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RÉPONSE DE M. LE COMMANDANT PAUL RENARD

Messieurs,

Je ne pouvais manquer de venir ce soir vous apporter mes félicitations pour la part importante que vous avez prise aux concours de Vincennes.

Je me disais depuis longtemps : comment se fait-il que des jeunes gens riches, amis des sports, comme il s’en rencontre dans le milieu de l’Automobile-Club, ne se consacrent pas au plus beau de tous les sports : l’Aérostation.

Je suis heureux de voir que l’Aéro-Club a répondu à ce desideratum et au programme que M. le comte de La Valette nous a exposé tout à l'heure.

CONFÉRENCE DE Mie KLUMPKE :

Monsieur le Président, Messieurs,

Si, quoique simple novice en matière aéronautique, je prends ce soir la parole, c'est pour répondre à l’aimable invitation que m'a faite M. le comte de La Vaulx qui, 1l y a quatre mois à peine, avec le comte de Castillon de St-Victor et M. Guffroy, m'a pilotée dans les airs à l’occasion de l’éclipse totale de soleil, partiellement visible à Paris.

Cette invitation m'a trouvée sur le littoral de la mer du Nord, et, ayant du plaisir à l’accepter, je pris dimanche l'express de Calais-Amiens pour rentrer à Paris.

Vers cinq heures, en deça de Creil, mon attention fut attirée par un ballon; je me mis à la portière, et je vis alors non pas un seul ballon, mais sept qui glissaient silencieusement au-dessus de nos têtes ; c'étaient les vaillants concurrents de Vincennes auxquels j’adressais des souhaits de bon voyage. Le train, avec une vitesse vertigineuse qui à maintes reprises nous donnait la sensation d’un déraillement, nous transportait vers le sud, tandis que les ballons, portés par le vent avec une vitesse plus grande encore, voguaient paisiblement dans les airs, ma pensée se reportait

aux deux ascensions que j’eus le bonheur de faire sous les auspices de notre vénérable président M. Janssen, et grâce au bienveillant concours de P’Aéro-Club.

L'astronomie en ballon naquit d'une manière fortuite. Le 15 août 1808, l'aéronaute Garnerin, par un ciel couvert, faisait l'ascension de la « St-Napoléon ». Sa stupéfaction fut grande, lorsque, ayant franchi les nuages et se trouvant sous la voûte étoilée, il vit une multitude de longues traînées lumineuses sillonner le ciel. De retour à terre, il raconta son aventure qui fut enregistrée dans le « Moniteur universel », mais comme à cette époque, l'astronomie faisait peu de cas de l’aéronautique, l'observation intéressante de Garnerin eut la courte durée lumineuse d'une étoile filante ; elle n’apparut dans les annales de la science que pour tomber aussisitôt dans l'oubli.

C'était cependant au passage de l'essaim des Perséides qu’un heureux hasard venait de faire assister un observateur aérien.Cet essaim que les astronomes étudient encore, parcourt dans le ciel, la même orbite que la comète de 1860, dont il n'est qu’une transformation.

Après des apparitions brillantes, l’'essaim va d'année en année en s'affaiblissant. Ces découvertes, relativement récentes, auraient pu être faites plus tôt, si les astronomes, en 1808, acceptant le concours que l'aéronautique leur offrait, avaient voulu consentir à s'élever, matériellement, quelque peu dans les airs.

Après les tentatives isolées, faites en 1807, par M. de Fonvielle, à l’occasion des Léonides, en 1870, par M. Janssen, à l’occasion de l’éclipse totale du 19 août, l'astronomie aéronautique, en 1808, affirma son existence, et si elle a pu se manifester, c'est grâce au concours éclairé de la société l'Aéro-Club devant laquelle j'ai l'honneur de prendre la parole, et à l’autorité de l’éminent astronome. M. Janssen, qui l'a couverte de ses ailes paternelles.

