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ALLOCUTION DE M. LE COMTE DE LA VALETTE

Messieurs,

Au nom de l’Aéro-Club et de son distingué président, M. le comte de Dion qui, absent de Paris depuis quelques jours, regrette beaucoup de ne pouvoir vous faire luimême les honneurs de cette réception, je vous remercie d’avoir bien voulu répondre avec un si aimable empressement à l'invitation que nous vous avons adressée.

Je dois à mon privilège de plus ancien vice-président de notre Société d’'encouragement le plaisir de vous souhaiter cordialement la bienvenue dans cet hôtel qui, après avoir été le berceau de l’Aéro-Club, reste la demeure toujours généreusement ouverte à l'idée aérienne, fille de l’idée automobile.

Les membres du Congrès international d’aéronautique, en acceptant de venir se reposer un moment parmi nous de leur Jaborieuses séances de l'Observatoire d’astronomie physique et de l’Institut, étaient assurés de trouver ici un amical accueil.

Qu'il me soit permis en leur témoignant notre gratitude de dire à nos aimables invités pourquoi nous avons sollicité leur visite et comment notre société, toute jeune qu'elle puisse être, a espéré les intéresser.

Pendant de longues années, l’art d'explorer l'atmosphère est resté l'apanage de quelques privilégiés jaloux de garder les secrets qu'ils allaient surprendre dans les hautes régions, les uns cherchent à étendre le champ de leurs observations scientifiques,

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les autres apprenant à découvrir un horizon plus vaste dans un but de stratégie militaire ou plus simplement avec l’idée de voir se dérouler des panoramas nouveaux .

D'autre part, las de se laisser flotter dans les airs, des hommes de science cherchèrent à créer le navire aérien ou la machine volante, capable d’obéir au gouvernail et de remonter les courants sans cesse variables d’une atmosphère soumise à toutes les perturbations metéorologiques.

Bien des aéronautes, enfin, faisaient mystère de leur talent de pilote.

Le spectacle d’un aérostat qui s'élève majestueusement dans les airs, a toujours vivement impressionné la foule qui ne se lasse pas d'assister à ces expériences d’aéronautique. Ignorant les procédés mis en œuvre pour utiliser un matériel qui lui semble éminemment fragile, cette foule admire l'intrépidité des voyageurs qui prennent place dans une nacelle et n'accepterait qu'avec effroi la pensée de les accompagner.

Dans ces conditions, l’aérostation restait le domaine d’un très petit nombre d’expérimentateurs.

Tous les essais, les travaux effectués, les résultats obtenus, manquaient cependant de cohésion par suite de l'isolement dans lequel chacun se livrait à ses expériences ou à ses recherches.

L'aérostation était l'objet d'études très suivies qui ne portaient malheureusement pas toujours leurs fruits, parce qu'elles restaient sans échos, et ne dépassaient pas le cercle restreint d’un petit nombre d'initiés.

Le grand public qui seul consacre le succès, ne pouvait suivre utilement les tentatives faites dans la voie de la conquête des airs.

Il s'agissait de modifier cet état de choses et de provoquer l'attention de tous ceux dont on était en droit d’escompter un concours utile.

Il fallait multiplier les expériences, vulgariser la manœuvre des aérostats, initier le public à cet art de l'aéronautique qui ne peut exister et progresser qu’en faisant un appel continuel à la science dont il relève.

Il convenait enfin de faciliter les travaux des chercheurs, de coordonner leurs études, et finalement d’intéresser à ces œuvres les capitaux qui sont indispensables pour assurer le progrès.

Tel fût le rêve des fondateurs de l’Aéro-Club.

Sommes-no1s arrivés à ce but? Non certes, pas encore; mais votre présence ici, Messieurs, nous permet d'espérer que nous l’atteindrons bientôt. C'est pour vous un nouveau titre à notre reconnaissance.

Je pense donc rester dans mon rôle d’interprête en vous disant combien les membres de | Aéro-Club unis dans une pensée commune de travail et de progrès sont heureux d'accueillir les représentants les plus autorisés de la science de l’aéronautique.

Je n'essaierai pas, Messieurs, après ie discours d'une si haute et si savante éloquence que nous devons à M. Janssen, notre éminent président du Congrès, et après l’exposé si complet et si intéressant du commandant Renard, de vous rappeler les expériences faites par nos contemporains ainsi que le nom de tous ceux que, dans chaque pays, nous aimons à considérer comme les pionniers de l’art qui nous est cher.

Mais quelle que soit ma volonté d’être bref, je crois répondre à votre désir, maintenant que vous connaissez notre but, en vous montrant ce que les membres de l’Aéro-Club ont pu obtenir en moins de deux ans, et en vous présentant quelques uns de nos collègues dont la précieuse collaboration assure des titres de gloire à notre Société d'encouragement.

Au point de vue général, plus de 300 ascensions au cours desquelles il a été consommé près de 400,000 mètres cubes de gaz, représentant un parcours de près de 50,000 kilomètres en longueur et de 600,000 mètres en hauteur.

Vingt ballons ont été construits pour des membres de l’Aéro-Club, donnant une flottille de 25,000 mètres cubes de déplacement.

Tel est le bilan à l'actif de notre Société dans cette période de temps.

Grâce à de patientes recherches, le voile dont s'est enveloppé le mystère de la direction des aérostats, s'est déchiré peu à peu dans ces dernières années. Sans parler des considérables travaux de MM. Tissandier et Renard, nous en avons eu une preuve nouvelle aujourd’hui en applaudissant aux essais du quatrième ballon dirigeable de M. Santos-Dumont, qui destine cet aérostat à une course dont la Tour Eiffel est le poteau. Nous apprécions hautement le courage et la persévérance

dont fait preuve notre collègue.

