‹ L'affaire de Siam, 1886-1896Chapitre 21 sur 26 · I. — Opérations dans la région (VAilao · texte numérisé non relu

I. — Opérations dans la région (VAilao

In arrêté du 3 1 mars de la Résidence Supérieure Hué créa, comme premier moyen d'action, une jade volante de gardes civils, relevant direcent de M. Brière. L'effectif en était de 750 imes, et' fut placé sous les ordres de M. Gar-

, inspecteur de première classe. Ces forces ent destinées à la marche vers l'ouest, sur le chong ; elles furent partagées en différents tes et en détachements divers ; et ce fut sur e seule troupe de police indigène que porta : l'effort de la campagne. Comme, malgré tout,

parvint à y suffire, il faut reconnaître que les visions des coloniaux étaient justes, quand ils 'maient que l'expédition coûterait infiniment

en hommes et eu argent, .'inspecteur, chef des troupes, était en même ips un chef administratif pouvant suppléer et

seconder le ré\ident directeur des opérations» X texte des instructions envoyées à ces réside 11/5 fait foi de la simplicité des rouages employés.

« Je vous ai choisi », écrivait le Gouverneur- Généraly à M. Dufrénil, vice-résident de DongboiV

en lui annonçant le commencement des opérations j au Cambodge vers Stungtreng et l'île de Khdne, : « je vous ai choisi pour diriger l'action française <( dans les chaûs laotiens de la région de Camlô. « Vous partirez ce soir pour Ailao. L'inspecteur « Garnier partira avec vous. II ne pourra engage ger aucune action sans un ordre formel* pré- « cis, détaillé, de votre part, sur le but à attein- « dre, et n'aura que le choix des mesures lech- « niques d'exécution. Vous exposerez aux chefs « siamois que vous venez, au nom du Gouvernc- « ment français, occuper une région sur laquelle « la souveraineté de la France doit seule s'cxc^ « cer. Ne recourez à la force qu'en cas d'impé- « rieuse nécessité, faites respecter les personnes « et les propriétés; mettez les Siamois dansFiffi- « possibilité de nuire, plutôt que de les suppri-* « mer. S'ils consentent à se retirer, permettez-, <c leur d'emporter les vivres nécessaires. Veillez « à ce qu'ils ne puissent se replier sur d'autres « postes, et y porter, avant nous, des nouvelles et' « des renforts. Vous vous dirigerez sur Hoxang»

^uongthanh et Muongchan, sans compromettre votre sécurité, et aussi rapidement que possible. »

« Vous prendrez pour objectif Muongping qui commande la route aboutissant àKemmarat sur le Mékhong. Vous y établirez solidement votre influence, et vous installerez un poste sous les ordres de M. Garnier. Aussitôt que possible, vous ferez étudier le tracé d'une route entre l'Annam et le Mékhong.

« Il importe que les sédentaires apprécient favorablement notre substitution aux Siamois; il faut les traiter avec bienveillance, respecter leurs mœurs, éviter toutes vexations et maraudes, et ne les employer à aucun travail sans leur libre consentement et une juste rémunération » (i).

Sur cet ordre, M. Dufrénil, M. Garnier et les rdes civils qu'ils commandaient, partirent le 25 rii. Pour faciliter les rapports entre la colonne opérations et la hiérarchie centrale, un bureau égraphique fut installé à Camio (2).

La suite des dépêches adressées par M. Dufréet par M. Garnier au Gouverneur-Général,

1) Lettre du Gouverneur-Général à M. Dufrénil. Hué, 23 avril 1893. 3) Télégramme du Résident supérieur en Annani à M. Brou, é, 30 mars 1893, no 90.

donne dès lors la marche rapide de l'action en* tamée. Le 28 avril, le territoire que les Siamois avaient induement occupé est envahi. Le 3g avril; à l'arrivée de l'expédition à Hosang, le mandarin siamois, en présence du refus formel des Français d'attendre le délai qu'il avait demandé, consent à abandonner son poste, en réclamant un écrit attestant qu'il cède à la force. Le certificat accordé, sa troupe et lui évacuent la place, qui comprenait 40 fusils et des palissades assez fo^ tes et sérieuses, et se dirigent vers le Mékhong, par Nabôn (i).

Le 3 mai, M. Dufrénil entrait à Nabôn. Sur le refus du sous-lieutenant commandant le poste de procéder de bonne grâce à l'évacuation, M, Dufrénil n'hésite pas à user de contrainte vîs-à-ns de lui. L'effectif très restreint du poste est conduit sous escorte à la sortie du village. M. Dufrénil fait remarquer que la seule force des Siamois est la force d'inertie, et que Tabandon d'un poste n'entraîne pas celui du poste voisin; les proclamations du Comat sont distribuées dans la régiond'Axoc et d'Adoa. D'après les Laotiens de Hoxang, le frère du roi de Siam se trouverait à Oubôn (2).

( ) Télégramme de M. Dufrénil au Résident supérieur, à Hué. Quanytri, 2 mai 1893.

(2) Télégramme de M. Dufrénil au Gouverneup-GénéraL NaWo. Quangtn, 3-7 mai 1893

Le 4 mai, la colonne arrivait au poste important de Xuongthanh, dont elle s'emparait par surprise, les Siamois et les Annamites s'engoutlrant ensemble dans Tenceinte fortifiée, les uns pour la défendre, les autres pour la conquérir; c'est à la rapidité et au sang-froid de M. Garnier que Pon dut d'éviter une effusion de sang. Ce poste éiait des mieux fortifiés; il était ceint d'une double fortification avec palanques et fossés intérieurs. Une corvée de cent hommes y travaillait jour et nuit. Une partie de la garnison était, du :ôté de Langsen,en reconnaissance, c'est-à-dire în maraude. Le poste comprenait 70 fusils. Le nandarin Siamois, qui a le titre de chaiiklioun, mu de l'attitude des Français, se retire avec sa roupe vers le Mékhong,* après avoir remis à LDufrinil «m ordre, concernant les postes sialois de la région d'Adoa et d'Axoc, d'avoir à le uivre dans sa retraite, et à le rejoindre aux enirons de Muongphinh (i).

