Xaho, Samto, Muonglan, Man Tuyen, Manzun, Trincl Samna
prince de Vantuong; en 1829, Minhmang les rattacha directement au Ngheân ; en i83o, pour des raisons d^ordre intérieur, les trois premiers des sept districts furent réunis à la province de Thanh Hoa, sous le nom de phu de Tran Man, qui n*a pas cessé depuis lors de relever directement de l'Annam, sous l'autorité des mandarins provinciaux.
Les déclarations et protestations du Tranninh ont le caractère d'une manifestation nationale. Les autorités et les habitants se réunirent dans un seul élan et dans une entière communauté d'idées, ce qui est une chose rare, assez rare en Ânnam pour qu'il en soit fait la remarque.
Les chefs des huyén et des cantons du phu de Tranninh déclarent que :
« des pirates ayant envahi le huyèn Sam ont cap- « turé des habitants. Dans le but de les chasser, « les Siamois sont venus sous le commandement « de Phana Liet, qui est général à Nong Khaï; « après une campagne de trois mois sans suc- « ces, ils se sont retirés. Mais ils sont revenus, « l'année dernière, avec leur général Chao-gia- « tho, qui a forcé notre phong-nhu-su Chao-Khan- « ty à faire sa promesse de soumission au Siam. « Un poste de trois mille Siamois a été établi au <c huyèn de Quang.Nous soumettons cette suppli-
< cation aux grands mandarins, en les pris
< venir à notre secours. »
Les notables des huit hnjèn dn Trs appuient de leurs doléances cette réclar officielle :
« Le chef des Siamois établis au Tranni « invité tous les chefs et les sous-chefs à ve « présenter à lui, leur promettant de les « tenir dans leur service, il a retenu le tri « (chef) du huyèn Kham, et beaucoup d « notables ; les soldat^ emportent notre a « et viennent s'installer dans nos demeures « prions les mandarins provinciaux et les s « tés françaises d'envoyer au plus tôt leurs
< pes, afin de nous permettre de servir VA « comme par le passé (1). »
II paraît être intéressant, en dehors de ces constatations, de connaître les causes, I( constances et les effets de la campagne mi que la cour d'Annam fît faire dans le Trai en 1874 et 1875, po^r y rétablir l'autorité ch lante des mandarins provinciaux. On en trouver tous les détails dans les archives résidence française de Vinh.
1. Toutes ces déclarations sont dans les € Annaies in Us », à Hué, sous le folio u» 44.
■^.TÏV
C'est le chef du canton de Huong Pichiec, qui fomenta la révolte en introduisant les Hô dans (e huyèn de Kham, et en assassinant le neveu de Chao noï, chef délégué par le roi d'Annaro à l'administration du Tranninh. En même temps^ les Hô avaient) au nombre de deux mille fusils, envahi le chaû de Quang Hoa (province de Thanh Hoa). La cour de Hué envoya le dedoc Lêchuan avec un millier de soldats dans les pays soulevés. Les détails de cette expédition, qui rétablit la tranquillité du Tranninh lentement et à grands frais, manquent d'un intérêt immédiat. Mais les correspondances des autorités du Nghêan et du Hatinh avec la cour de Hué prouvent jusqu'à l'évidence que le gouvernement annamite se reconnaissait responsable de l'ordre dans tout le pays jusqu'au Mékhong, et que les autorités siamoises,^ qui se trouvaient à proximité de la rive droite, ne firent pas un mouvement et ne prirent pas un arrêté, pour ou contre les rebelles. Cette inertie prouve, mieux que tous les documents, combien le Siam se savait désintéressé dans ces questions, et comme il connaissait bien qu'il n'avait nul droit à y intervenir (i).
(1) Les archives du Ngheân contiennent les originaux des instructions des ministères des Rites et de la Guerre concernant l'ex»
5® Région du Thanh Hoa^ et principauté vassali
de Vantuonff.
Dans la région du Thanh Hoa, les incursions des Siamois étaient moindres; la situation était infiniment plus claire, il n'y avait pas lieu de se livrer à des investigations aussi serrées. Toutefois le huyèn de Moc, qui appartenait, par moitié au Thanh Hoa, et par moitié aux seize chaûfl tonkinois, et qui avait été jadis détaché du Tranninli, pouvait donner lieu, de la part des Siamois, à une interprétation évidemment erronée de faits prétendus accomplis.
