SOIT
que quand :1l y a volonté. Dans la contramte, pas
- de responsabilité.
Mais je vais plus loin. Il n'est pas du tout sûr
‘que Chapelant ait agité son mouchoir. Tous les
autres témoins le contestent et le nient.
L'enquête entreprise au printemps de 1915 sur l’ordre du ministre de la Justice établissait. que les prisonniers avaient été forcés par un officier allemand d'appeler leurs camarades de l'autre côté des lignes.
Comme les prisonniers étaient terrifiés, dépose M° Ba: diou, avocat au Puy, greffier de l'information, il fit prendre le mitrailleur pour le placer sur le talus de la voie ferrée et lui annonça qu'il faisait braquer sur lui une mitrailleuse qui tirerait sur lui s’il ne faisait pas les gestes d'appel aux Français. Mais à peine sur le ballast, le mitrailleur sauta dans le talus du côté français, sans être blessé ni par les Français: qui continuaient à tirer, ni par la mitrailleuse placée derrière.
Furieux de voir manquer son stratagème, l'officier boche fit de suite prendre la place du mitrailleur à Chapelant, exposé au feu des Français et à la mitrailleuse allemande, derrière.
Dès qu'il fut sur le ballast, Chapelant tomba, une cuisse cassée par une balle; il put se traîner sur le fossé du côté français et il fut ensuite ramassé à proximité par les brancardiers du 98°.
Je ne me souviens pas que le nutrailleur ait parlé des gestes de Chapelant sur le talus. Chapelant avait été blessé de suite, dès qu'il fut poussé sur le talus.
Aïnsi, d’après l'enquête de 1015, c'est un mitrailleur, voisin et sans doute subordonné de Cha-
pelant, qui aurait agité le mouchoir. Ce ne serait pas Chapelant lui-même.
Et c’est ce qu’affirme le soldat Dufour (cote 44) :
L’officier allemand avait désigné certains de nos camarades pour les envoyer en avant vers la voie ferrée.. Les premiers ayant été tués, le sous-lieutenant Chapelant a été envoyé à son tour dans la même direction; je l'ai vu partir et escalader le remblai du chemin de fer, puis je l’ai vu tomber lui aussi comme les précédents... Je suis certain qu'à aucun moment, le sous-lieutenant n'a agité de mouchoir pour engager nos autres camarades à se rendre.. Je crois, au contraire, qu'en s’en allant vers la voie ferrée, il voulait essayer de regagner nos lignes et d'échapper ainsi aux Alle. mands.
C’est ce qu’afhrme le soldat Lacroix (cote 45)
Etant dans le camp ennemi... je n'ai pas vu... le sous-lieutenant avancer vers les lignes françaises en agrtant un mouchoir pour engager les nôtres à se rendre. Du reste, 1l me paraît difficile et même impossible que pareille chose soit arrivée, puisque, ainsi que je vous l’ai expliqué, le sous- “lieutenant avait été blessé, que je l’avais vu tomber avant d'atteindre la première ligne allemande.
C’est ce qu'affirme le mitrailleur Peillon {cote 75)
Je n'ai vu le lieutenant faire un signal pas plus avec un mouchoir qu'avec un drapeau blanc.
La cause, je crois, est entendue.
S'il a agité un mouchoir, il l’a fait contraint et
forcé ; il y a bien des chances qu’il ne l'ait point fait.
Il ne s’est pas rendu.
I1 n’a pas exhorté ses hommes à se rendre.
Son innocence est établie.
IV, = Chapelant n’a pas avoué
Mais l’accusation ne se croit pas vaincue. « Oui, concède-t-elle, les déclarations des fémoims ne prouvent peut- -être pas la trahison de Chapelant,
ë mais nous n'avons pas besoin de témoins; nous avons mieux, nous avons des aveux. Chapelant est certainement coupable, puisqu'il a avoué. Il a avoué à Didier :; il a avoué au Commissaire du Gouvernement chargé de l'instruction; il a avoué à l’audience: il a avoué à un officier d’étatmajor, Grapin ; et quelques-uns de ses aveux sont
1 signés : qu'est-ce qu'il vous faut de plus? »
L Ce qu’il nous faut ? Des preuves.
th Ah ! Chapelant aurait fait des avéux devant le 56 colonel Didier! Où? Quand? « Dès sa rentrée 5 dans nos lignes, quand j'ai été le voir au poste
de secours », déclare Didier,
'E Pardon! [Il y a eu un témoin de cette entrevue NE: c'est Bierce, aujourd'hui employé au P.L.M. à Roanne, et voici sa déposition
A |: 15 En arrivant dans la cour du château, j'y ai vu le | ul. lieutenant-colonel Didier, commandant le régiment. É il qui se promenait nu-tête et paraissait agité. En me 1 ‘1 voyant arriver, il ma demandé qui j'amenais; et sur | : ma réponse que c'était le sous-lieutenant Chapelant, À IS s’est mis à jurer que ce n'était pas un officier ni même | + |. | l
un soldat, mais un lâche. Le colonel à immédiatement fait descendre le sous-lieutenant Chapelant que l'on a étendu sur un brancard dans un coin de la cour.