Le 10 mai, à Muongvang, la colonne trouva et appropria les magasins de riz de réserve des iamois ; en meine temps les chefs français d'Axoc t d'Adoa occupèrent Caubai et Bocbai, que les

(i) Télégrammes de M. Dufrénil au GouverDeur-GéDéial. uonglhanh. Quangtri, 5-8 mai 1893.

Siamois évacuèrent d'eux-mêmes, pris de pei au mouvement de recul du Chaukhoun de Xuon thanh. L'attitude de la population est extrêm ment favorable, et, par suite, celle des Siamc devient de plus en plus modeste. Les eflfectifs < leurs postes détachés s'enfuient en débanda* vers le Mékhong (i).

Le i4 mai, la colonne faisait son entrée Muonfjphinh, où se confirme la nouvelle des d bandades siamoises. L'attitude de ce pays, où Chaukhoun avait spécialement établi son influei ce, ne se dessine en faveur du mouvement fraj çais qu'après la proclamation de M. Dufréni assurant que la France s'opposera à tout nouvi empiétement (2).

Cependant les Siamois, pour pallier l'effet d leur retraite précipitée, essayaient de l'intimida tion, et faisaient courir le bruit de l'arrivée d frère du roi de Siam avec 500 hommes, et d renvoi c'e Bangkok même, de nombreux renfort sur la rive droite du fleuve ; en même temps il ordonnaient, dans les centres de population ils se maintenaient encore, l'évacuation en mass

(1) Télé(jramme de M. Dufrénil au Gouverneur-Généra MuoiKjvaiKj, 10 mai 1S03.

(2j 'iéh'çj ramilles de M, Diifrcnil au Gouverneur-Généra Mu()iitjj)hi;ili. Camlo, 14-21 mai 18i)3.

des habitants de Fautre côté du Mékhong. Les populations, naturellement défiantes, mais crédules toujours aux mauvais bruits, s'émouvaient peu à peu ; cette complication forçait M. Dufrénil à hâter sa marche en avant, bien que ses com- ^ inunications ne fussent pas assurées, et ses con- ' vois de ravitaillement fort en retard. Un poste de I i3o hommes fut installé à Muongphinh, et 3oo hommes avec Tinspecteur furent envoyés précipitamment sur Songkhôn (i).

lis arrivèrent le 19 mai à Bangpong, où ils apprirent que 500 Laotiens, encadrés par des chefs et des sous-officiers siamois, barraient la route à Muongphong. En prévision de difficultés plus nombreuses, M. Dufrénil demandait des renforts et le remplacement de ses malades par des hommes valides (2). Le 21 mai, la colonne française rencontra le camp siamois sur le bord de Tarroyo de Thophang ; 3oo Siamois et Laotiens, recrutés à Oubôn, Saravan et Songkhôn, s'y .trouvaient. Par une manœuvre habile, l'inspecteur Garnier tourna l'obstacle, et le camp fut enlevé sans coup férir. En s'enfuyant, les Siamois

(l^i Télégramme de M. Dufrénil au Gouverneur Général. Muoogpliinh, 10 mai 1893 : no 9.

(2) Télégrammes de M. Dufrénil au Gouverneur Général. Bangpon.j-Camio : 19-27 mai 1893.

mettent le feu à quelques villages et à la maison commune de Muongphong. Le 22 au matin, les Français entrent à Muongphong, où ils sont chaleureusement accueillis par la population (i). Le lendemain soir, ils entrent à Songkhôn triomphalement, et y apprennent la dispersion des soldats hâtivement recrutés du camp de Tophanq. Le 26 mai, le drapeau français flottait sur la rive droite du Mékhong, en face de Kemmarat, au village de Naprasun (2). Les habitants qui s'étaieut dispersés au bruit d'une lutte possible, regagnaient kurs foyers, et les proclamations du Protectorat leur rendaient confiance immédiate.

Les Siamois, semblant craindre l'invasion de leur territoire national, commençaient de hâtives défenses sur la rive droite du fleuve. Mais M. Dufrénil, la prise de possession étant efi'ectuée, laissa à Muongphinh l'inspecteur Garnier, avec mission d'y installer un poste central militaire et administratif, et se prépara à aller visiter la région d'Adoa (3). Il proposait, sur le Mékhong même, l'installation de deux forts détachements,

(1) Téléyramme de M. Dufrénil au Gouverneur Général. Muongphong, 22 mai 1893 : no 12.

(2) Télèyrammes de M. Dufrénil au Gouverneur Général. Naprasun, 20 mai 1893 : no 14.

(3) Télégramme de M. Dufrénil au Gouverneur Général. Songkhôn, le»" juin 1893.

l'un vis-à-vis de Pacseng, l'autre vis-à-vis de Bangmucdahan ; mais il réclamait pour cela un renfort immédiat de 200 hommes (i). Entre temps, le mandarin siamois de Thuongkhé, qui avait refusé d'évacuer son poste, fut livré à la garde civile par la population elle-même.

D'après les bruits qui couraient des tentatives des Siamois pour reprendre l'offensive, M. de Lanessan prescrivit de porter à Songkhôn le fort établissement que M. Dufrénil proposait à Muongphinh (2). L'inspecteur Garnier fut, avec 3oo hommes, chargé de cet établissement, que des questions d'hygiène et d'ordre administratif retardèrent encore assez longtemps (3).

