‹ L'affaire ChapelantChapitre 4 sur 10 · DRE VS PETER · texte numérisé non relu

DRE VS PETER

« Il a, par deux et peut-être même trois fois fait passer l’ordre de ne pas se rendre... Il fut le dernier entre les mains des Boches ». Vraiment, ce fait-là et tous les autres, ne forcent-ils point votre conviction ? <

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Mais :il faut aller plus loin. Pour que la réhabilitation soit éclatante, il ne faut pas que l’ombre du moindre doute subsiste. 11 faut que l’accusation soit prise à la gorge et étranglée. Or, que dit l'accusation ?

C'est le lieutenant-colonel Didier qui la formule ainsi :

À douze heures et quelques minutes, un homme affolé accourut des tranchées au moment où nous nous mettions

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à table, et dit : « Girodias vient de se rendre avec vingt hommes et Chapelant les a suivis ».

Et voilà. C’est tout : quatre lignes, même pas. Et c'est avec cela qu’on va condamner Chapelant !

Quoi ! un homme accourt des tranchées. Mais quel est cet homme ? Son nom ? De quel élément, de quelle section, de quelle escouade vient-il ? Et d'où vient-1il ? Des « tranchées ». C'est. bien vague. Vient-il de la tranchée de Chapelant ou d’une autre? D'une tranchée voisine ou d'une tranchée lointaine ? Rien ne ressemble plus à des hommes qui se rendent que des hommes qui sont faits prisonniers; car les uns et les autres vont vers la hgne ennemie ; mais dans le premier cas, ils y vont d'eux-mêmes, et dans le second, on les y pousse. Chapelant y est-il allé de lui-même ou l’y a-t-on poussé? L’homme a-t-1l vu de ses yeux ou bien a-t-1l entendu dire? A-t1l bien vu? A-t1l bien entendu ? On nous dit qu’il était « affolé » ; raison de plus pour être en défiance. V a-t-on pris garde ? L’a-t-on interrogé à l'instruction, puis à l’audience ? Il n’y paraît pas. Et on s’en remet à ün homme, le colonel Didier, qui n’a rien vu, mais qui a entendu un homme qui, lui, peut-être n’a pas vu davantage. Là-dessus, on condamne, on exécute. O justice militaire, en effet, tu n’es point la nôtre !

Or, des hommes se trouvaient avec Chapelant, dans sa tranchée, hommes de sa mitrailleuse et de la mitrailleuse voisine. Ils sont partis avec lui et, s'étant évadés la nuit, ils ont pu rentrer comme lui. Ils doivent savoir, eux autres, un peu mieux

que le colonel, puisqu'ils y étaient, ce qui s’est passé là-bas : s’il s’est rendu ou s’il a été cerné ; s’il est coupable ou s'il a été malheureux. C'est ceux-là qu’il fallait entendre. L’a-t-on fait ? Non.

Et pourtant, comme leur témoignage eût été intéressant. Ecoutez

Avec Chapelant, dans la tranchée, il y avait 4 hommes : les mitrailleurs Bost, Monnier, Morton et Peillon. Voilà les vrais témoins, et ce sont les seuls.

Bost est mort, mais avant de mourir, il a confé son témoignage à un camarade, le mitrailleur Gardet, du 08° :

T1 m'a certifié que le sous-lieutenant Chapelant ne leur avait jamais parlé de se rendre; qu'il était monté sur le terrain, qu'eux suivirent, et que c'est à ce moment que les Boches nous firent prisonniers et nous emmenèrent dans leurs lignes.

Les trois autres, interrogés par la Cour de : Riom, ont fait dans le détail le même récit et ont conclu de même manière Morton, cultivateur à Thuret (cote 00 du dossier) :

Toute résistance était désormais impossible; il fallait, ou se rendre, ou se laisser tuer inutilement.

Monnier, cultivateur. à Bussy-Albieux {cote 234 du dossier) :

Nous n'avions presque plus de cartouches au moment où nos mitrailleuses ont été mises hors de service. Le lieutenant nous donna alors l’ordre de tirer au mousqueton les cartouches qui nous restaient, Lorsque nous

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avons eu épuisé toutes nos munitions, la situation devenaît intenable ; nous recevions des balles de tous côtés: la 3° Compagnie, en effet, qui était à notre droite avait été faite prisonnière; il ne restait plus que nous et sans munitions. [Il nous était donc impossible de résister et même de nous replier; les balles venant aussi bien par flanc que de face, il ne nous restait plus qu'à nous rendre : ce que nous avons fait; nous étions entourés par les Boches..,

Peillon, employé à la Banque Privée de Saint- Just-sur-Loire (cote 75 du dossier de Riom) :

Arrivés à une trentaine ou peut-être vingt mètres, les Boches prirent le dessus et nous fûmes débordés par la droite et par la gauche; et des balles venant d’en face mirent hors d'usage notre pièce. Nous avions du reste épuisé toutes nos munitions. Je dis au lieutenant Chapelant : « La pièce est démolie; que faire? » Le lieutenant nous répondit : « Prenez vos mousquetons et défendez-vous comme vous pouvez. »

.… Pris sous le feu de l'ennemi, en face, à droite et à gauche, la situation devenait intenable. Vers les 8 heures, le caporal Moretton se dressa un instant pour mieux viser, mais il fut immédiatement frappé par une balle à la poitrine. Tous ceux qui laissaient dépasser leurs têtes étaient frappés. Au bout de quelques instants, les hommes de la Compagnie étaient pris. Et le lieutenant, sortant, ne put faire que quelques pas; il fut entouré à son tour et fait prisonnier. À aucun moment le lieutenant ne s’est rendu... Dans la situation où nous nous trouvions, il a fait tout son devoir et même peutêtre plus que son devoir.

Je crois que ces dépositions sont claires. Plus de mitrailleuses, plus de munitions. la 3° compagnie rendue ; des Allemands de iwus les côtés,

2possible de résister, situation imtenable.…. Le lieutenant a été fait prisonnier ; à aucun moment il ne s’est rendu ; il a fait tout son devoir et même peut-être plus que son devoir. Voilà ce que, sous la foi du serment, ils affirment tous. Est-ce que cette unanimité ne vous paraît pas décisive ?

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