‹ L'AérophileChapitre 79 sur 84 · juillet. — Dubois : Système d'aéroplane · texte numérisé non relu

juillet. — Dubois : Système d'aéroplane

302.815. — 6 août. — Moreira da Silva : Nouvel appareil de locomotion nommé temonotor Silva, applicable à la navigation ordinaire, sous-marine et aérienne.

303.104. — 18 août. — Prost-Vivant: : Appareil de propulsion pour ballons dirigeables.

(4) Communication de MM. Marillier et Robelet, Office international pour l'obtention des brevets d'invention en France et à l'étranger, 42, boulevard Bonne-Nouvelle, Paris.

Le Direcieur-Gérant : Georges BESANÇON.

EPNENOPOAIEE Directeur-Fondateur : GEORGES BESANÇON

8e Année — N° 12 Décembre 1900

PORTRAITS D'AÉRONAUTES CONTEMPORAINS

M. LOUIS VERNANCHET

Artiste peintre de profession, M. Louis Vernanchet appartient à cette classe trop peu nombreuse de dessinateurs qui cherchent à initier le public aux scènes de la vie aérostatique.

Il a exécuté un grand nombre d’ascensions dont quelques-unes sont fort intéressantes. Nous en citerons trois exécutées à Limoges dans le but de constater que le grand courant ouest existe constamment dans les hautes régions atmosphériques, et qu’il y a de nombreuses circonstances dans lesquelles il s'approche assez de terre pour que l’on puisse être assuré de le rencontrer, sans avoir à s'égarer dans la haute atmosphère. En novembre 1804, il dirigea un des ballons lancés à Paris, pour l'observation des étoiles filantes. En 18900, il a été nommé trésorier de la Société française de navigation aérienne, au bureau de laquelle il appartient depuis de nombreuses années.

Il a toujours été fort zélé pour la propagation des principes de l’art aérien et à fait monter en ballon les six enfants qui constituent sa famille. Son fils Maurice Vernanchet est un de ses meilleurs élèves.

Mais il ne s’est pas borné à faire la propagande parmi les siens, il a fondé, ilya douze ans, l'Ecole normale d’aérostation qui a fonctionné sans interruption depuis

cette époque, et dont les cours sont faits à l’école communale des Ecluses Saint- Martin. Cette société a obtenu de grands succès, ainsi dans les deux années de 1889 et 1800 il n'a pas été exécuté moins de 31 ascensions avec 56 élèves et 14 amateurs.

Par un décret du 9 décembre 1888, le ministre de la Guerre reconnut cette école comme un établissement préparatoire pour l'admission des jeunes gens aux compagnies de sapeurs-aérostiers du génie.

En 1900, il fut concessionnaire du ballon captif de l'Exposition. Il installa à Vincennes un aérostat du cube de 2,500 mètres, qui fut construit par M. Ed. Surcouf. Par une innovation qui mérite d’être signalée, ce ballon porta en grosses lettres le nom du Champagne Mercier, dont le propriétaire contribua aux frais de l'exploitation. Le captif a commencé à fonctionner le 2 juin, et a exécuté ses ascensions jusqu’au 12 novembre, pendant 104 jours consécutifs, sans avoir besoin d’être reverni une seule fois. 11 a enlevé en nombre rond 20,000 personnes à une altitude de 300 mètres. Le nombre des voyages a été de 1,094. La densité du gaz n'avait pas subi d’altération bien sensible pendant la durée de l'exploitation, car le jour de l'ascension libre, qui a couronné sa campagne, il enlevait encore 1,000 grammes au moins par mètre cube.

M. MAURICE VERNANCHET

M. Maurice Vernanchet a un très nombre d’ascensions à son actif.

Il fit son premier voyage aérien en 1888, à la Nouvelle Bastille, et depuis lors il exécuta chaque année des ascensions à bord des ballons de l'Ecole normale d’aérostation, dont il est aujourd’hui le directeur technique.

Il fit son service dans le 3° régiment de génie d'où il sortit avec le grade de

sergent-fourrier. [l est marié et père de trois enfants dont l'aîné, âgé de 5 ans, fit sa première ascension en 1898 avec M. Thorel, sénateur de l'Eure.

M. Maurice Vernanchet prit part aux concours de l'annexe de Vincennes, où il obtint une mention honorable.

Comme second, il participa à l'ascension du 14 novembre, à bord du Champagne Mercier, qui faillit lui être fatale dans des conditions extraordinaires, mais que nous laissons le soin à M. Vernanchet père de raconter lui-même.

Wilfrid de FONVIELLE.

Ascension du ‘‘ Champagne Mercier ””

Nous sommes partis de l'annexe de Vincennes le 14 novembre, à 11 heures du matin. À bord se trouvaient mes deux fils, Maurice comme second et Louis comme aide, ma femme et mes deux filles, Louise et Blanche, puis M. Mendoza, deux autres passagers qui ont préféré garder l'anonymat et M. Paul Fourcat, chef d'équipe. Nous traversämes la mer des nuages et nous eûmes le plaisir de planer longtemps au-dessus des nuées en voyant l’auréole des aéronautes se dessiner autour de nos têtes, puis autour de l’ombre du Champagne Mercier. Nous eûmes la satisfaction inespérée de passer juste au-dessus du château et descaves Mercier.

