe doit être proposé comme modèle, il n’a qu’un défaut c'est qu’il coûte cher. Pour les enregistreurs, on a adopté aussi le ventilateur Assmann. Mais la grande modification consiste dans l'adoption du thermomètre à /amelles minces. M. Teisserenc de Bort a fait construire et expérimenter un thermomètrè à lamelles qui est adopté par la commission internationale. M. Hergesell présente un nouveau thermomètre : aux lamelles il à substitué un éube à paroïs très minces qui grâce à la circulation plus active de l'air autour de ses parois prendra encore plus facilement la température vraie de l'air ambiant. M. Assmann présente lui aussi un nouveau modèle d’instrument. C'est un indicateur de pression. Dans ce système le mouvement d'horlogerie sujet souvent à s'arrêter est supprimé et c'est le tube Bourdon lui-même qui fait mouvoir le petit tambour portant la feuille pour l'inscription. Cet appareil est extrêmement léger.

M. Hergesell pense que ces nouveaux instruments donneront d'excellents résultats, mais comme ils n'ont pas été suffisamment expérimentés, on doit s’en tenir pour les observations internationales aux appareils de M. Teisserenc de Bort. Car c’est en agissant avec une méthode commune qu'on pourra obtenir des résultats comparables. D'ailleurs, dit M. Hergesell, M. Teisserenc de Bort et moi avons l'intention de vous proposer des lancers simultanés et périodiques pour l'étude de l'atmosphère libre, il faut donc que le système adopté soit uniforme. M. Hergesell remercie les congressistes d'avoir suivi en si grand nombre les séances de la Commission d'aéronautique. « La Commission aéronautique, dit-il, ia plus jeune des Commissions créées par le Comité international voit dans le succès de ses travaux la meilleure justification de son existence. »

M. Hergesell rappelle les décisions prises l’année dernière lors de la réunion du Comité international, décisions qui étaient les suivantes :

19 Il faut continuer les ascensions internationales simultanées, de manière à étudier les divers phénomènes météorologiques de grandes altitudes au moyen des observations en ballon.

Il faut augmenter, autant que possible, le nombre des stations participant à ces opérations, veiller avant tout à ce que de nouvelles stations aérostatiques s'étendent de proche en proche sur les pays où il n’y en a pas. La participation de l'Europe méridionale et orientale est des plus désirables. Il faut considérer que la valeur des

ballons montés dépend des services que ces derniers peuvent rendre comme engins d’explorations des basses couches de l'air.

20 Afin de se livrer à des études suivies sur les conditions atmosphériques à des hauteurs diverses au moyen de stations permanentes de l'atmosphère, soit à l'aide de cerfs-volants, soit en empioyant des ballons captifs, il faut absolument fonder des observatoires aéronautiques. Seuls ces observatoires sont propres aux lancers de cerfsvolants, aux observations météorologiques avec les ballons-cerfs-volants et autres appareils.

Messieurs, dit M. Hergesell, pour nous maintenir dans l'esprit de ce plan qui a été adopté l’année dernière avec mon collègue M. Teisserenc de Bort, je propose à la Commission d'émettre un vœu relativement aux lancers périodiques et simultanés de ballons-sondes, ballons libres et cerfs-volants.

Le commandant Renard chargé de rédiger ce vœu en donne lecture à la Comission qui l’adopte à l’unanimité. Ce vœu sera présenté à la séance générale de clôture et proposé au vote de tous les congressistes présents. Avant que les auditeurs ne se séparent, M. Teisserenc de Bort lesinvite à venir à Trappes où ils assisteront à des expériences de lancers de ballons-sondes et des cerfs-volants.

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