HOPITAL COCIII N- RI CO RD
Montrouge-Gare de l’Est (descendre boulevard de Port-
Royal).
Omnibus : Square Monlholon-rue de la Tombe-Issoire (descendre boulevard de Port-Royal).
Réservé aux maladies vénériennes, 1’ « Hôpital du Midi » fut installé en 178/j, dans l’ancien couvent des capucins du Faubourg Saint-Jacques. Il a pris récemment Je nom de Ricord, en souvenir du célèbre médecin qui l'illustra de 1 83 1 à 1861 (1).
L’édit de Louis \\ I,qui constitue l’acte de fondation de l’Hôpital des \ énéricns, date de 1780. 11 mettait lin à un odieux état de choses n’ayant que trop duré. Jusque-là, les malheureux vérolés, mis à l’index, erraient d’hôpital en hôpital, partout repoussés, souvent mis à mort. Dès son apparition à Paris, en elTet, la « grosse vérole de Naples » fut reléguée au dernier rang des plus infamantes « maladies honteuses ». Mieux valait être lépreux que vérolé : les lépreux, s’ils étaient isolés, du moins ne quittaient pas le monde sans une bénédiction et ils étaient considérés comme « touchés du dois,! de Dieu » et, comme tels, sacrés. Le vérolé, lui, était un objet de dégoût, de haine : le tuer était presque une bonne action.
On sait avec quelle effrayante rapidité le « mal de Naples » se propagea au xvie siècle. H s agissait d une syphilis extrêmement maligne que nous ne connaissons pas aujourd’hui ; et quand, enfin, le Parlement songea non pas à hospitaliser les vérolés mais à les parquer, ce n’était point une œuvre de pitié qu il accomplissait, mais une œuvre de crainte.
Les malheureux furent entassés dans deux granges situées au bourg Saint-Germain et aménagées tant
(1) Pignol. L’Hôpital du Midi et scs origines. Thèse , Paris, i885.
57o HOSPICES ET HOPITAUX DE PARIS
bien que mal, véritables fourrières qui d’ailleurs ne tardèrent pas à être absolument insuffisantes.
•Depuis longtemps déjà l’IIôtel-Dieu était envahi et la porte en était fermée aux nouveaux venus sans cesse plus nombreux. En proie à une véritable exaspération, le Parlement ordonna de « jccler en la rivière » les vérolés.
Cette mesure, vraiment trop radicale, ne semble guère avoir enrayé les progrès du terrible fléau. Le Parlement se décida alors (i5o5) à créer un établissement spécial. 11 jeta son dévolu sur une maison, sise faubourg Saint-Denis, la Maison de la Croix de la Reine, qui avait appartenu aux Confrères de la Passion. Les religieux avaient été chassés par des acteurs qui y donnaient des représentations théâtrales très suivies. Quand le Parlement voulut installer les vérolés dans cette maison, il se heurta à une vive opposition et il dut s’incliner. Le peuple de Paris, déjà très Parisien, mettait son amour du spectacle au-dessus de sa crainte du vérolé.
Le Parlement n’hésita pas : il accapara tout simplement l’hôpital de la paroisse Saint-Eustache ; ici encore, l’opposition se manifesta avec une extrême violence et les marguilliers finirent par triompher. Les vérolés passèrent à 1 hôpital Saint-Nicolas. Les administrateurs ne manquèrent pas de protester: le Parlement tint bon ; on confisqua les revenus de 1 hôpital. Dès lors, le résultat était facile à prévoir : la maison tomba en ruines et une fois de plus les vérolés furent sans gîte.
François l'1’ avait confié la « superintendance de la communauté des pauvres » au Prévôt des Marchands assisté de quelques notables : ce fut le « Bureau des Pauvres ». Le bureau fut sommé de loger les malades vénériens : il les installa aux « Petites-Maisons » ou Hôpital Saint-Germain, rue de Sèvres, qui les abrita pendant plus de deux siècles.