ni'js. Hanoi, 2L mai
ment SipanhdAn ; on s'en tint là; on ne jugea pas utile d'aller plus loin (i).
Mais cet incident fit d'autant plus de bruit en France, qu'il inaugura pour ainsi dire, Tère des ; revendications, et que, à cause de l'endroit où il s'était produit, il nous parvint amplifié par la voie anglaise. Le Standard notamment mettait dans ses appréciations une acrimonie, que nous Verrons éclater partout, au moment de l'intervention directe de la métropole ; il allait jusqu'à denaander l'intervention du vice-roi de l'Inde à propos de notre occupation de Stungtreng. En T'épouse à ces menaces, l'opinion publique française réclamait une expédition, une conquête di- X'ectè, et l'Etat-major général de la marine favorisait cette opinion, tandis que le département <les colonies tendait à remettre l'action à un diplomate, en admettant qu'une action devînt nécessaire. L'impression générale se calma, et fut oubliée pour des raisons de mécontentemenl plus graves, qui amenèrent le gouvernement français à prendre directement en main les intéï*êts menacés de ses nationaux (2).
(1) Consulter la conférence de M. Bastard, à la Société de Géographie commerciale, 8, rue de Tournon.
(2) M. Thoreux fut amené prisonnier à Bangkok, puis remis en
^berté.
§ 4- — Opérations directes contre le Siam.
On a vu que le Gouvernement métropolitain avait fait tous ses efforts pour n'engager aucune action directe contre le Siam dans l'afiaire du règlement des frontières. Tant que le Protectorat était seul engagé, l'opinion publique en France et les diplomaties en Europe ne pouvaient voir en la circonstance qu'une discussion un peu haineuse et un départage fort acrimonieux, mais sans portée générale. L'intervention directe du gouvernement français contre le gouvernement siamois eût semblé une démonstration guerrière, et c'était pour ménager la susceptibilité des chancelleries européennes que la France tâchait de s'y refuser le plus longtemps possible. Elle y fut forcée, contre son gré et sa volonté bien affirmée, par le hasard des circonstances, par la duplicité des Siamois, et par l'appui que leur fournit ouvertement la presse et l'opinion coloniales,en Augleterre et aux Indes.
L'occupation de Stungtreng et de Khong, l'enlèvement du capitaine Thoreux donnèrent cours à la mauvaise humeur des Anglais et à la mau-
vaise volonté du Siam. Les Siamois étaient ouvertement engagés à la résistance, et on semblait leur offrir si clairement Tappui anglais que sir E.Grey fut oWigé, dans une séance du Parlement anglais, d'en démentir le bruit (Correspondance de Bangkok^ i3 avril 1898 et « Standard » du 22 mai). La presse coloniale anglaise, la presse ; siamoise officielle prenaient un ton fort menaçant. M. Rolyn Jacquemyns, passé du service de I la Belgique à celui de l'Egypte, puis à celui de l'Angleterre, puis à celui du Siam, où il occupait une place dans le ministère, fut pris à partie par les journaux français, qui l'accusaient, avec une certaine vraisemblance, d'être, contre nous, un agent de l'Angleterre. M. Rolyn Jacquemyns s'en défendit par une lettre, que le « Matin » rendit publique. Cette situation, peu conforme aux usages internationaux, durait déjà depuis un certain temps, et envenimait les relations des gouvernements intéressés, quand l'assassinat de l'inspecteur Grosgurin se produisit dans les circonstances I jue l'on sait. Une telle injure ne pouvait rester sans réparation. Le gouvernement français réclama des explications, et envoya à l'amiral Humann,commandant l'escadre de l'Extrême-Orient, alors au Japon, l'ordre de rallier les eaux siamoises ; puis M.Develle profita de ce que M. leMyre de Vilers,
député de la Cochinchine, allait visiter sa cir conscription électorale en prévision des élection! du mois d'octobre 1898, pour le charger d'uD< mission vis-à-vis la cour de Bangkok, missioi ioxxt entière de pacification et d'éclaircissements On voit que, forcé d'entrer directement en scène le gouvernement métropolitain ne le faisait qu'a vec la plus extrême modération, malgré les prc vocations qui lui arrivaient de tous côtés.
Les explications de la légation du Siam su Tattentat de Kengkiec furent plus embrouillée et indécises qu'on n'eût été en droit de les atten dre, même de la part d'Extrême-Orientaux au al)ois. Pour accentuer une action maritime, 1 (jouvernementfit parvenir aux troupes deCochin cliiiie Tordre d'occuper les îles Samit, à Textré mité du golfe de Phuquoc. Ces îles d'ailleurs jusque alors abandonnées, se trouvaient encor dans les eaux françaises ; mais les troupes qi les occupaient étaient toutes portées pour un diversion rapide.