C'est à l’observation des Léonides, étoiles filantes de novembre, que l’Aéro-Club consacra ses premiers efforts. Dans la nuit du 14 novembre 1808, alors qu’un épais brouillard s'étendait sur une grande partie de la France, l'astronome russe, M. Hansky, attaché à l'observatoire de Meudon, s'élevait en ballon, afin d’observer le spectacle merveilleux que présenteraient les Léonides à trois époques différentes et dont le monde scientifique attendait impatiemment le retour. Grâce à cette initiative de l’aéronautique, on a pu constater, malgré l'extraordinaire opacité des couches inférieures de l'atmosphère que l’essaim des Léonides s'était dispersé plus qu’on ne l’avait supposé, ou bien, qu’il avait subi quelque retard. M. Hansky, dans cette même ascension, peut faire une observation tout à fait inattendue; les couches de vapeurs noirâtres qui masquaient le ciel à Paris, avaient moins de 300 mètres d'épaisseur: par conséquent, si les astronomes, au lieu de monter la sentinelle sur la terrasse de l'Observatoire, s'étaient transportés sur la Tour Eiffel, ils auraient pu, eux aussi, enregistrer les étoiles filantes vues par l’observateur en ballon.

En 1899, l'astronomie aéronautique, en la personne de M. Tikhoff, remporta un véritable triomphe. Comme l’année précédente, les nuages mirent obstacle à l'observation des Léonides. De Pulkova jusqu’à San Francisco, les éléments atmosphériques s'étaient pour ainsi dire, donné le mot afin de démontrer aux savants récalcitrants tout l'intérêt qu'ils avaient à accepter les moyens que l'aéronautique mettait à nouveau à leur disposition. Tandis que, de la plupart des stations terrestres, les observateurs interrogeaient vainement le ciel, M. Tikhoff, montant le ballon l’Aéro- Club que dirigeait M. le comte de La Vaulx, put enregistrer une centaine de Léonides.

Il était important, au point de vue astronomique, de déterminer le moment précis du maximum de l'apparition des Léonides, aussi l'Aéro-Club, sur la proposition de M. Janssen, lança-t:l, la nuit suivante, un second ballon, à bord duquel j'eus l'honneur de me trouver avec M. Mallet, comme capitaine, et M. de Fonvielle.

Partis de l'usine du Landy à une heure du matin, nous nous élevâmes au-dessus de la couche de brume qui, cette fois encore, enveloppait tout le nord-ouest de la France. Nous glissâmes rapidement au-dessus des départements de la Seine, de Seine-et-Oise, de l'Eure, du Calvados et de la Manche ; à 8 heures du matin, nous nous trouvions sur le littoral de l'Océan presque en vue du Mont-St-Michel.

Quelque attentifs que nous fussions à surveiller le radiant, nous ne vimes que 14 Léonides ; ce nombre fut confirmé par un astronome allemand à bord d’un ballon de la Société Aéronautique de Strasbourg que commandait le lieutenant Hildebrandt.

Dans cette même nuit, s'élevaient encore de Pulkova et de Newbury un ballon russe et un ballon anglais, tant était grand l’empressement des nations étrangères

à suivre l'exemple donné par la France dans cette nouvelle branche d’aéronautique scientifique. À Pulkova, le courageux astronome Hansky, s'élevait à 2,500 mètres d'altitude, après avoir franchi d'épaisses couches de neige, : il fut ob'igé de redescendre à terre, sans avoir aperçu ni le ciel bleu ni une seule étoile filante.

En Angleterre, dans cette même nuit, le pasteur Baconet sa fille coururent, à l'occasion des Léonides, des dangers assez sérieux. Maïs, ces insuccès mêmes contribuent à démontrer l'excellence de la méthode nouvelle qui sera poursuivie, en novembre prochain, ainsi que l'indiquait, 1l y a quelques jours, l'éminent président du Congrès d’aéronautique.

Le 28 mai dernier eut lieu, comme on se le rappelle, la dernière éclipse totale de solerl du xIx® siècle, éclipse qui fut observée, en toute sa splendeur, aux Etats-Unis, au Portugal, en Espagne et dans le nord de l'Afrique française. Paris était en dehors de la ligne de totalité; cependant, l’éclipse partielle qui devait s’y produire était assez importante pour inviter les astronomes à faire de nombreux préparatifs. Sur l'avis de M. Janssen, l’Aéro-Club, en ce jour, lança le ballon qui porte son nom. Notre président de ce soir, le vainqueur du 9° concours de Vincennes, le dirigeait; à bord se trouvaient deux autres lauréats des derniers concours : le comte Castillon de Saint-Victor et M. Guffroy. Comme observatrice, ces messieurs m'avaient offert une place dans leur nacelle. L'expédition, préparée à la dernière heure, n'a pas donné les résultats que nous espérions obtenir. Nous dûmes laisser à terre l'instrument photographique spécialement construit pour la circonstance sous la direction de M. Janssen, parce que M. Mallet, pour notre sécurité, ne voulut point percer la paroi de la nacelle qui devait servir de support à l’instrument. En outre, les nuages s'opposèrent à l'observation des contacts. Ce n'était plus une buée rampante, c'était des alto-stratus qui masquaient le soleil. Nous avions beau nous élever — trop lentement malheureusement, par égard pour moi — jusqu'à près de 3,500 mètres, une brume grise nous voilait le ciel; au-dessous de nous, la terre apparaissait au milieu d’un océan d’un gris uniforme; tout autour de l'horizon s'élevaient des montagnes de nuages, vivement illuminées par le croissant solaire, et qui changeaient de coloration pendant les différentes phases de l’éclipse.