Les chefs et les sous-chefs de ces huyèn rédigèrent une protestation qui se termina de la façon suivante :
« Nos ancêtres du huyèn Moc ont été sous la « domination de la principauté de Vantuong, avec « la permission de TAnnam; ils étaient adminis- « très par des chefs spéciaux appelés « Talînh », « Nous avons fait des démarches, pour nous « plaindre de l'envahissement de nos territoires
pédition du Tranninh, et la copie des rapports faits au Conseil secret par le gouverneur de la province. Traduction de ces pièces a été remise à la résidence de Vinh et à la résidence supérieure en Annam, à la date du 25 décembre 1889.
« par le Muong de Nongkhaï. Maïs le Chaokhôn « ne permet pas à nos huyèn de payer l'impôt au « Gouvernement Annamite ; et nous ne pouvons « faire autre chose que de supplier les Français « de nous faire recouvrer nos territoires (i). » Il faut remarquer, dans cette protestation, l'usage du terme politique «Muong de Nongkhaï». C'est une preuve, — d'autant plus péremptoire qu'elle est, pour ainsi dire inconsciente, et imprévue, — que le pays de Nongkhaï, sur la rive droite du Mékhong, egt considéré par les limitrophes ' comme faisant partie, ethnôgraphiquement et administrativement, des régions laotiennes, jadis reliées à l'empire d'Annam par le lien de vassalité qui contraignait la principauté de Vantuong. C'est là un précieux indice à recueillir et à conserver soigneusement.
Les régions intérieures, frontières de la province du Thanh-Hoa, portèrent successivement •es noms de Man, Hô Man, Laoqua, etc.; et se trouvaient, dès le règne de Hongduc, sous la domination de la famille princière des Câm. L'histoire de cette famille est mêlée intimement à celle des troubles qui se sont constamment produits
(1) f Mémoires Impériales », Archives de Hué, sous le folia no 44,
sur les frontières occidentales de l'Annam. MaTgré les tentatives des souverains de Hué poai la réduire, la race des Câm occupa toujours un grand territoire, et le roi Lêthaitôn préféra dès lors se l'attacher en lui confiant la garde de ces mêmes frontières. C'est de cette époque que les Câm firent hommage de vassalité à la cour de Hué pour tous leurs territoires. Il serait donc de la dernière importance de reconstituer la trame obscure des événements qui agitèrent le Laos, à partir du règne de Hongduc ; on retrouverait ainsi la limite de la domination des Câm, et par suite la frontière occidentale de l'Annam. En tous cas, et avant toutes investigations de cette nature, il est permis d'affirmer que la région soumise hh^éditairement aux Ckm s'étendait sur les deux rives du Mékhong, au nord de la principauté de Vantuong, et empiétait sur le Namchuang (moderne Luang Prabang).
La famille des Câm possédait, en plus et incOnrestablement, sur le territoire tonkinois (région de Huaghoa et de Than Hoadao), le pays dit des seize chaûs, et les six chaûs de l'ouest étaient considérés par elle comme son apanage hérédi-» taire (i). L'expédition française du colonel Pernod
(1) Voir le € Tonkîn Actuel >, éditeur Savîne (<3iap, WI et IV)-
TDienbien la trouva dans son antique capitale de ^aï, et ce ne fut pas notre moindre faute d*avoir, à cette époque, considéré les Cam comme les rivaux du Protectorat. Ils possédaient encore à cette époque un pouvoir territorial absolu sur le chaû de Maongcha (région de Xientong, sur le haut Mékhong), dont on voulait, en 1894, faire un état tampon, et sur des districts Mantze, au nord du 23* degré, que les déliniitations conven* tionnelles de la carte Pavie placent dans la viceroyauté chinoise du Yunnan (i). Grâce aux gouverneurs militaires français des seize chaûs, la famille Câm est aujourd'hui parmi nos plus fidèles fondés de pouvoir, et son chef actuel, Cam Hôm, surnommé Deovantri, vient annuellement à Hanoï prendre les ordres du Gouverneur-général (2).