Pendant que M. Dufrénil complétait sa mission en parcourant Ailao et les postes avoisinants, M. Garnier procédait à la répartition des postes administratifs. 11 proposait, pendant la période préparatoire, l'installation à Muongvang et à Muongphinh de deux centres d'action et de ré- «isfance devant surtout servir de points d'ar-

(1) TcIcMj ranime de M. Dufrénil au Résident supérieur d'Annam : Muorujpliinh, 20 juin 1893, n» 21, et télégrammes de M. Brière à M, de Lanessaii : Hué, 27 mai et 12 juin 1893.

(2) Tclétjrammc de M. de Lanessan à M. Brière : Doson. 10 juin 1893.

(3) Tvlc<jrammc de M. Dufrénil au Résident supérieur en Annam : Muongphinh» 19 juin, no 23.

rét à tout refour offensif des Siamois, ou à toute rébellion de Laotiens encore mal avertis ; les postes de Nabôn et d'Ailao devaient servir de liaison entre la nouvelle formation et les anciennes formations du Quangtri.

Pour la période définitive, M. Garnier préconisait rinstallalion de nos principales forces à ]\Jiion(jphon(j, Soncjkhon, et sur un point du Mékhonrj à déterminer, en face de Bangmucdahan, et l'élablissement d'un centre administratif sur le So]>anfjliien. Les postes de liaison seraient alors transportés à Muon(jphinIi, Muongphong et Nabnu où tiendrait fjarnison un inspecteur en sousordre (1).

Pour passer d'une période à l'autre, M. Garnior reconnaissait qu'il fallait attendre que l'émo- X'u^n causée par notre occupation fût calmée, et acquérir la certitude que, malgré leurs démonstraîions généralement superficielles, les Siamois dissent perdu tout espoir de rentrer en possession de la rive gauche. Il était assez difficile, à rause de l'esprit des populations, d'être renseij.,iié à ce sujet. 11 n'y avait aucun moyen possible lie contn'ler les mouvements et les intentions des

(1) P apport de M. Garirier a M. Dufrénil : Muongphinh, 3 jui)

Ici 1^'.»;^.

^uefs Siamois, qui s*agitaieiU avec beaucoup (fe ^^cas sur la rive droite. Les vantardises nui leur ^^'î^ienf (oufuniiùres trouvaient naturellement un ^*clio complaisant dans les terreurs encore mal apaisées des Laotiens, dont l'esprit naturel, porté ù rexayêi ation, [M. J. Harmand, dans son voyage d'exploration, appelait Tort joliment cette dispoîsi'ion iiilellectuelle nn « esprit atlnhiien »] n'était pas en état de réduire à leur valeur les bruits qui les eflravaient. D'après la renommée, dont les exagérations voulues se superposaient dans le cœur de ceux qui les entendaient les unes après les autres, 2500 hommes seraient concentrés à Kemmarat, sous les ordres du commissaire Siamois Luonfjpliithat ; 200 Siamois seraient à Nammuong; l^oo à Konrjcliiem; 200 à Tachât; ou aurait fait venir d'Oubon de l'artillerie; 3oo Siamois seraient en chemin; on avait l'intenlion de franchir le Mékhonq à Muonqhing et Naprasun, de tout mettre à feu et à sang. On signalait 200 révoltés laotiens à Nabon (rive gauche, à trois jours de marche de Muong Vang), 700 à Phuova, et 2000 autres menaçaient dans le Nord, où personne d'ailleurs ne les avait rencontrés (i).

(1) Télégramme du Résident supérieur en Annam au gouverneur

qénéral. Hué, 12 juillet 1893.

Pour s'opposer à une telle inondation d'ennemis, nous n'avions qu'environ 700 indigènes faiblement encadrés d'Européens, et remis au seul commandement de l'habile et énergique inspecteur Garnief . Le Résident Supérieur en Annam proposait donc de renforcer cet effectif, afin de pouvoir procéder à la réoccupation de Songkôn, qui était de la première nécessité.

Les menaces siamoises et les bruits d'invasion ne prirent pas corps ; mais, à cause de la difficulté qu'il y avait à établir des communications, et à envoyer des renforts entre TAnnam et le Mékhong, Songkhôn ne fut réoccupé que le 10 septembre (i). On s'occupa immédiatement d'établir une communication télégraphique jusqu'au nouveau centre administratif dont l'installation était confiée à M. Garnier. Elle devait rejoindre Camlo à Muongphinh, par Muonglan, Ailao et Nabon (150 kil.). Le tronçon de Camlo à Ailao fut immédiatement mis en œuvre, pendant que la main d'œuvre administrative opérait le débroussaillement sur tout le parcours (2).

Après quelques difficultés premières et inévi-

il) Télcg. de M. Garnier à la résidence sup, de Hué. Songkhôn, 10 septembre 1893, n. 231.

(2) Lettre de M. Brou, directeur des Postes, à la résidence sup, dé Hué. 9 septembre ISO*^.

I.Garnier put, dès le mois d'octobre, envîim œil tranquille rétablissement de Song- 5 ravitaillement était assuré par un serpirogues ; les populations se rassemlans leurs anciens centres, témoignaient e, et nous servaient d'appui. Seuls, que!- 3fs des chaûs demeuraient encore indé- :* avoir été jadis trop favorables aux Sia-

craignant des représailles de notre part, cupait de transporter par terre des »s jusque sur le Mékhong, en attendant canonnières démontables, remontant le es amenassent depuis Sambor (i). Les qui pouvaient être rendues praticables

peu de main d'oeuvre, devenaient paressibles aux charrettes à bœufs ; les )ns ne présentaient pas, en été, le caractructeur qu'elles affectent dans les del-

troupes siamoises s'étaient disloquées; tait plus que quelques miliciens à Kem-

à Bangmucdahan. Le calme renaissait à 1 dans la région, et les Laotiens recomnt à s'administrer euxrmêmes et à renistice suivant leurs anciennes coutumes.

j. de M. Brîère à M. de Lanessan ; Hué, ISibovemi. 313.

sous le bienveillant contrôle des autorités vclles (i). La période définitive étant ainsi Llie, M. Garnier répartit les postes de milic la façon suivante : Ailao (50 hommes), N; (100), Muongphinh (50), Muongphoiig (f,o), S J:IiÙ!i (200), et les villages du bord du Mékl (150). La région fut érigée en dao, avec S klion pour chef-lieu, et M. Garnier reçut la j récouipense de ses services par sa noniinî (le pT'cmijr commissaire du gouvernement la ré;;ion ainsi reconquise et pacifiée.

