LITIGE
On a pu voir que, dès les premiers jours des prétentions siamoises, et tandis que nos agents de ITxtrême-Orient hésitaient sur la conduite qu'ils avaient personnellement à tenir, et aussi sur les avis qu'ils avaient à donner à la métropole, le gouvernement du roi d'Annam protesta énergique ment de ses droits et employa tous les moyens en sa possession pour maintenir l'intégrité de l'empire héréditaire. Malgré les difficultés intérieures sans nombre avec lesquelles la cour de Hué était aux prises, son attention ne fut pas distraite un instant des frontières menacées, et l'on peut dire que, durant toute la question siamoise, Vile joua un rôle patriotique et national. Sans doute, l'intérêt delà dynastie se trouvait en jeu et son amour-propré l engagé ;mais il est c ertain que l'attitude des Nguyen et la vigoureuse dignité de leurs réclamations contribuer etit à leur donner auprès des grands et
aussi des peuples frontières, une popularité et une sympathie dont ils avaient grand besoin aprèî leurs revers et la perte de l'indépendance nationale.
Les rois d'Annam ne défendaient pas là seulement leur patrimoine; ils sauvegardaient l'expansion ethnographique de leur race. Il est un fail singulier : tandis que les conquêtes capricieuses des différentes dynasties qui ont régné sur TAnnam n'ont jamais valu que des mécomptes aux successeurs des conquérants, l'admirable race des côtes orientales de l'Indo-Chine s'étendait lentement par des accroissements réguliers de population, dans l'intérieur de la Péninsule : ces envahissements victorieux et pacifiques, qui créaient des colonies annamites nombreuses et prospères parmi les territoires peu connus du Mékhong et parmi les peuplades clairsemées et incivilisées du Laos, étaient, pour ainsi dire, les jalonnements de la marche en avant d'un peuple expansif, trop serré dans ses limites primordiales. Le génie de la race le voulait ainsi; et il inspirait évidemment la dynastie royale quand elle réclamait pour ses sujets les régions où ils s'étaient épandus, et le droit à continuer cette diffusion séculaire.
Les protestations de la cour de Hué revêtaient un caractère d'autant plus énergique et entêté,
q\x^ les risques des revendications et les frais d'xxMie expédition possible n'étaient point pour elle, et cju'elle se sentait nécessairement appuyée par d'sLxitres forces que les siennes propres. Le traité qiaî établissait le protectorat français sur TAnnatra substituait le gouvernement de la Républiqixe au gouvernement royal dans les relations de FIndo-Chine française avec les puissances, et charge ait le Gouverneur Général de veiller à l'intégrité dix territoire et au respect des frontières.
La cour de Hué supposait avec raison que le territoire et les frontières pouvaient être défendus d*\jiie manière bien plus efficace avec le nouveau régime. C'était là la seule compensation que lui fournissaient les traités de 1 883 et i884 aux diminutions d'influence et à l'abdication intérieure qu'ils lui avaient imposées. Il était naturel que le Roi d'Annam s'y attachât iavec la plus grande énergie. Et, sans vouloir approfondir la question, il ^st permis de se demander si la reconnaissance
immédiate du bien fondé des réclamations de la Cour, et si un appui vigoureux donnée conformément aux traités, aux populations annamites des frontières, n'eussent pas été à la fois plus francs, plus efficaces et plus politiques que la série des temporisations dans lesquelles le gouvernement inétropolitàin s'engagea, pour tâcher d'éluder une
action directe, que Cous représentaient et reconnaissaient cependant comme inévitable dans l*ave-
* mr.
Mais aux raisons d'ordre politique que nous avons déjà fait pressentir, venait s'ajouter, pour excu-' ser les hésitations de la métropole, la divergence des conseils qu'elle recevait de nos agents à Bangkok et de notre Protectorat en- Annam. Les changements de personnalités et de vues gouvernementales, 4 la résidence générale de l'Indo- Chine, n'étaient pas faits non plus pour apporter plus de lumière dans une discussion déjà si complexe, et le passage aux affaires de MM. Bihourd et Piquet contribua certainement beaucoup au maintien d'une situation difficile et aux retards sans cesse apportés à la solution définitive.
Il ne faut donc pas oublier que c'est à l'initia* tive personnelle de M. Constans qu'est due l'entrée de la question dans la période active. Les documents fournis par le gouvernement annamite, grâce à la centralisation opérée parles mandarins provinciaux, comprenaient les régions intéressant les préfectures indiquées, qui s'étendaient jadis jusqu'au Mékhong, c'est-à-dire le Quangtri (pour la région de Camlo), le Hatinh (pour la région de Lakhon et de Lacbien), leNghéan(pour leshuyen de Cammon, Camcot et le Tranninh), et le Thank-
tioa (pour le Tmiman et les chaûs riverains du
i^ Région de Camlo (Quangtri).
Les neuf chaûs mots (cantons montagnards)^ qui foment cette région, portaient, sous la d3mastie des Lé, le nom de « département d'Ailaodioh ». Dansla deuxième année de Giaiong (i8o3) sept de ces chaûs, réunis sous le nom de « Camlodaa », offraient à l'Annam un tribut bisannuel consistant en éléphants, buffles, ivoires et cotonnades. En 1807, Giaiong mit à leur tête un chef autochtone. Au commencement du règne de Minhmang (182 1), deux chaûs s'ajoutèrent au Camlodao, qui porta dès lors populairement le nom de Keusong (neuf cantons).
En 1829^ lors de l'organisation administrative des provinces occidentales deTEmpire, le Camlo fit tenir à Hué ses registres d'inscription et d'impôt, qui comprenaient 10.700 inscrits et 922 lots de rizières. Chacun des cantons fut dès lors administré financièrement par un tricl^u(i).