Un administrateur de la résidence française à Luang Prabang serait seul à même de débrouiller les fils très enchevêtrés de cette longue et vieille dynastie, et de démontrer ainsi, preuves en main, les droits que la fidélité des Câm nous donne sur la rive gauche du Mékhong jusqu au
(1) Voir pour l'histoire des dilTéreiMis entre les Gàtn et l'autorité française, le livre « Dans les seize ohaùs ».
(2) A la récente mort de Cam Hôm, son frère Cam Deo Sam a recueilli sa succession «rec les charges inhérentes, et dans les. mêoies coaditioas vis^-vis da Protectorat.
21® degré, et sur certaines portions de sa rîve droite.
La principauté de Vantuong était administrée par une dynastie de «roitelets», comme les appela lent les « Mémoires Impériales », sous charge d'un tribut de vassalité à la cour de Hué. Pendant
deux siècles, les seuls dont on ait pu reconstituer l'histoire, nul ne songea à interrompre ni à contester ces liens et cette administration. En 1827, le prince Ano fut chassé de sa capitale Vienchan (en face de Nongkhaî, sur le Mékhong) par une invasion siamoise ; le « roitelet» fugitif demanda secours à son suzerain, et, en 1828, le roi Minhmang envoya l'un de ses généraux, Pham-van- Tuy, qui chassa les Siamois et rétablit le prince Ano dans la charge de ses ancêtres ; et en même temps une ambassade annamite fut chargée de réclamer, à Bangkok môme, contre l'intrusion des Siamois. Mais, pendant cette ambassade même, les Siamois revinrent dans le Vantuong, et trouvèrent un aide puissant dans Chao Hoï, préfet annamite du Tranninh, qui livra Ano aux Siamois au lieu de le défendre. — Préoccupé de rétablir dans le Tranninh la tranquillité qu'avait troublée la rél)eIlion de Chao HoT, Minhmang ne put, ou ne voulut intervenir. Vieu Chau fut pris et détruit, et la principauté entière tomba aux mains des Sia-
mois, qui proCtèrent des embarras de la cour de Hué avec les puissances de l'Europe pour refuser toute satisfaction et conserver les territoires envahis.
La principauté de Luang Prabang suivit le sort du Vantuong ; depuis 1828 seulement elle offrait volontairement son tribut à Minhmang. Dès i833, la ruine de la principauté voisine et la crainte du Siam menaçant et envahissant rompirent tout lien politique avec la cour de Hué.
On voit, par tout ce qui précède, que les droits deTAnnam sont incontestables en ce qui concerne toute la rive gauche du Mékhong, et que, nulle part, et à aucune époque, on n'y trouve trace de l'ingérence ni de Finfluence anglaises. Ce point était important à déterminer, car il en ressort que la question des frontières occidentales de l'Annam n'intéresse que le Siam et l'Annam, et qu'aucune autre puissance, asiatique ou européenne, n'a de droit à y intervenir. En ce qui concerne la délimitation de la frontière franco-chinoise, l'établissement séculaire des Cam dans les régions d'Ybang, si fertiles en thé, nous fait un devoir de réserver la question jusqu'à un informé plus ample, afin de ne point faire un inutile sacrifice de nos droits.
Enfin, en ce qui concerne la rive droite du Mé-
khong, il appert, des déclarations mêmes des t verains, des rapports des autorités indigènes con pétenteSy et de l'existence des liens de vassali^ de l'ancien Vantuong vis-à-vis de l'Annam (lienî que la brutale et illicite aggression des Siamois n'a eflacés ni en droit, ni dans la mémoire des populations), il appert, disons-nous, que l'Annair a possédé jadis des droits de suzeraineté sur (fifférents points de la rive droite, et qu'il n'a jamais renoncé à ces droits dans un acte diplomatique valable.
Ces régions de la rive droite qui ressortent A l'Annam sont encore mal définies ; il sembb qu'elles doivent se trouver à l'ouest de la pro vince de Tranninh, et aussi à l'Ouest et au Suc de Vie«chan jusqu'aux environs de Xien hong ; i est impossible dans l'état présent où se trouvais question, d'établir une limite aux prétentionf valables que nous pouvons et que nous devoni avoir ; il faut donc faire là les réserves les plu! expresses. Mais il importe que, en Europe, Topi nion publique soit convaincue que nous n'avom pas le droit, — en eussions-nous le goûi — d'abandonner les anciennes prérogatives des empi res que nous protégeons, que nous ne les faisoni pas valoir parce que nous n'en connaissons pai encore bien toute l'étendue, mais qu'elles exis-
lUïït, et que nous les réclamerons dans on ayenir A (p'U faut espérer prochain.