§2. — Opérations dans la région de Cam .

Da.près les derniers renseignements que aulorilés indigènes avaient fait payrvenir à i rinslalhition des Siamois dans la région de Mnn {présentait un caractère plus pacifique, aussi plus stable que leur installation dans le (le Songkhôn. Elle ne comprenait pas une q tité de petits postes volants, à effectifs indéte nés, ainsi que cela se passe en temps de gm

(l) Rapport de M. Garnier à la résidence sup. de Hué.

khon, 30 octobre 1893 .

imais l)ien deux ou trois centres solidement éta- [blis, aussi administratils que militaires. La réocjcupation par les colonnes françaises devait donc être à la fois plus délicate, puisque elles se heurteraient à une usurpation mieux assise, et plus rapide, puisque les points où s'appuyait cette iisiu'palion étaient plus restreints. Ces points étaient: Pliuba, ou Plnnva, près'Nakliai, sur le territoire de Lakhon, commaudé par le Pliratiamlam, avec loo Siamois et 200 Muongs; et Cam Mon, dirigé par un Chaùklioun, avec 150 hommes. Les envahisseurs trouvaient là un secours assez précieux dans Talliance du célèbre mandarin rebelle Phamdinhphung, et du chef pirate Dèchau, dont une partie de la bande était à Nongkhaj*, en territoire siamois (i).

Il eût donc fallu opérer rapidement sur deux ou trois points, avec d'assez considérables détachements, suivre une méthode opposée à celle que suivait dans sa mission M. Dufrénil, et confier au résident Luce, choisi naturellement pour commander l'expédition, une force relativement nombreuse. Le Gouvernement général crut malheureusement que les Siamois occupaient le Cam

(1) Télégramme de M. Brière au Gouverneur général. Hué, 31 mars 1893, no 100.

Mon d'une façon identique au Song Khôn; et, comme M. de Lanessan prenait la direclron personnelle du mouvement, et ne se confiait point au Résident Supérieur d'Annam, intermédiaire naturel et mieux renseigné, il envoya à M. Luce des instructions analogues à celles de M. Durrénil, bien que leur situation et leur mission dussent différer singulièrement. C'est là la véritable raison des difficultés que M. Luce éprouva dans sou expédition, difficultés qui, jointes à la maladie, provoquèrent de regrettables accidents et de partiels insuccès.

« Vous mettrez les Siamois en demeure d'éva- « cuer immédiatement CamMôn » écrivait le Gou- « verneur général à M. Luce (i), « et les postes « qu'ils pourraient avoir dans les phus de Lac- « bien, Trandinh et Tranninh. Vous donnerez « pour instructions au chef des milices de viser « à mettre les Siamois dans l'impossibilité de « nuire plutôt qu'à les supprimer. Vous n'em- « ploierez la force que dans le cas où elle devicu- « drait impérieusement nécessaire; vous procc- « derez à la réorganisation administrative des « anciennes divisions territoriales, et délivrerez

(1) Instructions du Gouverneur General à M. Luce. Hue, 25

avril 18';)3.

« aux chefs locaux des autorisations provisoires.

^ Vous promettrez des remises d'impôts. Vous

« étudierez les travaux d'aménagement à faire

«^ sur la route de Vinh à Houten. Vous ne lève-

« rez aucune contribution en nature ; vous n'em-

« ploierez les habitants à aucun travail sans leur

«. consentement. Vous aurez la correspondance

^ directe avec moi. »

L'inspecteur Soler fut adjoint à M. Luce; mais, au lieu de 800 hommes qu'on avait donnés à M. Garnier dans le Song Khôn, on ne mit à la disposition de M. Luce que 250 miliciens, qui ne furent d'ailleurs jamais complètement réunis. Mais M. Luce trouva un aide précieux et imprévu dans 1^ personne de M. Grosgurin, inspecteur de la province de Binhdinh, que ses chefs avaient maintes fois envoyé en exploration de l'autre côté des niontagnes, et qui, avec une faible escorte, rêve, ûait d'une expédition analogue, quand il croisa la colonne de M. Luce. Il reprit avec elle le cheimin du Mékhong, pour la guider de son expérience dans ces chemins qu'il venait à l'instant de parcourir, et dont il venait d'apprécier la valeur et la sécurité (i).

(1) Le rapport de M. Grosgurin sur cette mission, la dernière «ju'il accomplil, comporte les détails les plus précis sur les communications de Vinh au Mékhoncj. Il est daté de Napé, le iermai