À défaut d’autres instruments, nous suivimes, avec la plus grande attention, la marche de nos thermomètres. Nous constatâmes un abaissement considérable dû à l'obscurcissement progressif du soleil et à l'élévation graduelle des couches que nous traversions.

Dans l'espace de deux heures, nous éprouvâmes l'énorme variation de 28° centigrades. Pour bien faire, nous aurions dû gagner d'emblée une très haute altitude, supérieure en ce cas à 4,000 mètres, et nous aurions dû nous y maintenir pendant toute la durée de ce magnifique phénomène.

Si l’Aéro-Club, dans l'ascension du 28 mai, n'a pas donné tout ce qu'il aurait pu, c'est que notre capitaine, obéissant à des sentiments généreux et fraternels, a voulu trop me ménager. J'espère qu'une autre fois le comte de La Vaux me crorra suffisamment acclimatée pour me faire monter comme une véritable aéronaute.

Cette ascension, bien que contrariée par les circonstances, est néanmoins très instructive ; elle nous apprend, en premier lieu, que l'élaboration d'un programme ne peut jamais être ni trop longue, ni trop minutieuse; elle nous fait espérer que l'Aéro-Club encouragera désormais, de tout son pouvoir, l'observation des éclipses de soleil et de lune; que la science, modifiant les instruments astronomiques, actuellement en usage dans les stations terrestres, les adaptera sous peu aux conditions nouvelles d’un observatoire aérien. Aussi, lorsque dans un avenir prochain, l'ombre de la lune envahira les environs de Paris, et que se produira l'éclipse totale de soleil de 1912, l'aéronautique organisera, espérons-le, un concours de ballons, sur uue échelle plus vaste encore que celui de 1900, concours international, où l’astronomie fera des découvertes nouvelles, et où les lettres et les arts trouveront de sublimes inspirations. |

Que l’Aéro-Club aille donc sans cesse en grandissant et qu’il entraîne à sa suite toutes les sociétés de navigation aérienne de toutes nations, pour la manifestation toujours plus grande sur la terre du Vrai, du Beauet du Bien.

Discours DE M. HENRY DEUTSCH DE LA MEURTHE :

Messieurs, Il y a quelques semaines, j'ai présenté à l'un des Congrès de l'Exposition universelle un léger apercu des applications possibles du pétrole à l’aéronautique.

Ce soir, après avoir assisté aux essais de notre collègue Santos-Dumont, je suis de plus en plus convaincu que le pétrole est par excellence la source d'énergie du ballon dirigeable (1).

Un kilo de pétrole, au point de vue des calories enmagasinées, vaut mieux que cent kilos de plomb, employés à accumuler l'électricité.

Le pétrole, ces dernières années, a fourni une première solution vraiment pratique du problème de la locomotion automobile ; je le crois sincèrement appelé à fournir la première solution du problème de la locomotion aérienne.

J'espère que ce sera bientôt et que je signerai avant cinq ans le chèque de cent mille francs promis à l'aéronaute qui, partant du parc d’aérostation de l'Aéro-Club, ira doubler la tour Eiffel et reviendra au point de départ dans le temps maximum d'une demi-heure.

La distance aller et retour étant de 11 kilomètres, c'est une vitesse minima de 22 kilomètres à l'heure, ou d'environ 6 mètres par seconde qui est exigée des concurrents.

C'est peu, si on compare cette vitesse à celle des automobiles, c’est beaucoup, si on tient compte des difficultés particulières de la locomotion aérienne et des résultats négatifs obtenus jusqu'à présent.

Nous nous contenterons de ce peu pour commencer et nous convenons d'avance qu'il correspondra à beaucoup de mérite chez l'expérimentateur qui le réalisera.

Mais espérons que nous ne nous en tiendrons pas là et que les automobiles aériennes arriveront à dépasser en vitesse toutes les automobiles terrestres.

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