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L'affaire Chapelant

Le 7 octobre 1014 {1), aux environs de Roye, dans la Somme, une attaque allemande à l’effectif d’une brigade se déclenchait contre le Bois des Loges, tenu de notre côté par le 08° régiment d’infanterie que commandait le lieutenant-colonel Didier.

«Chapelant, sous-lieutenant muitrailleur, se trouvait avec sa section au nord du bois, entre le château et la voie ferrée, à l'extrême gauche de la 3° compagnie.

À cinq heures du matin, après un bombardement d'une rare violence, les Allemands montent à l'assaut de nos tranchées. Ils arrivent à une centaine de mètres : nos mitrailleurs les fauchent et -les arrêtent. Ils reviennent en force : le combat s’avive. Une des mitrailleuses de la section Chapelant est immobilisée : Chapelant tire avec l’autre ; on voit sur les uniformes ennemis se détacher de larges morceaux d’étoffe sous l'effet des balles brûlantes. Mais les Allemands sont trop‘

(x) Discours prononcé à Lyon, le 28 septembre 1924, par M. Henri GuErNuT, secrétaire général de la Ligue.

nombreux : ils approchent ; ils sont maintenant à 40 mètres, à 30 mètres, à 20 mètres. Qu'impurte! la mitrailleuse, qui dévore les bandes, les maimtient en avant. :

À droite, le capitaine Rigaut, de la 3° compagrue, est tué. Chapelant était, après lui, l'officier le plus élevé en grade; c'est à lui que revient le commandement. Le sergent-major Girodias, de la 3° section, lui fait dire que les Allemands occupent le village à l'arrière.

En êtes-vous bien sûr? répond Chapelant.

— On me le dit.

-— Assurez-vous en. Envoyez un homme.

— Je l’ai fait ; l’homme a été tué.

— Envoyez-en un autre. »

Et l’on continue de tenir.

Or, voici qu’un éclat d’obus tombe sur l'uns que mitrailleuse et la bloque. « Prenez vos mousquetons », sécrie Chapelant. Mais les munitions s’épuisent ; les ennemis sont en avant, à droite, à gauche ; on les croit en arrière. La 3° compagnie s’en va vers les lignes allemandes. Chapelant se lève : il n’a plus avec lui que 4 hommes. Les Allemands les cernent, les emmènent...

Et ici, deux versions

Selon les uns, Chapelant, pendant qu'on le con- ! duit vers la tranchée allemande, est blessé et tombe.

Selon d’autres, il était déjà dans la tranchée allemande ; à la faveur du brouillard, 1l veut s'évader. Comme il revenait vers nos lignes, une balle le jette sur le talus de la voie. Il y demeure sans mouvement deux jours et deux nuits.

Vorlà le premier acte.

Second acte. Le 9 octobre, vers 10 heures, un officier de chasseurs rencontre les brancardiers du régiment : « Un de vos officiers, leur dit-il, est étendu blessé à 50 mètres environ de notre prenuère ligne, tout contre le chemin de fer. »

Ils y vont ; ils trouvent en effet sur le talus ïe heutenant Chapelant, pâle, dans un état de faiblesse extrème,. la jambe gauche fracturée au tibia. Ils le transportent au poste de secours où, après un pansement sommaire, on l’évacue à quelques kilomètres en arrière, à l'ambulance du Ples- Sier.

Je ramenais votre fils sur ma voiture, écrit à M. Chapelant père, M, Bierce, de Saint-Léger-sur-Roanne (12 janvier 1920). Il souffrait beaucoup “de sa blessure et me priait à chaque instant de m'arrêter pour lui permettre de soulager sa souffrance. J'ai fait tout ce Que j'ai pu; j j'allais chercher un peu de paille, qui se trouvait AUx buteurs de la ferme des Loges, pour met. tre un brancard à l'endroit où se reposaient ses deux jambes blessées, de manière que les secousses de cette grosse voiture sans ressort lui paraissent plus’ douces.

Troisième acte. Du fond de son gourbi, garni de matelas, le lieutenant-colonel Didier juge que Chapelant n'a pas été pris, mais qu'il s’est rendu.

Qu’on aille le chercher, je le ferai fusiller, pour l'exemple. »

Epuisé de fièvre et de fatigue, Chapelant est appelé à l’instruction au château des Loges. C’est M. Bierce, de Saint-Léger, qui l'a amené.

J'arrivais dans la cour du château des Loges; le colonel vint et me demanda :

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