En même temps que la mission spéciale < M. Grosgurin, rentrait celle que le Protector avait chargé le trihuyên Luongvanmy de faire da Tranninh. D'après ce dernier, qui avait parcou des régions où un Européen isolé eût beaucoi risqué à s'introduire, le frère puiné du roi i Siam résidait à Nongkhay, avec mille Siamois £ mes de fusils à tir rapide. Le Phra Niw^et et. défaché au Tranninh avec 200 réguliers et 3 miliciens; le PhraKéo occupait le huyènde Khs avec 200 linhco répartis en huit postes, [HatL Kham, Nonghat, Canhkuôn, Namchan, Kheke Moc-huyên, Samla]. Le Tranninh était alors rel à Nongkhay par une route de huit étapes. Luon vaiimy disait qu'un fonctionnaire fi'ançais étîJ venu à Luang Prabang et avait dressé des pî villons sur Xi'engsoi, Xiengsen, Xiengkhan, Xiei kouang ; il était accompagné environ de 100 jk^ teurs (Comme Luongvanmy ne précisait pas

l>ï03, et doit être consulté par tous ceux, colons ou .idrnini^"" It'iiis, (jiii ont afTaire en ces rcfjions. Détails infércsSîinls sur h.iinc de partaije des eaux, sur le col de Topman (TûO", roi do llatrai à Napé), sur les erreurs d'altitude et de cheniincoie do la carie? jn'oviboire d'Elat-Major, sur la voie fluviale de ^" a Haïrai. — Les chemins préconisés par M. Cîrosynrin pour roîidrc au Mckliony son! : A. de Napé à Cam Mon, Ken<jki«?<' JIt)iil.Mi (() jours). — lî. de Napé a Pliuova et Lakhùn (G jo"''- — C. de Napé à Nakhai et Attamat (5 jours).

dsi^te, il se poovait qu'il fit allusion aux malheure' uses tentatires de M. Massie). Le trihuyen de L^sin, dans le phu de Tranbien, réfugié à Camcot^ disait que les Siamois avaient mis des soldats dans le Tranbien, et y agissaient comme au Tranninh (i).

M. Luce partit de Napé, le i8 mai, avec Mm. Grosgurin et Soler, et seulement 50 gardes civils; on savait cependant qu'il allait avoir affaire, dès CamMôn, au principal rassemblement de Siamois sur le territoire laotien, et au Khaluong F^hrayot, dontUaudace et la cruauté n'avaient pas '^issé un seul instant de répit aux autorités fran- Ça^ises qui le surveillaient, ni aux populations qu'il pressurait. Arrivé le même jour àCamMôn,M.Lu- ^e essuya les refus hautains du Khaluong, etTat- ^itude insolente des Siamois ne put être punie ^omme il aurait fallu, pour donner tout de suite ^ux populations nombreuses qui suivaient avec Curiosité le différend, ime juste idéede notreforce t^t de notre énerçjie. M. Luce fut obligé de temporiser, pour attendre un maigre renfort qu'il avait fait demander en toute hiite ;et ce ne fut que le 22, après de longs pourparlers pénibles, dont la trace subsiste encore, que, par ruse encore plus

(l) Rapport du trihuyen Luong au Comat, 24 mai 181)3.

que par force, M.Soler put faire évacuer le poste siamois. Le Khaluong et sa troupe en sortirent, convaincus de notre bon droit, mais convaincus aussi de notre infériorité matérielle ; cette conviction donna tout de suite au Khaluong dépossédé, l'idée de tirer de son affront une éclatante vengeance ; il écrivit dans ce but aux Khaluongsqui commandaient à Nongkhaî (rive droite), et il trouva malheureusement en eux des auxiliaires empressés (i).

M. Luce, avec les 75 hommes dont il disposait (2), ne pouvait pas s'aventurer hors de Cam Mon; il fît demander des renforts. Il semble que le Gouvernement général se soit fort abusé sur la facilité de sa mission. Déjà, M. de Lanessan s'étonnait que M. Soler ne fut pas entré, sans attendre une minute, dans le poste de CamMi^n, où se trouvaient, à l'abri d'une excellente fortification, 3o siamois bien armés (3). A la demande de renforts qui lui était instamment adressée, il répondait qn'on eût à employer, pour dépenser le moins

(1) Télégramme de M. Luce au Gouverneur général, 3 juia

(2) La brigade volante mise à la disposition de M. Luce comprenait alors 235 hommes disséminés un peu partout (Lettre de M. Brière a M. de Lanessan. Hué, 3 juin 1893).

(3) Télégramme de M. de Lanessan à M. Briére : Doaoo, 8 juin 1893, no 129.

Possible, les linhco des mandarins, qui servent t>îen plus souvent de bourre urs de pipes, depor- ' ^ urs de palanquins et de bourreaux, que de soliets. Et, comme on déclinait l'offre de j)areils ^xixiliaires, le Gouverneur général prenait philos ophiquement son parti de l'impuissance de M. Lu- Cîe, et répondait qu'il était bien inutile de faire aucunes levées de troupes, puisqu'il fallait se résiçjner à ne pas sortir de CamMon! (i)

M. Luce ne pouvait penser qu'une telle réponse jDÛt être faite à ses instances ; d'ailleurs, il ne pouvait supporter auprès de lui la présence menaçante du Khaluong Phrayot, qui, chassé de son poste, refusait d'évacuer de bon gré le territoire. 3M. Luce chargea donc M. Grosgurin de reconduire au Mékhong le mandarin récalcitrant ; il ne put lui donner que 25 hommes, lui promettant dédoubler ou de tripler cet effectif à l'arrivée des renforts. M. Grosgurin partit de Cam Mon le 25 mai, et le 3 juin. Je refu^ des renforts fut transmis à M. Luce. C'est à cette mauvaise volonté ou à cette inconscience du Gouvernement général qu'est donc due la tragique aventure de Kengkiec.

Le 6 juin, M. Luce télégraphiait que les déta-

(1) Télégramme de M. Brière à M. de Lanessan (Hué, 3 juin 1893), et réponse de M. de Lanessan à M. Brière (Doson, 3 juin

1833, no 130).

chements de Muongson, Yenson, Bancoc et Phu- \va avaient repassé le fleuve sur la rive droite, que le Khaluong^ escorté par M. Grosgurin, était arrivé le 3o mai à Kengkiec, sur le Namhinboùn; mais que M. Grosgurin y était tombé fort souffrant et ne pouvait aller plus loin(i). M. Grosgurin allait payer cruellement l'imprévoyance du Protectorat.

