ACTE DEUXIÈME
CYPRlbN.
La voilà, votre force... la voilai vous représentez pour moi la fille de Pharaon. Je suis votre petit Moise ! La voilà, votre force!... Ax<ic un sauveteur ordinaire, j'en étais pour vingt-cinq francs !
ANDRÉE
Ah ! vous ployez sous la reconnaissance !
CYPRIEN
Non, sous le ridicule !
Où voulez-vous en venir?
CYPRIEN
Que m'avez-vnus donné jusqu'ici en échange de mes protestations d'amour?... Voyons, voyons, im peu de logique! Que m'avez-vous dit en me mettant ce carcan? (il montre son bras.) Vous m'avez dit : « La fatalité a voulu que je fusse mariée à un homme que je n'aime pas... Je ne serai jamais qu'à vous. . Attendez !... » Attendre quoi?
ANDRÉE
Le divorce.
CYPRIEN
Vous en êtes encore là!... Nous ne sommes pas au bout!... Voilà un an que je pose... si vous croyez que c'est agréable !... Je suis une nature... une nature exubérante 1... En faut plus de la guitare!... Et j'étais venu dimanche au-devant de vous, plein d'espoir... je comptais sur l'effet des orangers en fleurs... des effluves printanières... Et crac ! une scène... Que dis-je !... une série... à la noire... et pourquoi ?... Parce que je n'avais pas au bras la brochette de votre père... Eh bien, j'en ai assez de cette vie !
ANDRÉE
Assez I
CYPRIEN
J'en ai assez !... une femme comme vous, on l'épouse... ou on la quitte.
Osez donc.
CYPRIEN
Il i'aiit que cette situation cesse... Nous reprendrons, vous et moi, notre liberté. Je briserai cette chaîne.
ANDRKE.
Vous?
CYPRIEN
Oui, moi.
ANDRÉE
Jamais!... vous m'entendez?
CYPRIEN
Jamais! Cette chaîne, je la briserai... comme je brise ceci.
Il saisit une potiche et la met en pièces. Ronohin paraît à la porte du fond.