‹ L'affaire de la rue Quincampoix, comédie en une acteChapitre 4 sur 18 · Z L AFFAIRE · texte numérisé non relu

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laquelle elle s'assied.) Et dire que toute ma vie ça a été de même. D'abord, je me suis fait médecin. — J'étais né sensible, j'aimais le repos, le calme, la tranquillité; les émotions fortes m'étaient contraires. — J'ai choisi la profession la plus fatigante, la plus terrible, et, comme si ça n'était pas assez, je me suis marié, et je puis dire que, tant que ma femme a vécu, les émotions ne m'ont pas manqué!... Enfin, le ciel eut pitié de moi, je devins veuf; et maintenant que ce n'est plus ma femme, c'est ma fille!..; (a Picciola.) Tu veux que je te dise oui ou non?... Eh bien! non, cent fois non; jamais je ne te laisserai épouser un bohémien qui n'a pas le sou, un être sans nom, sans aveu !

PICCIOLA, se levant et allant à son père. Il a du mérite, il se fera un nom et une fortune... Car M, Tiburce n'est pas un bohémien, c'est un peintre.

POCHQNNET, s'asseyant sur le canapé.

Ah! oui, parlons=en. — Je ne connais de lui qu'un clair de lune qu'on pourrait au besoin prendre pour un lever de soleil... 11 y a dans son tableau un lac qui ressemble à des terres labourées et un ciel noir tacheté de blanc, que je prenais pour un effet de neige.

PICCIOLA

Parce que vous n'avez pas étudié les effets de lune ; moi, je comprends la nature comme M. Tiburce

POCHONNET, ironique.

Quant à la nature, il doit s'y connaître, en qualité d'enfant naturel.

PICCIOLA

Ah! c'est affreux!... lui reprocher le malheur de sa naissance.

POCHONNET *, se levant et repassant à gauche.

Laisse -moi tranquille! J'ai ià à faire une ordonnance pour le voisin... Encore un être qui m'impressionne! Depuis trois jours qu'il demeure à côté de nous, j'ai déjà reçu de lui plus de quinze visites, et le plus joli, c'est qu'il se porte comme le Pont-Neuf, un pont qui a la réputation de se bien

porter. ( Allant se remettre à son bureau ) Quel peut être cet

homme?... Pourquoi vient-il ici? Est-ce un fou? est-ce un malfaiteur?... Voilà ce que je me demande.

PICCIOLA

Ainsi, c'est bien non que vous avez répondu ?

POCHONNET.

Oui...

* Pochonnet. Picciola,

DE LA RUE QUINGAMPOIX û

PICCIOLA, joyeuse.

Oui?

POCHONNET.

Oui, non ! Je te dis : oui, j'ai dit : non.

PICCIOLA

Mon père, vous savez que j'ai de ia tête, n'est-ce pas ! Eh bien! vous serez cause que je me périrai! (Elle passe à gauche.)

POCHONNET*.

Picciola!

PICCIOLA

Je me périrai ! (Elle sort par la gauche.'; POCHONNET, seul.

Ça m'est égal! Je dis ça parce que je sais qu'elle n'en fera rien. (Se remettant à écrire.) « Et appliquer ensuite un morceau » de flanelle sur la partie malade. » — Ma foi, c'est tout... Si ça ne lui fait pas de bien... (Ici la porte du fond s'ouvre brusquement et Champvinel paraît.)

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