Au commencement de juillet, la flotte française commandée par l'amiral Humann, entrait dan les. eaux siamoises, prenait -possession des île (lu golfe de Siam, et s'avançait vers. Tembouchi re du Menam, pour appuyer les justes réclama lions de notre diplomatie. L'amiral avait pri
pour guide le bateau des Messageries le J. B, Sai/, qui faisait le service hebdomadaire entre Sai'gon et Bangkok. Arrivé à l'embouchure, vi»à-vis le fortin de Paknam, Tamiral s'arrêta, et fît demander, par Tintermédiaire de M. Pavie, notre ministre à Bangkok, et suivant les termes de la convention de 1857, l'autorisation de remonter la rivière jusqu'à la capitale. Le J. B. Sa;/, continuant sa marche dans le fleuve, fut, au mépris du droit des gens, canonné et coulé par les canons de Paknam, bien qu'il n'eût à son bord ni une arme ni un soldat. Cette brutale agression, en face même des navires français au mouillage, était la dernière des insultes (i). Immédiatement, avec une décision digne de tous les éloges, l'amiral Humann força la passe du Meïnam, détruisit le fort de Paknam, et embossa deux de ses canonnières vis-à-vis Bangkok (i3 juillet 1893). Le 17 juillet, fidèle à sa politique d^atermoiements d'abord et de reculade ensuite, le gouvernement siamois faisait oflVir à M. Pavie la cession de la rive gauche du Mékhong moyennant la suspension des hostilités.
(1) Le fort de Paknam était commande par un officier danois, 50US la haute direclion du duc de Richelieu, commodore de la fotle siamoise, de la branche des Richelieu protestants, émigrés après la révocation de l'édit de Nantes.
Mais par l'entrée en ligne de la flotte français à la suite de Tinqualifiable conduite des Siamoi à Paknam, l'affaire ne pouvait plus se dénouer Bangkok, et prenait des proportions infinimer plus considérables. Le 17 juillet, sur une inter pellation de M. Curzon, lord Rosebery et si Edward Grey firent aux Chambres anglaises uni déclaration, hardie dans la forme, et assez ambi g lie dans le fond, où Ton sentait le désir d'arrè ter la France dans la voie qu'on devinait qu'ell allait prendre, mais où Ton voyait aussi quel Foreign Office ne voulait pas prendre le pari d'une intervention diplomatique directe (1).
Le 18 juillet, le débat fut porté à la Chambr française, dans une séance mémorable, qu'il fau lire en entier à l'Officiel, et qui décida du soi de l'influence française dans l'Extrême-Orient.
A la suite de cette séance, et sur le vote uni nime des députés, le ministre des Afl'aîres Etrar gères télégraphia à M. Pavie pour l'inviter à si gnifier au gouvernement siamois un ultimatum portant : sur l'évacuation par les Siamois de tou te la rive gauche du Mékhong, depuis le poir où le fleuve sort du territoire chinois jusqu'à I
(1) Agence llavas. 19 juillet 1893.
limite septentrionale du Cambodge, et sur le paiei^ent d'une indemnité de trois millions pour les f'o limages causés à l'Etat français par les agressions des Siamois. La Cour de Siam avait 48 heures pour faire connaître sa réponse. Le même jour, le roi du Cambodge faisait parvenir au gou- ^ernement français une demande expresse pour ^tre remis en possession des provinces d'Angkor (Siemreap) et de Battambang, enlevées par les Siamois au Cambodge sur une interprétation erï'onée du traité de 1867, interprétation sur laquelle la diplomatie du gouvernement de Napoléon III avait trop complaisamment fermé les yeux.
La rapidité et la vigueur des déclarations françaises ralentirent l'ardeur avec laquelle certains tifiembres du Parlement anglais prenaient les intérêts siamois. Dans la séance du i9 juillet à la Chambre des Communes. M. Curzon essaya en Vain de galvaniser l'opinion au sujet de l'ultimatum. Le gouvernement de la Reine refusa de se prononcer sur la question, et les journaux anglais, suivant l'exemple donné par le Times, avouèrent que « l'ultimatum, bien que sévère, était ce que l'on devait prévoir ».
Mais, quarante-huit heures après la signification de l'ultimatum, délai de rigueur fixé, il n'é-
tait pas encore accepté par le gouvernement siamois. Dès lors la France était tenue de recourir» aux mesures coërcitives, et le blocus de la côte; siamoise fut décidé.