Comment supposer que notre ballon aurait assez d'esprit pour se montrer à M. Mercier et à tout son personnel ? Oui aurait pu prévoir qu'il nous serait donné d'entendre leurs joyeuses invitations? Je voulais descendre pour vider une coupe en l'honneur du parrain du captif. Mais un des voyageurs, M. C., par son insistance de vouloir aller plus loin encore, quoique j'eusse prévenu avant le départ que nous atterririons 1 h. 1/2 avant la nuit, pour des raisons faciles à comprendre, fit que j'acquiesçais à sa demande et nous continuâmes.

Au moment d’atterrir dans une plaine choisie, vers 4 h. 1/4, je fis exécuter la manœuvre du jet de l’ancre à laquelle pendait déjà le guiderope.

Or, à l'instant où je tirai la soupape, la corde se rompit à l’intérieur du ballon. À partir de ce moment nous fûmes à la merci des événements. Equilibrés à 100 m., nous voyageâmes ainsi pendant 3 h. 1/2, le guiderope seul traïînant, sans qu'il fut possible de descendre de quelques mètres pour faire mordre l'ancre.

Fils télégraphiques, poteaux, tout se brise sur notre passage. Les forêts, immenses dans ces contrées des Ardennes, sont traversées avec le bruit des branches supérieures cassées comme des fétus à notre passage. Au-dessus d’un village, nous enlevons avec le guiderope les tuiles de plus de vingt maisons! L'un de nos voyageurs, le seul du reste, M. C., est affolé. Fous, excepté lui, sont calmes, et les dames n’ont pas l’ombre d’une crainte sérieuse. J'ai rassuré tout le monde en pronostiquant que, puisque nousne pouvions rompre notrealtitude, nous n'avions qu’à attendre qu'il se présente devant nous un terrain en élévation et qu’'alors, nous trouvant rapprochés du sol de ce fait, nous finirions par nous accrocher.

Ce qui arriva vers 8 h. 1/2, à la Besace (200 mètres d'altitude), près Raucourt (Ardennes).

Nons restâmes plus d'une demi-heure à appeler à notre aide, personne ne venait ; enfin vers 9 heures, une personne arriva et je la priai d'aller chercher du renfort. Dix minutes après, nous avions cent personnes.

Je fis d’abord tirer la nacelle à terre au moyen des cordes arrimées exprès, puis

emplir des sacs de terre et les fis placer autour de la nacelle. Mon jeune fils sortit le premier, pour aller faire attacher le guiderope autour d'un arbre, et ensuite les dames ; je quittai. la nacelle le dernier. Maurice et Fourcat grimpèrent dans les pattes d'oies du filet pour attacher des cordes qui permettraient de faire approcher de terre le ballon.

La suite se passa comme d'habitude et nous pûmes faire avec un couteau deux grandes entailles à la peau du monstre.

Le vent était assez violent à ce moment, mais tout allait assez régulièrement. Mon fils aîné crut bon, pour activer le dégonflement, de se hisser dans le filet pour faire une ouverture du côté de la soupape supérieure. Mais brusquement, au moment où il atteignait la soupape,un coup de vent fait lâcher prise aux cinquante personnes qui maintenaient le Champagne Mercier. Le ballon fit un bond, enlevant la nacelle, brisant l'ancre et rompant en deux le guiderope.

Mon fils aîné était au-dessus du ballon, accroché au filet, en pleine nuit. Son frère qui l’avait vu suspendu le crut perdu, et inutile de dire quelle désolation éprouvaient Mme Vernanchet et mes filles. J'eus de la peine à lesconvaincre que Maurice possédait assez de sang-froid pour s’en tirer du moment que la secousse ne l'avait pas jeté à terre.

L'instituteur, M. Dainville, et le brave curé de la Besace nousemmenèrent chez Mme Dainville, où nous attendimes que l’on voulut bien faire préparer des voitures pour les plus pressés de partir à Raucourt.

Quel ne fut pas notre joie et celle, je dois le dire, de tout le village, assemblé devant la maison, de voir mon brave Maurice revenir sain et sauf une demi-heure après le bond terrible qu'il venait d'exécuter. Il avait fait une trajectoire de 3 kilometres à l'altitude de 500 mètres. Ce n’est qu'étant dans les nuages qu'il s'était aperçu que le ballon n'était plus à terre. Il eut la présence d'esprit de s’accrocher à la partie supérieure du filet et de passer ses pieds dans deux mailles comme sur des étriers et, ayant essayé en vain d'enfoncer un panneau avec sa main, il déchira avec ses dents la peau du ballon, allongeant cette ouverture avec son bras, tout en se maintenant la tête à distance pour éviter le gaz qui s’échappait.

Le lendemain on monta dans le clocher pour voir où était le ballon (car Maurice était revenu à travers champs pour nous rassurer plus vite, et les lumières du village lui avaient seules servi de guide). On le découvrit aussitôt, à 3 kilomètres de la.

Il ne fallut pas moins de huit chevaux pourramener le matériei, à travers champs, jusqu'à Raucourt. F

Tout est bien qui finit bien. Louis VERNANCHET.

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