LesKlialuongs deXongkhaî etdeHouten avaient répondu par une immédiate adhésion aux projets de vengeance, que, dès son départ de Cam Mon, leur avait proposés le Khaluong Phrayot. A l'arrivée de celui-ci à Kengkiec, ils passèrent sur la rive gauche, se tenant à la disposition de Phrayot. La maladie de M. Grosgurin leur parut une circonstance favorable pour mettre à exécution leur traîtrise. « Le Khaluong de Cam Mon a « fait venir de Houten une bande de 200 Siamois <( armés; le 5 juin, il a fait entourer la maison « de M. Grosgurin, et Ta tué lui-même d'un coup « de revolver, et a fait massacrer l'escorte (2) ».

— « La troupe de 200 siamois, commandée « p;ir 3 khaluongs, s'est rendue, avec Phrayot,

(1) Tt'lô.|ra:nine de M. Luce au Gouverneur général; Cam Mù.i

(2) T«'l('.|riunine de M. Luce au Gouverneur général. CamMùn^

î' juin i<S),

-<c à la maison de M. Grosgurin, qui est descendu <c pour lui parler. Puis il ^st remonté, suivi des ^« quatre khaluongs armés, pendant que les Sia- -^ mois entouraient la maison, serrant de près -« les gardes civils. Ceux-ci avaient pris leurs ^ fusils; mais M. Grosgurin leur défendit de s'en « servir, disant que les Siamois venaient pour ^ causer et non pour se battre. Quelques ins- "« tants après, et tout en parlant, le khaluong de ^ Gam Mon lui tirait un coup de revolver à bout « portant, et en même temps les Siamois se « jetaient sur les gardes civils: ceux-ci furent « écrasés sous le nombre ; les Siamois pillèrent ^ la maison et Tincendièrent. L'attentat du kha- « luong a été voulu et prémédité ; car il faut trois ^ jours de barque pour descendre de Kengkiec ^ à Houten, et quatre à cinq jours pour remon- ^ ter. La lettre de Phrayot aux Khaluongs de ^ Houlén a donc été envoyée environ huit jours ^ avant le 5 juin, c'est-à-dire au moment où ^ M. Grosgurin est tombé malade (i). »

Ce monstrueux guet-apens terrorisa d'autant plus les populations riveraines qu'il fut impossible, avec les effectifs réduits dont disposaient les *^rançais, d'en tirer la plus mince vengeance. Le

(1) Flapport de M.Luceau Gouverneur général. Doson, 27juia

garde principal Haguet, envoyé aux renseignements avec 15 hommes, ne put pas même arriver jusqu'à Kengkiec (i). M. Luce réclamait 500 hommes pour chasser les envahisseurs de Cam- • cot et de Kengkiec. Des Siamois, partis de Saniaboury à l'annonce de Taflaire de Kengkiec venaient piller jusque sur la route de Cam Mon (2). Phamdinhphung, le chef des rebelles du haut Thanhoa, Tancien comparse du Docngu,. se dirigeait, par les montagnes, vers Camcot.

Muongvang à deux jours de Napé, venait d'être enlevé par un parti ennemi. Devant cet afflux d'inquiétantes nouvelles, M. Brière avait prescrit à M. Mahé, à Vinh, d'envoyer tout le renfort possible à M. Luce ; mais on n'avait pu disposer que de l'inspecteur Hugueney avec 60 hommes ; M. Brière réclamait donc avec la dernière énergie l'envoi des 5oo hommes dont M. Luce avait depuis si longtemps imploré la levée et la venue (3). Mais M. de Lanessan ne se départit point de son flegme ni de sa résolution première. Après avoir interdit que l'expédition française sortît de

(1) Rapport de M. Luce au Gouverneur général. Dosoo^ 27 juin 1893.

(2) Télcfjramme de M. Luce au Gouverneur généraL Câm Mon, 10 juin 1893, n. 15.

(3) Télé(jramine de M. Brière au Gouverneur généraL Hué, 13 juin 1893.

Cam Mon (i), il profita d'une indisposition de M. Luce pour le rappeler auprès de lui, et se dispensa d'envoyer à Cam Mon des renforts, et même le successeur de M. Luce (2). L'inspecteur Soler prit donc le commandement dans ces conditions déplorables, et la garde indigène se trouva livrée à ses seules ressources dans la région soulevée de toutes parts. C'est un des meilleurs titres à la renommée des milices d'Annara d'être honorablement sortie d'un si mauvais pas. La situation demeura sombre pendant tout le mois de juin ; on obtint quelques détails sur les suites du guet-apens de Kengkiec, par la rentrée des fuyards.

« Ce n'est pas le klialuong de Cam Mon qui a « tué M. Grosgurin ; c'est un autre khaluong « qui a été aussitôt tué par un milicien. Six mil/ « ciens ont été tués. Grosgurin a été à-demi « brûlé. Trois jonques de siamois blessés sont « descendus à Vien Casen, où un poste est cons- « truit dans une gorge du Namhinboun ; d'autres « sont à Nakhai et Bannahin; Phrayot a emmené « les habitants de neuf villages. Du côté de

(i) Tclcyrainine de M. de Lanessan à M. Brière. Doson, 15 juin 1893.

(2) Tclcfjramme deM.de Lanessan à M. Brière. Doson, 17juin

-« Nongpîng où les Siamois du Phuwa construi- « sent un poste, le garde principal Haguet et « 50 miliciens sont détachés (1). ».