Le colonel s’est alors approché de lui, et à haute voix, il lui à demandé à plusieurs reprises pourquoi il s'était conduit si lâchement. Le lieutenant, qui souffrait toujours beaucoup de ses blessures, lui répondit simplement qu'il n'était pas un lâche et qu'il avait fait, au contraire, tout son devoir.
Au cours de cette discussion, qui a duré plus d’une lemi-heure, je n’ai pas entendu .le colonel préciser en quoi consistaient les actes de lâcheté qu'il reprochait au lieutenant Chapelant. Mais à+la fin, le colonel a tendu son propre revolver au lieutenant en lui disant que pour ne pas commettre une nouvelle lâcheté, il n’avait qu'à se brûler la cérvelle. Le sous-lieutenant Chapelant, très calme, a refusé l’arme que lui tendait le colonel, se bornant à répéter qu'il n'était pas un lâche et avait fait tout son devoir.
« Je ne Suis pas un lâche : j'ai fait tout mon devoir ». Dites-moi : sont-ce là des aveux?
Il aurait avoué, en second lieu, au Commissaire du Gouvernement. Pardon ! Il y a quelqu'un qui doit le savoir : c'est le greffier. Interrogeons-le :
c'est M. Rochard, clerc de notaire à Roanne :
I] n’est pas à ma connaissance que le sous-lieutenant
Chapelant ait fait avant l’audience des aveux écrits;
au contraire, c'est moi qui ai assisté, en qualité de greffier, le Commissaire rapporteur, lieutenant Lemoël, dans Jl'interrogatoire préalable qu'il a fait subir avant l’au-
Lie
dience à l'accusé, interrogatoire au cours duquel le souslieutenant Chapelant à érergiquement protesté de son
ns innocence.
10 Le sous-lieutenant Chapelant à énergiquement ee Protesté de son innocence à l'instruction.
Donc, il n’a pas avoué.
Erreur, erreur, insiste-t-on, il a avoué
: 2 Voici le rapport du Commissaire du Gouverneæ ment qui le certife :
15 L’accusation reproche au sous-lieutenant Chapelant ‘a de s’être rendu à l'ennemi sans aucun pression de la | to part de celui-ci... Chapelant reconnaît les faits ét ap- 1l pose sa signature sur la pièce rapportant l’interrogatoire, 5 Il reconnait, donc il avoue; il sigre, donc il ||
le confirme son aveu. Et voilà, certes, un document qui est troublant.
A: Voyons donc de près, regardons à la loupe ce ô rapport du Commissaire du Gouvernement. Les phrases y sont bien en toutes lettres. « Cxapelant reconnaît les faits... » Mais que vois-je ? Ce rapport de mise en jugement, comme le mot l’indique, comme la loi le prévoit (art. 108 C.J.M.) doit être antérieur au jugement lui-même. Le jugement est du 10 octobre, l'exécution est du 11. Or, quelle est la date de ce rapport de mise en jugement
17 octobre, 7 jours après le jugement, 6 jours après l’éxécution. Que dites-vous de celle-là ?
À « Il appose Sa Signature sur la pièce rapportant
| l’interrogatoire ». Cherchons cette pièce. La voici. C’est bien écrit, en toutes lettres encore, au milieu de la page et en sous-titre « {#errogatoire de Cha-
pelant ». Et c’est bien signé par l'accusé : Chapelant. Mais regardons de plus près :
1° Le sous-lieutenant Chapelant connaissait la mort du capitaine Rigault, lorsque circula le premier papier du sergent-major G... et, étant le seul officier, n'a pas pris le commandement de la ligne de feu;
2° Le sous-lieutenant Chapelant n'a rien fait pour contrôler les assertions du sergent-major, ni pour empêcher de circuler les papiers dont la lecture ne pou-
vait qu'être déprimante pour une troupe dont le moral: I F
était déjà affaibli ;
3°-Le D Chapelant s'est rendu à l’ennemi sans aucune pression de la part de cet ennemi, seulement parce qu'il avait vu une vingtaine d'hommes de la 3° compagnie qui agitaient des drapeaux blancs au milieu des lignes adverses;
4° Le sous-lieutenant Chapelant, sans aucune menace de la part de l’ennemi, n'a pas hésité à exhorter les soldats français restés fidèles au poste à se rendre.
L'accusé : CHAPELANT.
Le rapporteur près le Conseil de guerre : LEmMoër.
Le greffier : ROCHARD.
Aux Logés, le ro octobre 1914.
C'est tout ! Et c’est ce qu’ils appellent un interrogatoire ! En justice civile. interroger quelqu'un, c'est lui poser des questions et noter ses réponses. loi, de questions, point; de réponses encore moins. L'interrogatoire de Chapelant est une pièce dans laquelle Chapelant n'intervient pas.
V aurait-1l erreur de plume? Du tout : nous lisons plus bas D'après l’interrogatoire précé-
dent, il résulte que...