Sur un ordre venu de Paris, le contre-amiral Humann diricjea sur la côte siamoise deux croiseurs, deux avisos et quatre canonnières. Le 24 juillet, notification fut faite aux puissances de la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Siam ; le 25, notre ministre résident, M. Pavie, amenait son pavillon, et quittait Bangkok. Le 27, le blocus fut officiellement signifié au roi de Siam. 11 s'étendait sur toute la partie nord de la côte siamoise, et s'appliquait à tous les navires de toutes les nationalités. Les marins français furent débarqués sur les îles du cap Samit et à Kolisicliany.
De plus, l'arrivée d'un fort détachement de la Lé<jiou étrangère en Cochinchine éveillait les craintes du gouvernement siamois au sujet des ré(|ions en liticje de Battambang et de Siemreap (Aiujkor).
Aussi, le 29 juillet, le roi de Siam se résignat-il à accepter purement et simplement l'ultimatum et le prince Vadliana, ambassadeur de Siam à
ï^aris, en informa-t-il M. Develle dans la matinée dtt 3o juillet. Le gouvernement français prit acte de cette acceptation, mais, en même temps, dé- <^Iara que le blocus ne serait effectivement levé <^ue lorsque la France aurait des garanties matéï*ielles de la bonne volonté du Siam à observer sa promesse. Parmi ces garanties, étaient indiquées l'occupation temporaire de l'île de Kohsichang, et la remise aux Français d'un port de la côte. Une note du 3i juillet désigna, pour l'occupation française, le port de Chantaboun, et faisait ressortir à l'avance que, dans le traité futur à intervenir, le cours du Mékhong, avec ses îles, et une bande de 25 kilomètres de largeur, le long de la rive droite, serait occupé par la France en toute propriété. La Cour de Siam adhéra à ces propositions, et le blocus fut levé.
En même temps, le gouvernement français adressait à M. le Myre de Vilers les nouvelles instructions que nécessitaient les circonstances. La mission amiable qui avait été confiée au député de la Cochinchine prenait, à la suite des événements récents, une bien autre importance. Il s'agissait, non plus de rectifier certains malentendus, mais, sur les ruines d'un accord détruit, d'établir un nouvel accord plus conforme aux droits de la France, et en rapport avec les avan-
tages qu'elle entendait retirer de ses injures. 11 importe dès maintenant de faire ressortir combien la conduite et le langage du gouvernement anglais influencèrent le gouvernement siamois, d'abord dans sa résistance, ensuite dans son abandon, tous deux également imprévus. Le langage de la presse anglaise, l'agitation que créèrent, autour de la question siamoise, certains membres du Parlement anglais, notamment sir Richard Temple et M. Curzon, avaient fait croire au Siam que l'Angleterre prendrait ouvertement parti contre la France ; et on ne peut attribuer qu'à ce vain espoir les hésitations de la cour de Bangkok à accepter les conditions de l'ultimatwm. Les déclarations aussi brèves qu'embarrassées de lord Rosebery et de sir Grey, parlant au nom du gouvernement de la Reine, montrèrent aux Siamois combien ils avaient eu tort de faire fonds sur la Grande-Bretagne. Ils cédèrent dès lors, sans aucune réserves, comptant sur l'avenir pour créer des difficultés dans l'exécution des promesses qui venaient de leur être arrachées. Ce revirement fit alors un assez mauvais effet en Asie et en Europe, où l'on ne se gêna guère pour reprocher à l'Angleterre d'abandonner coulumièrement ses amis aux heures les plus criti- (jucs. Mais il faut retenir l'énergie et la conti-
^^Ué des réclamations de Topposition parlemen- ^^xre anglaise, d'autant plus que cette opposition ^st actuellement au pouvoir, et que son ancien ^hef, M. Curzon, l'ennemi li plus acharné de l'influence française en Extrême-Orient, est aujourd'hui secrétaire d'Etat pour les colonies dans le ministère de lord Salisbury (i).