Il existe, dans la région montagneuse qui sépare la Yallée du Mékhong des bassins côtiers de la mer de Chine, une série de postes des missions étrangères françaises, installés depuis une trentaine d'années chez les peuplades clairsemées des hantes vallées occidentales. Les titulaires de I ces postes étaient généralement des hommes de ■■ bante valeur scientifique et morale. Apôtres d'une religion et d'une civilisation nouvelles, la plupart d'entre eux avaient employé les loisirs que leur laissaient leurs labeurs coutumiers à l'étude assez obstruse et compliquée de l'ethnographie et des traditions politiques des races qu'ils étaient chargés d'évangéliser. Perdus parmi des tribus de caractère méfiant et sauvage, ces hommes avaient ▼u d'un œil favorable l'établissement du Protectorat d'une puissance européenne. Leur témoignage, basé sur des travaux impartiaux et antérieurs aux difficultés présentes, offrait une valeur indiscutable, et leurs déclarations pouvaient être d'un certain secours. On n'eut garde de les négliger, et les éréques catholiques installés en Annam furent, à leur tour, sollicités de fournir
des documents, et d'en faire fournir par leiK-z" subordonnés, chacun d'eux en ce qui cbncernst i le pays spécialement confié à leurs soins apostc^liques.
Mgr Puginier, évêque de Hanoï, et membre di* conseil de défense du Protectorat, résuma en une brève et éloquente déclaration les rapports des. missionnaires dépendant de sa juridiction.
« Les seize chaûs, plus le phu de Dienbien, « appartiennent réellement et exclusivement aa « Royaume d'Annam; les chefs en étaient choisis « par la cour de Hué ; notamment le quan phu « de Dienbien était un envoyé direct du Roi* « La même constatation est à faire pour les « trois chaûs (Quanghoa, Langchanh, Thuong- « xuan), dépendant de la province de Thanh « Hoa.
« La province de Tranninh a toujours dépendu « de TAnnam.
« A Touest des chaûs, se trouvent quatre huyën « laotiens tributaires de TAnnam (Trincho, Man- « ruy, Xamnua, Xamto), payant le tribut aux « caisses du Thanh Hoa et du Ngheân.
« Lorsque, en 1880, des troubles éclatèrent « dans ces régions, les mandarins du Thanh Hoa <c y envoyèrent des troupes poiîr rétablir Tordre; « et il n'y a eu, ni à Bangkok, ni à Luang Pra-
ban g, de protestation contre cet acte d'autorité du gouvernement annamite.
^ Dans ces huyèn laotiens habitent les peupla- 4. des Méo.
« Le huyèn de Xamtô commence à deux jour- < nées à l'ouest du poste de Baithuong (i).
La résidence du Phuyèn (Quinhon) conserve des lettres des R.R. P.P. Guerlach et Vialleton, concernant l'invasion, par les Siamois, de la région du Bla,et protestant énergiquement contre cette invasion (Eettres du P. Guerlach en date du 24 novembre 1889, et de Mgr Van Kamelbeke, évêque de Quinhon, du 5 décembre de la même aaiiée).
On n'a pas oublié le rôle patriotique joué, à la mission de Konjeri (région des Behnars), et à la mission de Peleï Maria (région des lolong), par le P. Guerlach, à l'époque de la royauté fantastique de Marie de Mayréna dans le pays Sédang (2).
Les missionnaires jouaient alors, et dès 1885, le ï'ôle de sentinelles avancées de la domination française, et nous les retrouverons plusieurs fois, au cours de cette étude, animés des mêmes dispositions, et nous fournissant des renseigne-
(1) Extrait des lettres d# Mgr Puginîer au Protectorat, de dovembre et décembre, 1887.
(2) Voir le « Tonkin Actuel », p. 70 et suiv.
ments et des auxiliaires. Si intéressés que pui sent paraître les témoignages des nationaux fra. çais en une question qui touchait à la digni française autant qu'aux intérêts du Siam, il ét^ cependant aussi utile de les provoquer qu'il e précieux de les retenir».