‹ L'affaire DreyfusChapitre 100 sur 178 · VARIATIONS DE L'ACCUSATION · texte numérisé non relu

VARIATIONS DE L'ACCUSATION

Si, des Ministres de la Guerre, nous passons aux juges des Conseils de guerre, et si nous recherchons les moyens employés pour déterminer leur conviction, le tableau n’est pas moins intéressant, ni l'étude moins instructive.

Nous avons maintes fois signalé déjà la tactique employée par l'Accusation ; véritable Protée, elle se transforme sans cesse dès que la fausseté de ses déductions apparaît, condamnant aujourd'hui ce qu'elle soutenait hier, sans souci des contradictions qui en résultent, renouvelant el prolongeant indéfiniment la discussion, et glissant après chaque défaite entre les mains qui cherchent à la saisir.

Verum ubi correplum manibus vinclisque tenebis,

Tum variæ illudent species atque ora ferarum (1).

Il n'est pas moins de cinq systèmes différents qu'elle a successivement soutenus avec une ténacité que rien n'a déconcertée.

Le premier reposait tout entier sur la similitude de l’éeriture de Dreyfus avec celle du bordereau. Base fragile, contestée dès la première heure, qui s’est effondrée dès qu'on à possédé l'écriture d'Esterhazy et qu'on l'a rapprochée de celle du document incriminé. A cetle époque, le bordereau était du mois de mars ou d'avril 1894 ; les manœuvres auxquelles son auteur annonçait qu'il allait se rendre étaient un voyage d'Etat-Major ; la note sur Madagasar était le rapport Mollard-Bernollin ; la pièce « Ce canaille de D... » s’appliquait à Dreyfus. Tout cela s'évanouil au premier examen SÉTIieUX.

Surgit alors le second système. Il se fonde à peu près exclusivement sur le dossier secret, que vient de garnir Henry, sur le faux qu'il vient Me fabriquer ; et c’est à l’aide de ces pièces qu'on surprend la religion du général Billot, qu'on trompe le général de Pellieux, qu'on dupe les magis-

1) Vfroile.

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