ACTE PREMIER
comprendre : je n'avais trouvé que ce moyen pour connaître les secrets d'Andrée... emmener en partie fine sa camériste, la faire boire et la faire jaser. Elle n'a pas jasé... oh! pas du tout... mais ce que j'ai bu... elle seule et le sommelier le savent!... Et tout ça pour ne rien apprendre, mille tonnerres!... Oh! Andrée... Andrée!... inqualifiable conduite! Ah! je suis un mari unique; je suis l'ange du dépôt... oui, l'ange du dépôt... car ce n'est pas une femme que j'ai épousée, c'est un legs, un legs de mon compagnon d'armes Gardavant! A sa dernière heure, il me fit venir : Ronchin, me dit-il, je te confie Andrée; tu l'as vue naître, toi seul peux veiller sur elle!... Je ne pouvais mieux interpréter la volonté de Gardavant qu'en épousant sa fille!... Gré coquin!... fichue idée!... Ce fut aussi l'avis d'Andrée qui, le soir des noces, me flanqua à la porte, en me jetant à la figure cette phrase qui ne sortira jamais de là : « Vous vous êtes donné la mission de veiller sur moi! Eh bien, veillez! » Eh bien, oui, je veille, madame Ronchin! Si jamais l'amoureux me tombe sous la main, il apprendra ce que vaut la colère d'un capitaine de la Territoriale... et je le découvrirai, le polisson!... mais sauvons les apparences... on ne m'a pas vu rentrer... J'aiYive à temps ; Cyprien et Gilberte ne s'apercevront de rien. (ll va pour entrer à ganche, ses yeux s'arrêtent sur une dépêche ouverte laissée flans un panier à ouvrage, sur la table
du jardin.) Une dépèchc adressée à Gilberte !... Andrée, ma femme revient de Nice par l'express de ce matin!... Sapristi! que j'ai bien fait de pincer son coffret! (voix de
Pierrette et de Victoire.) FiloUS!... allonS nouS mettre en
tenue du matin.
Il sort à gauche par le perron.