‹ L'affaire de Siam, 1886-1896Chapitre 11 sur 26 · I. Extrait du Thiet lue, Annale» Impériale · texte numérisé non relu

I. Extrait du Thiet lue, Annale» Impériale

Le prince siamois Vi-chê-Kiém s'empara, en i83o, des trois chaûs les plus occidentaux. Une expédition, partie de Hué, commandée par Pham van Dien, le força à se retirer, et les cartes impériales de Tannée 1882 portent au Mékhong les frontières du phu de Camlo, désormais administré par un mandarin de Hué, centralisant raaministration des neuf trichau.

Les chaûs de Muonghôn, de Tambôn et deBalan ont été peu à peu envahis parles Siamois jusqu'au cours de l'année 1874. Les autres cantons ont continué à faire partie intégrante du royaume. Leur dernier tribut date de 1885 (i).

Aujourd'hui, conclut le rapport des mandarins du Quangtri, rien n'est plus clair que les projets d'empiétement des Siamois sur ces six chaûs, qui ne leur appartiennent pas plus que les trois qu'ils ont déjà envahis. C'est pourquoi l'agent annamite d'Ailao a fait afficher une proclamation invitant les habitants des chaûs occidentaux à exposer leurs plaintes et leurs griefs. Voici un résumé de leurs protestations, qui fut adressé à la Cour de Hué et au Protectorat français.

Le Hiep quan Phuxuy, délégué du chaû de Muong hôn, déclare ;

I. L'impôt de capilatioa était fixé à un cinquième de taCl par inscrit.

« Nos trois districts cultivaient leurs rizières « et payaient l'impôt au roi Gialong ; le roi Minh- « mang leur distribua des drapeaux, des cachets, « des uniformes; les Siamois, qui nous envahi- « rent plus tard, voulurent, mais inutilement, « nous arracher ces insignes. On devint dans la « suite très malheureux; les employés de nos « trîchaus, qui venaient percevoir Timpôt, ont « été arrêtés, entraînés dans le Siam, où leurs « familles vivent encore. Nous soupirons en vain « après une délivrance de ce joug. On ne nous « permet plus de nous grouper par chaû comme « auparavant; nos habitants sont dispersés. Je « dois ajouter que nombre d'habitants sont em- « menés sur la rive gauche par les Siamois « oppresseurs. Nous espérons tous le bienfait de « la délivrance » (i).

2» Phu ancien de Lacbien {Hatinh) et de Tran^

tinh {Hatinh).

Le phu de Lacbien, anciennement phu de Lakhôn, a depuis des siècles, payé tribut à l'Annam.

(1) Cette plainte, après avoir fait partie du dossier général, a été classée aux Archives royales le 28* jour du 6* mois de la 5* année de Thanhtaï, soit le 9 août 1893.

Son territoire, situé entre les deux rives du Mékhong, était divisé en trois Dong (districts) et , avait pour capitale la ville de Tachach, à deux : jours à Pest de Ban Mue Dahan. En 1808, le tri- ï but triennal fut réglé à un éléphant, etc., et deyaît parvenir à Hué par l'intermédiaire du gouverneur ' du Ngheân. En 1826, Phuocbosam, chef de ce phu, demanda l'incorporation pure et simple de son pays au royaume (1).

Sous les rois Lé, le phu de Trantinh se composait de trois Dong, portant le nom des huyén actuels (2), qui dépendaient de Quihop (chau de Laman, province de Ngheân). Tout ce territoire attenait au Mékhong et suivait le régime administratif montagnard (Muong). Le roi Gialong commit le « roitelet » de Vantuong au gouvernement de ces trois Dong, avec tribut réglementaire, qui fut fixé (1810) à un éléphant mâle, trois cornes de rhinocéros, etc. En 1829, le roi Minhmang incorpora les trois Dong à l'Annam sous le nom de phu de Trantinh, et leur donna pour chefs des mandarins selon la hiérarchie de Hué (3). En i83i, le tribut de 1810 fut changé en un impôt de

(1) Ces dispositions sont portées sur les « Mémoires impe* riaux >.

(2) Thamnguyen, Yenson, Mongson.

(3) Huycn et huyen-adjoints (ou huyen-thua).

capitation porté, comme pour toutes les provinces de TAmiam, à deux dixièmes de taêl par inscrit. L'état de choses fut ainsi maintenu jusqu'en 1885 (année Atdau de Dongkhanh) lorsque « les « communications entre ces districts et PAnnam € furent interrompues par les événements ».

« Il résulte de notre examen, conclut le gou- « verneur de Hatinh, que les phu de Lacbien et « de Trantinh ressortent de notre province, ainsi « que les Moïs de Mucdahan et de Xida, et de toute « la rive gauche du Mékhong. Sur la rive oppo^ « sée se trouvait la principauté tributaire de « Vuntuong, tributaire de V Armant^ dont les « Siamois se sont emparés et ont fait les dis-" « tricts de Muongkhuc et de Thanha ».

Cette déclaration du gouverneur du Hatinh doit être soigneusement retenue ; il faudra la rapprocher des notes que M. Brière fit rassembler concernant la princijjauté de Vantuong. On pourra facilement en conclure que les droits de l'Annam sur l'intérieur de Tlndo-Chine ne s'arrêtent pas, comme on a bien voulu complaisamment le dire, au cours du Mékhong, mais s'étendent sur les deux rives, sur les espaces où ces deux rives appartenaient à la principauté de Vantuong. Si l'on veut bien remarquer que le gouverneur du Hatinh était sollicité de fournir les preuves des

droits de TAnnam sur la seule rive gauche, et q c'est de sa propre initiative qu'il a étendu à a taines régions de la rive droite ses recherches ses protestations, on demeurera convaincu que traité qui rend à l'Annam la possession de la sei rive gauche est un traité incomplet, et n'est p la dernière expression de nos revendications, la consécration d'un état de choses durable, ma qu'il indique seulement le premier pas fait dai la voie des restitutions nécessaires, et la premièi phase d'une question que nos intérêts et la ju tice internationale nous commandent de consid» rer comme bien éloignée encore de sa soluti( définitive.