Les rassemblements de rebelles se firent si nombreux et si menaçants que la situation de M. Haguet à Nakhai devenait assez précaire, et que M. Soler jugeait bon de l'inviter à se replier sur Cam Mon (2). Cet ordre n'arriva pas à temps : 250 Laotiens marchaient sur Nakhai avec une telle rapidité, que la retraite de M. Haguet eût été une déroute ; il préféra les attendre de pied ferme, et fit bien (3). Le combat de Nakhai, engagé en désespoir de cause, fut un triomphe pour la garde indigène de TAnnam : les Laotiens lâchèrent pied au bout de quelques heures de combat, laissant sur le terrain plus de morts qu'ils ne comptaient d'adversaires (4). Les Siamois de Phuwa évacuèrent précipitamment leurs positions, et le khaluong Phrayot, à Kengkiec, suspendit tout mouvement en avant, attendant de Nongkhaï des

(1) Tclctjramme de l'inspecteur Soler au Gouverneur général. Cam Mon, 21 juin 1803.

(2) Tclcyramme de M. Soler au Résident supérieur en Annam. Cam Mon, 7 juillet 1893, no 20.

^3) Tcléjramme de M. Soler au vice-rcsident de Vinh. Cam fôn, 8 juillet 1893, no 22.

(4) Télégramme du vice-rcsident de Vinh au Gouverneur-géné- .•al. Vinh, 12 juillet 1893.

velles et des ordres (i). Cette hésitation des nois dura tout un mois ; puis, voyant que leurs amontades n'avaient plus d'effet sur personne, jue, à une heure de Kengkiec, le Khaluong ayot lui-même ne pouvait plus faire recoure son autorité, ils levèrent un à un tous leurs tes, et la rive gauche du Mékhong fut entièlent évacuée. L'heureux combat de Nakhaî tait ainsi des fruits imprévus (2). e Conseil Secret et la cour de Hué témoigné— t officiellement de l'enthousiasme des populas; mais, au milieu des respectueuses félicions qui étaient apportées au Protectorat, le lat faisait remarquer, avec sa coutumière hâté politique, que les rebelles annamites du nninh avaient rendu la tâche diffîcile aux coles françaises. Le célèbre Phamdinhphung ^ait pas voulu quitter le théâtre de ses ancienrapines, et s'était réfugié dans les montagnes Juihop. Le pirate Bachxi était dans le nord, )écliaa, avec 100 fusils, avait suivi les Siamois la rive droite. Le Comat demandait, avec e raison, qu'on achevât la pacification de ces

Tjlégramme de M. Soler au Gouverneur-général, Cam Mon, li'Jet 1S03, no 2i.

t Télégramme, de M. Solcr au vicc-rcsident de Vinh. Keng—

, 10 septembre 1S03, no 40.

régions par la chasse aux rebelles (i). On peut voir dans la « Politique Indo^chiaoise » avec quelle vigueur la mena M. BouUoche, intérimaire de M. Brière à Hué (2).

Sur la proposition de M. Soler, et sur avis conforme de la cour de Hué, au service de trams fut immédiatement installé entre le Nghéan, Hatinh et la région de Cam Mon, par Hatrac et Thinhlai. Quatre jours de poste portaient les correspondances depuis l'ancienne limite de ces provinces jusqu'au nouveau poste administratif (3).

L'inspecteur Soler reçut, pour la région de Cam Mon, la même charge et le même titre que l'inspecteur G^irnier pour la région de Song- Khôn. Comme la région n'avait pas été parcourue au moment de la réoccupation française, l'installation provîsoTe des centres ne pouvait pas s'y faire bien rapidement; M. Soler passa Tau-

(1) Lettre du conseil secret au Résident supérieur en Annam, 19 août 1893. '3i peut ♦'oir d.ias cette lettre quei singulier tarif suiyaifiPt les Siamois .Jan:; Xi perception de leurs impôts ; Uii jeune homuie f^it payait 1 dollar; ..i:i8 jeune Sllc pubère payait 4 !igatiires ; le chef d3 fimiile dc!)ou**f.ait la jjième somme de 4 liijalures pour chaque tète de porc! Un huflle Stait imposé trois fois la valeur d'un jeune homme. Chaque imposé devait en plus cent soucoupes de riz mensuelles, qui étaieni; transportées À l'un deS centres de la rive droite.

(2) La Politique Indo-Chinoise (Savine, éditeur).

(3) Lettre du conseil secret au Késident supérieur ea Annam, 11 novembre 1893, no 478.

^omne et le commencement de l'hiver en des ex- 3)Iorations qui le menèrent au Mékhong par les Tallées du Konglo et du Namhinboûn. Il y constata partout un grand enthousiasme pour la nouvelle domination et une tranquillité relative. Mais le voisinage assez prochain du grand commandement militaire (ip mille hommes) que Siam entretenait à Nongkhaî, ne laissait pas que de maintenir dans le pays quelques vagues inquiétudes, sans grandes conséquences d'ailleurs (i). Cette région, pressurée et intimidée par le khaluong Phrayot, devait se remettre plus lentement que d'autres de l'invasion siamoise. Ce mandarin, en réintégrant son pays, avait procédé à une véritable déportation sur la rive droite du Mékhong des riverains du côté gauche. Cet exemple devait être maintes fois suivi. Comme la population du Laos est loin d'être dense, et que les agglomérations principales du Mékhong se trouvaient toutes déjà du côté siamois, de tels procédés, contraires au droit des gens et à la lettre des traités, portaient le plus grand préjudice au;: régions reconquises, et retardaient singulièrement notre établissement dans un pays où la

(1) Télégramme de M. Soler au Résident supérieur en Annaiii« Konglo, 3 octobre 1893, no 41.

main d'œuvre était si rare. C'était là l'application d'une théorie Lizarre que les autorités de Nongkliaï avaient émise : que, si la terre était aux Tranmis, les habitants restaient soumis au S.'am, et n'étaient pas relevés du serment de fidélité rrae leurs cliefs avaient prêté pour eux (i). Celait sans Joute pour leur faciliter l-'oI)servance de ce serment que les déportations avaient lieu, réi-éraleiiient par l'intimidation, parfois par la violence. Ces actes se renouvelèrent souvent ; ils ont encore lieu en divers points, et ils constituent un liîirje toujours pendant, ainsi que Tun des fjiands obstacles au libre exercice de notre nutoriîé, auquel nos administrateurs laotiens devront prêter une attention vigilante et continue»

o, — Oprrations an nord du Cambodge.

