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trats et le jury dans l'affaire Zola, qu'on nourrit tout un ensemble de communications faites à la presse pour égarer l'opinion publique tout entière.
La fraude est dévoilée ; Henry se tue. C'est la ruine de l'Accusation. « Toute l'affaire s'écroule dès que le dossier « contient un faux », à dit avec raison M. Watlinne, alors qu'il le constituait avec le général Gonse à l’aide de pièces que leur fournissait Henry (1). « Un dossier où il y à un faux « — s'écriait le général de Pellieux en apprenant le suicide « d'Henry et ses causes, — est un dossier suspect ; on ne « peut pas condamner sur un dossier suspect ; non seule- « ment la revision s'impose, mais la cassation du procès ; « on ne peut pas réunir un nouveau Conseil de guerre pour « lui donner à juger sur un dossier contaminé (2) ». Et dans son indignation trop légitime, il écrivait au Ministre de la Guerre sa lettre fameuse : « Dupe de gens sans honneur, « n'ayant plus la même confiance dans ceux de mes chefs « qui m'ont fait travailler sur des faux... (2) »
Mais la revision, c'est dévoiler les agissements du général Mercier ! C'est l'exposer à cette mise en accusation qui le menace et qu'il faut écarter de lui, füt-ce au prix du sacrifice de l’'innocent ! C'est ce cri que nous recueillons sur les lèvres du général Gonse, lorsque le lieutenant-colonel Picquart insiste auprès de lui sur la nécessité d’une information contre Esterhazy (4). C’est l’aveu qui échappe à M. du Paty de Clam devant la Chambre criminelle. «La communication « des documents faite en 1894, ce qu'on appelait le petit « dossier, pouvait entrainer la mise en accusation du Minis- « tre d'alors, et notre devoir d'anciens subordonnés du « Ministre nous obligeait à faire le possible pour le couvrir « jusqu'à l'heure où il jugerait à propos de se dénoncer lui- « même (5). » — Mentalité assurément étrange, qui montre à quel degré le sens moral faussé peut abaisser des hommes qui, de propos uélibéré, ne craindront point de commettre les actes les plus coupables avec celte conviction sans cesse affirmée depuis qu'ils se sont ainsi conduits en bons citoyens
1) Wattinne, Enq. crim. 1, 867.
2) Ducassé, Enq. crim. I, 714.
) Ducassé, Enq. crim. I, 714.
) Picquart, Rennes I, 442. — Cpr. général Gonse, Enq. crim. I, 221. )
( { ( ( (5) Du Paty de Clam, Enq. crim. 1, 191-192.
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gen soldats disciplinés et dévoués, en serviteurs bien mérilants de l’armée et du pays !
Mais le général Mercier ne parle pas ! Rien ne peut cependant empêcher la revision. Sous le coup de la découverte du faux qui les foudroie, le général de Boisdeffre, le général Gonse donnent leur démission. En vain M. Cawvaignac que tout aveugle, le général Zurlinden qui va jusqu'à faire poursuivre le lieutenant-colonel Picquart, dont il a dù depuis publiquement reconnaitre l'innocence, le général Chanoine, s’opposent-ils à la revision. [ls quittent l'un après l'autre le Ministère et le premier acte de la réparation s'annonce.
Mais déjà l'Accusation a changé ses batteries. Le général Roget a transporté le bordereau à la fin d'août ou au commencement de septembre ; et, tandis que le lieutenant-colonel Picquart, que l'on tient pour la cheville ouvrière de la défense, est traqué, accusé, poursuivi, arrêté, et va désormais ne plus comparaître devant la Justice que comme un témoin disqualifié et suspect, par une manœuvre non moins audacieuse, on invente les « aveux de Dreyfus », qui vont devenir la charge décisive dont tout le reste ne sera plus que l’'appoint.
La légende s’évanouit à son tour dès qu'on la presse. L'arrêt des Chambres réunies du 3 juin 1899 la condamne et ne permet plus qu'on en fasse désormais état : les instructions du Ministre défendent qu'il en soit dorénavant question.
A la satisfaction du général même qui les à données, elles sont systématiquement, résolument méconnues, et, devant le Conseil de guerre de Rennes, une évolution nouvelle cherche à redresser l'Accusation, en lui donnant pour fondement et les prétendus aveux dont vous avez déjà jugé l’inanité, et la discussion technique du bordereau, .gràce à laquelle on jette aux débats indéfiniment étendus tout. un ensemble de faits que n'ont visés ni le rapport, ni l'ordre de mise em jugement : livraison des plans directeurs, obus Robin, chargement des obus à la mélinite, cours de l'Ecole de guerre, livraison de la minute Bayle, de l’organisation militaire des chemins de fer, — enfin la cryptographie de M. Bertillon rajeunie et remaniée, d'autant plus dangereuse qu'elle est plus inintelligible. — En même temps, pour étayer cet échafaudage, on ne reeule devant aucune manœuvre
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racolage de faux témoins, pressions multiples sur les témoins qui résistent, suppression des pièces favorables à la défense, fabrication ininterrompue et production de nouveaux faux ; -— en même temps que tout un travail soulerrain s'opère dans l'ombre el répand autour du Conseil de guerre le bruit insaisissable et manifestement faux du bordereau annoté.
Tout cela s'est encore métamorphosé devant vous. Et si de tous côtés les faux apparaissent et surnagent, si les déclarations erronées sont dévoilées, si les témoins les plus ardents doivent avouer eux-mêmes ce qui n’est plus niable, un nouvel effort jette au débat les mathématiques pures, les calculs de probabilité, Fencoche, les accusations de faux prodiguées contre tous, sans que la moindre preuve — est-il besoin de le dire ? -— vienne étayer cette allégation effrontée.
Comme si le bon sens était banni de cette enceinte ! Comme si l'audace débridée pouvait suffire à faire illusion ! Comme s'il suffisait de crier fort pour couvrir la voix de là raison et de la Justice ! Non ! la vérité n’a point toutes ces faces : elle est une et simple, et tant d'efforts pour la voiler ne sauront empêcher qu'elle ne triomphe enfin et ne réduise au silence ses obscurs contempteurs.