Rappelons pour mémoire les travaux de nos collègues MM. FHermite et Besançon, travaux dont M. Janssen a fait un éloge si justifié.

Vous avez tous suivi les beaux voyages effectués par nos amisle comte de la Vaulx et le comte de Castillon quisedisputent avec tant de mérites divers les records aérostatiques. Ils ont à leur actif de si brillants succès qu'il me suffira de rappeler Îles principaux résultats de leurs nombreux voyages en 18 mois.

Un total de plus de 100 ascensions.

Un voyage de 29 heures sans escale entre Paris et Commercy.

Un parcours de 1.300 kilomètres en ligne directe de Paris en Suède.

Un parcours de 1.100 kilomètres de Paris en Poméranie à bord d’un aérostat de 1.000 mètres.

Un voyage scientifique pour l'observation des Léonides que Mile Kumpke a bien voulu se charger de rappeler.

Acquis tout récemment à notre cause, M. Jacques Faure se distingue dès sa première ascension par son audace et son amour de l’aérostation.

Aucune difficulté ne le rebute; on le voit conduire, avec une expérience consommée, son aérostat dans les orages les plus violents, et aux atterrissages les plus divers.

Les bords de la mer lui servent de limite; dans la forêt, il prend les gorges de Franchard pour refuge; privé de ses engins d'arrêt, il sait utiliser les rocs du mont Saint-Michel pour arrêter sa course.

Entre deux concours, il part à Londres et le premier de nos collègues réussit cette expérience si intéressante de la traversée de la Manche.

Le nombre croît chaque jour des adeptes qui se laissent entraîner par l'exemple de leurs devanciers MM. de Dion, Archdeacon, Ballif, Chesnay, etc., qui ont créé le mouvement aérostatique de ces dernières années. Citons parmi les plus fervents : MM. Ducasse, Guffroy, Balzan, de La Mazelière, Riant, de Contades, Giraud, etc.

Je ne saurais oublier de mentionner le concours dévoué de la toute première heure que nous avons trouvé chez notre actif secrétaire général, Emmanuel Aimé : chacun de nous peut apprécier le talent de vulgarisation et la science aérostatique que notre sympathique collègue met avec tant d'empressement à la disposition de tous les membres de l’Aéro-Cliub.

Notre société d'encouragement ne se cache pas d’un réel sentiment d’orgueil d'avoir pu constituer une commission d'aérostation, composée d'hommes dont la science profonde lui assure un brillant avenir. Combien il nous est agréable de témoigner à cette occasion notre gratitude à nos éminents collaborateurs qui ont nom : prince Roland Bonaparte, Bouquet de la Grye, Cailletet, Mascart, Violle, Teisserenc de Bort, Vallot; Angot, de La Baume Pluvinel, Perchot, de Fonvielle.

Le concours de tels savants pour diriger nos travaux est de nature à inspirer confiance, nous en trouvons la preuve dans le nombre toujours croissant de personnes qui viennent nous demander de les guider dans leurs études ou dans leurs premières envolées.

Nous devons nous féliciter d’avoir su intéresser à notre cause des personnalités telles que :

Monseigneur Jaime de Bourbon,

Monseigneur l'archiduc Léopold d'Autriche,

Le duc et la duchesse d'Uzès,

Le prince de Furschtemberg.

Il convient de faire remarquer que nos membres ne payent pas seulement de leur personne et que nous trouvons chez eux une touchante sollicitude de l'intérêt général. Tel, M. Deutsch, qui plein de confiance en l'avenir de la navigation aérienne, a bien voulu consacrer des sommes importantes à la récompense des efforts tentés pour la réalisation de la direction des ballons. On sait que d’ores et déjà trois expérimentateurs se proposent de prendre part au concours de l’Aéro-Club.

Mais à côté de ces collaborateurs, de ces aéronautes dont nous nous enorgueillissons, nous devons mentionner le concours que nous avons trouvé chez les constructeurs, et chez les praticiens qui, en reconnaissance de l'intérêt que nous avons pris à leur industrie, nous ont fait bénéficier de leur expérience dans l'art de construire un matériel qui a atteint un haut degré de perfectionnement et de conduire les aérostats dans les conditions les plus difficiles de la navigation aérienne.

Citons notamment notre dévoué collaborateur, M. Mallet, qui se prodigue, sans compter MM. Besancon, Lachambre, Machuron, Eugène et Louis Godard, dont nous avons eu s1 souvent l’occasion d’apprécier le savoir faire.

Permettez-moi, Messieurs, en terminant de formuler un vœu.

C'est que vous emporterez de cette réunion, toute de cordialité, le souvenir qu'il existe une solidarité faite de sympathie entre tous ceux qui, de près ou de loin, se sont attachés à la solution du problème de la conquête des airs, ou qui cherchent à suivre les progrès incessants de cette science si captivante.

Un accord-général a pris naissance au cours des travaux du Congrès auquel chacun de vous est venu apporter une collaboration si précieuse et si utile. De cette union, dont la présente soirée peut être la consécration, il doit rester quelque chose de plus qu’un échange d'idées, d’une mise au point chronologique de résultats acquis.

Nous nous plaisons à espérer que le berceau de l’Aéro-Club qui compte aujourd’'hui plus de 400 membres, deviendra à l'avenir le centre de nombreuses réunions dans lesquelles s’affirmera la puissance de la collectivité en matière de recherches scientifiques.

Unis dans la même pensée, nous devons faire tendre nos efforts vers un même but et chercher en commun à conquérir l'atmosphère, assurant ainsi, au profit de tous, le couronnement de l'œuvre puissante du génie humain.

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