Avant d'entrer sur le territoire du Cambodge, le ]\Iéklnjnq descend plusieurs marches d'un escalier géologique assez rapide ; les communications et la vie commerciale, que les fleuves favorisent toujours, se trouvent ainsi interrompues

d) Téléjrainme de M. Urière au Gouverneur général. Hué^

12octubre 1803, no 270.

s: limites mêmes de notre Protectorat ; il était portant, pour ne pas laisser nos établissements

haut Mékhong isolés du cours inférieur du vive, et aussi pour mettre la main sur quelques ntres assez considérables, qu'une démonstra- •11 fût faite aussi de ce côté, et vint attester par

coïncidence avec les autres, la coordination

nos efforts.

De Sambor, ancienne douane cambodgienne, s qu'aux environs de Bassac, les dépressions le subit le Mékhong s'accusent principalement IX rapides de Préapatang, de Caprien, de Cakeo

de Khôn (les rapides de Khôn forment une accession de cinq barrages et courants, au milieu es passes assez difficiles de l'archipel de Khôn). ies différents rapides ont été étudiés et franchis 'Our la première fois par MM. Réveillère et de ''ésigny (i). Au nord de ces difficultés, et sur un leuve pacifié, se trouve la grande île et l'archi- •gI de Khong. (Pour éviter ici les confusions qui ^ sont produites, même officiellement, entre les ^s de Khôn et de Khong, nous laisserons à cette <^i*nière, qui est la plus septentrionale, son nom ^^tien de Sipanhdôn). De là, les bateaux peuvent

Cl) Le haut Mékhong et le Laos ouvert (Fisbacher, 1892), par contre-amiral Réveillère.

atteîndrfe sans peine Kemmarat, où avaient al on s'en souvient, nos détachements de la co de Songkhôn, et où s'élève un autre degré f dans le bief supérieur du Mékhong.

Le gouvernement de la métropole avait ii particulièrement sur l'importance qu'il y pour nous à paraître dans le bief médian ( Sipanhdônet Kemmarat). L'expédition, que ; Lanessan conduisit sur des ordres directs, c dessus le Résident Supérieur du Cambodg s'écartait pas sensiblement de sa base d'oj tions (frontière cambodgienne), et de sa ba ravitaillement (ligne du Mékhong). Elle n donc pas bien difficile à préparer et à duire. Elle fut prête dès le commence d'avril.

Elle fut dirigée par M. le chancelier Bas chef du cabinet de M. de Vernéville, auqu( adjoint le capitaine Thoreux avec une comp:

de tirailleurs indigènes. Le Cambodge et h :^hinchine n'ayant pas de forces de pohce iaires des gardes civiles du Tonkin et de l'An on utilisa les troupes coloniales que l'on sous la main à Saîgon. On ne se rendit pas désirs do Norodom, roi du Cambodge, qui o d'opérer des levées de volontaires, comm( se fut agi d'une guerre nationale.

Le pr avril, la ville de Stungtreng, centre important au confluent du Mékhong et du Séihong (Sesan et Srepok) était prise par la colonne Bastard, et le mandarin siamois qui y commandait, et dont les colons et les explorateurs ^rançais avaient longtemps déploré l'arrogance, * évacuait immédiatement. L'île de Khôn fut ateinte le lendemain; on franchit à terre l'espace les barrages. Le 8 avril, le bief médian était itteiat, et le pavillon français flottait sur Sipanhiôn. On peut reprocher à M. Bastard trop de ciélérité dans l'action, par le désir qu'avait M. de Lanessan de frapper un grand coup sur l'opifiion en France. M. Bastard ne prit pas, comme le firent plus tard MM. Luce et Dufrénil, la précaution d'établir des postes et de garder ses Communications ; il entra même à Sipanhdôn avec sa seule escorte, laissant le capitaine Thoreux et ses soldats assez embrouillés dans les rapides du Mékhong.

L'expédition se ressentit de cette précipitation. A la fin d'avril, le capitaine Thoreux dut retourner dans le sud, pour établir une ligne de Convois ; en remontant avec le premier convoi par le fleuve, il fut poussé par le courant sur la rive siamoise, où son détachement et lui furent immédiatement faits prisonniers. En même temps,

une colonne siamoise allait investir le poste de Khôn privé de son chef. Sipanhdôn était précipitamment évacué.

Le gouvernement français ne fut averti de cet incident que par des dépêches de source anglaise qui le grossirent à leurs habitudes et allèrent jusqu'à annoncer la destruction entière de la colonne, et la mort de M. Bastard (i). Le silence d.^, M. de Lanessan, qui se disait mal informé, et qui, en tout cas, n'avait point de plaisir à annoncer l'échec de sa seule combinaison personnelle dans la question siamoise, augmenta quelques jours les doutes e-t les inquiétudes. Enfm, quinze jours après l'événement, M. de Lanessan, devant les demandes réitérées du gouvernement^ et du Parlement qui commençait à s'émouvoir, remit les choses au point. Le capitaine Thoreux était prisonnier à Sipanhdôn; le poste de Khôn ciail toujours bloqué. M. Bastard amenait sur le (liéilfre de l'incident une colonne de volontaire» cainbodrjiens, qui se trouvait déjà àStungtreng(2), Celte colonne dr'bloqua Khôn, occupa définitive-

(l) Dt'>j»!-c'he de I3an«jkok, adressée au journal le Stundard^

1=) iii.ii l.<;)3.

cl) Ti'lc.jramîiie de ^^. de Lanessan au sous-sccrclariat des Co^

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