Le devoir de l'annaliste et de l'historien € d'indiquer avec éclat ces documents partout ' ils les rencontrent, afin que les intéressés pa sent les retrouver facilement plus tard, et en tit les avantages qui leur reviennent incontestabi ment.

3* Phus de Trandinh et de Ductho {provinces

Hatinh et de Ngheân).

Le phu de Trandinh (comprenant les huyen Cammôn, Camcot et Camlinh), a toujours appi

lenu à l'Annam ; il portait, sous les Le, le nom de phu de Ngocma. Le roi Gialong commit le prince de Vantuong à son administration, moyennant le tribut d'usage. En 1829, sur la demande des habitants, les trois huyen furent incorporés à TAnnam, et firent partie du Ngheân. Ils s'étendaient à cette époque jusqu'au Mékhong ; il leur fut nommé des tho-tri-huyen, et leur impôt fut réglé (i83i) à deux dixièmes de taël par inscrit, à verser à la caisse du Ngheân. En i833, le huyen de Camlinh fut disjoint, et les deux autres huyen furent rattachés à la province de Hatinh, avec un huyen thua et un « laîmuc. »

Les communications furent interrompues en 1885 P^r des invasions des Siamois, qui, sous la direction du Chaokhôn, installaient un poste à Nahuong (Cammôn).

Les protestations des habitants de ces territoires revêtent un caractère d'autant plus énergique que. les Siamois occupaient militairement .le pays, et que les agents des autorités annamites dans ces régions avaient été contraints de faire , exécuter les ordres venus de Nongkhai, et appuyés /'par la présence du Chaokhôn.

« Je me suis rendu à Nongkhai, proteste « Suhôn, chef des bonzes du Cammôn, pour prier « les autorités de cette ville de nous permettre

< de payer l'impôt à l'Ânnam, impôt que notr « huyen a rassemblé il y a six jours, pour « remettre au Ghaokhôn ; on m'a refusé, tes : « disant que l'impôt à payer à Siam était moirm. « lourd, et n'était que de cinq (un dixième €S< « taêl). Je sais que, à Nongkhai, on craint beaxi- « coup les Français, et, si ces derniers voulaient « venir pour renvoyer le Ghaokhôn, et forcer

< notre huyen à rester soumis à l'Ânnam, nous « recevrions le plus grand bienfait (i).

« Les habitants du Cammôn et du GamcoC

< m'envoient des déclarations, affirmant que, si « l'autre côté du Mékhong appartient au ^am, « tout ce côté-ci appartient à l'Ânnam^ et que « leurs impôts ont toujours été payés aux caisse ses de nos provinces. S'ils n'y viennent plus, « c'est que les Siamois les empêchent par la « force » (2).

Le rapport sur le phu de Ducthô, conduisant aux mêmes conclusions, fut adressé par le gouverneur de Hatinh au conseil secret, à la date du 3 mars 1888.

Une foule de déclarations des notables de ces

(1) Déclaration remise au gouyerneur ds Hatinh» le 18 man

(2> Rapport du gouyerneur du Hatinh aa Conseil secret, le SO férrier 1888.

régions viennent corroborer le rapport du gouverneur du Hatinh : elles sont toutes conçues dans le même esprit, et renferment les mêmes plaintes : elles n'offrent dcwic pas d'intérêt particulier, et ne doivent être retenues que comme un appel très pressant à l'intervention du Protectorat.

4* Phus de Tranninh et de Tranbien {province

de Ngheân).

Sous la dynastie des Le antérieurs, le phu de Tranninh formait sept districts (i), réunis sous Je nom commun de Bon Man. Dès 1802, le prince de Vantuong, Chao An, fut chargé de les administrer, sous condition du tribut habituel. En 1829, son successeur Chaonoï en fît solliciter la réunion directe à l'Annam. En i83o, on régla l'assiette de l'impôt, on établit les rôles des inscrits et des rizières, on donna des cachets aux chefs des sept districts, et Chaonoï reçut le titre annamite de « Phuongnhusu ». En i834, eut lieu la première révolte du Tranninh ; Nguyen van

i. Quang, Khuong, Cat, Xuy, Moc (ce dernier faisant aujour* d'hui partie des seize chaûs tonkinois), Lien et Kham.

Xuon, nommé Kinhiuoc par la cour de Hué, rél bl;t l'ordre, et remit à la tête du pays le Çh; An. .

A la suite de la guerre de 1874, dont le ré( est fait plus loin, les Siamois avaient enlevé conduit à Bangkok le gouverneur intérimai Lao binhtam ; les autorités provinciales duNghei le réclamèrent en 1877 au général siamois Cha< phatuoc Co, qui commandait à Nongkai. Or, dai la lettre de réclamation, il était expressément c que le Tranninh relevait directement de la coi d'Annam; et le général siamois, dans sa répons en convenait parfaitement, au nom du roi ( Siam (i).

« Le phu de Tranninh, dit le gouverneur ( « Nghean, touche au Mékhong ; et en face de 1 « existait autrefois notre principauté de Vantuonj « prise plus tard par les Siamois, qui en ont fa « induement leurs provinces de Phonpao et ( « Nongbô. »

— Le phu de Tranbien constituait, sous les I antérieurs, sept districts formant le « Muonj hô (2). » Gialong les donna à administrer €

1. Ces documents sont conservés dans les € Correspondanc officielles » du royaume.

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