Les difficultés que M. le Myre de Vilers rencontra dans l'exécution des instructions de M. Develle ne furent ni longues ni d'une nature délicate, et il n'eut à compter qu'avec la lenteur et la duplicité qu'apportent ordinairement les Orientaux dans toutes leurs négociations. Les principales clauses du traité étaient d'ailleurs contenues dans les termes de l'ultimatum auquel s'était résigné le Siam, et M. le Myre de Vilers n'avait qu'à les revêtir de la forme politique et commerciale la plus apte à consacrer nos avantages annuels, et à réserver nos droits futurs. Voici la teneur de ce traité, dont les signatures
(1) Pour se rendre un compte exact des opinions de la presse anglaise et de l'acharnement qu'elle mit à discuter les droits de la France, lire les études faites par les feuilles suivantes : Dailtj Graphie, 19 juillet 1893. ^ Daily Telegraph, 26 juillet. — Z)a% neivSy 26 juillet. — Daily press, Hongkonjtélégraph, 25 juillet. — Le Standard^ 25 juillet. — Le Globa, 30 juillet. — Standard Morning posty 31 juillet, — Times, 4 août.
furent échangées à Bangkok, le 3 octobre iSgî :
Art. /®^ — Le gouvernement Si'^.mois renonce à toute prétention sur Fensemble des territoires sur la rive gauche du Mékhong et sur les ties du fleuve.
Art. 2. — Le gouvernement Siamois s'interdit d'entretenir ou de faire circuler des bâtiments ou embarcations armés sur les eaux du Grand Lac, du Mékhong et de leurs affluents situés dans les limites visées à Tarticle suivant.
Art. 3. — Le gouvernement Siamois ne construira aucun poste ou établissement militaire dans les provinces de Battambang et de Siemreap et dans un rayon de 25 kilomètres sur la rive droite du Mékhong.
Art. i. — Dans les zones visées par Tarticle 3, la police sera exercée selon l'usage par les autorités locales avec les contingents nécessaires. Il n'y sera entretenu aucune force armée, régulière ou irrégulière.
Art. j. — Le gouvernement Siamois s'engage à ouvrir, dans un délai de six mois, des négociations avec le gouvernement français en vue du règlement du régime douanier et commercial des territoires visés à l'article 3, et de la révision du traité de 1856.
Art. 8. — Le gouvernement français se réserve
d'établir des consuls dans les endroits ou il le jugera convenable 'dans l'intérêt de ses ressortissants, notamment àKorat et à Muongnan.
Convention additionnelle.
Art. /*'. — Les derniers postes siamois de la rive gauche du Mékhong devront être évacués dans le délai maximum d'un mois à partir du 5 septembre.
Art. 2. — Toutes les fortifications de la zone visée à l'article 3 devront être rasées.
...Art. 6. — Le gouvernement français continuera à occuper Chantaboun jusqu'à l'exécution des stipulations de la présente convention, notamment jusqu'à la complète évacuation et paci/icalion de la rive gauche et des zones visées à Tarticle 3.
On a beaucoup discuté sur la valeur du traité du 3 octobre 1893, et spécialement sur les termes dans lesquels étaient conçus les articles visant la renonciation du Siam et l'établissement d'une nouvelle frontière. De nombreux incidents devaient donner raison à ceux qui prétendaient que, non seulement M. le Myre de Vilers n'avait pas ré-
clamé les avantages ressortissant de la situation exceptionnelle de la France à cette époque, mais qu'il n'avait même pas, par un texte convenablement serré, garanti suffisamment les avantages qu'il avait obtenus, et qu'il avait laissé une porte ouverte à de fâcheuses interprétations, et même à des ingérences étrangères.
Pour juger jusqu'à quel point de semblables reproches peuvent être fondés, il faut étudier, — et nous allons rapidement le faire, — les deux questions brûlantes de l'intégrité du Cambodge et des relations franco-anglo -chinoises sur le haut Mékhong.
Mais il nous sera tout d'abord permis de regretter qu'il ne soit fait, dans le traité du 3 octobre I893, aucune allusion aux territoires de la rive droite du Mékhong, qui appartenaient jadis à la suzeraineté de l'Annam, et qui en furent peu à peu détachés par des coups de force, que rien n'est venu par la suite justifier ni consacrer. Il est fâcheux que M. le Myre de Vilers n'ait pas cru devoir faire insérer, de sa propre initiative, une clause portant que les revendications de la France sur le Mékhong n'étaient pas du tout sa^tisfaites par la lettre du traité, et que, par conséquent, celui-ci ne pouvait être considéré que comme un instrument provisoire et un achemine-
ment vers la complèfe rentrée en possession de notre domaine.
Le silence observé à ce sujet dans le traité est une lourde faute ; il semble admettre, de la part de la France, une renonciation àd^anciens droits parfaitement établis. On n'a pas manqué, on ne manquera pas dans l'avenir, de faire valoir contre nous cette preuve superficielle, mais captieuse. On ne saurait trop à l'avance se mettre en garde contre de telles interprétations, ni trop tôt prévenir l'opinion publique des armes fournies par nous-mêmes, dont nos rivaux peuvent un jour se servir contre nous.