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L'on à beoucoup parlé de grandes feuilles de papier qu'Henry aurait demandées au commandant Walter et sur lesquelles il aurait passé toute la journée à écrire. Il n’en est resté aucune trace ; et pourtant elles n'ont pas été brülées par Henry, dans la chambre duquel on n'a retrouvé aucun fragment calciné (1). On s’est demandé, sans pouvoir répondre, s'il n’y avait pas corrélation entre la disparition de ces feuilles et la visite des capitaines Mareschal et Junck, qui disent n'avoir emporté aucun papier. È
Enfin le capitaine Junck a assisté à la levée des scellés apposés au domicile du lieutenant-colonel Henry et a déclaré
avoir rapporté divers papiers au Ministère (2). Cependant
l'existence de ces pièces demeure ignorée aussi bien au Cabinet du Ministre qu'à la Section de statistique. Ni le général Roget (3), ni Gribelin (4), qui en sa qualité d'arhciviste eût dû en recevoir livraison, n'en ont eu connaissance. Il est regrettable qu'on n'ait pris aucun soin pour les conserver,
ne fût-ce que pour justifier l’allégation du capitaine Junck,
qui les dit insignifiantes (5).
Il convient encore de signaler la déclaration que deux employés du Service photographique, Darly et Bohnholtzer, ont faites au Ministère de la Guerre, le 27 octobre 1905 (6), et qu'ils ont confirmée devant la Chambre criminelle. Le lendemain ou le surlendemain de la mort d'Henry, à la suite d'un triage fait par les capitaines Junck et Mareschal, assistés du capitaine Fritsch, ils ont procédé à la destruction de cent cinquante clichés photographiques environ, en lavant
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la gélatine (7).
Il est vrai que Darly a rattaché cette opération à un changement d'atelier (8), et que le capitaine Junck a prétendu que ce déménagement, qui s'était effectué avant le départ du commandant Lauth, remontait à 1896 ou 1897 et était bien antérieur au suicide d'Henry (9). I] est vrai également que le
(1) Général Roget, Eng. crim. I, 609.
(2) Lettre du Ministre de la Guerre au Gouverneur militaire de Paris, M. G. dossier Henry. — Junck, Enq. crim. I, 504.
(3) Général Roget, Enq. crim. I, 609.
(4) Gribelin, Enq. crim. I, 917.
(5) Junck. Enq. crim. 504-505.
(6) Targe, Enq. crim. I, 60-61.
(7) Darly, Eng. erim. I, 304-305. — Bonhholtzer, Enq. crim. I, 304.
(3) Darly, Enq. crim. I, 305. |
(9) Junck, Enq. crim. I, 505. — Cpr. Mareschal, Enq. crim. I, 635.
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général Gonse, qui avait d’ailleurs quitté le service, a cru pouvoir l'expliquer par la nécessité où l'on se trouvait périodiquement de désencombrer les armoires (1). Le fait n’en reste pas moins anormal. Darly affirme qu'il ne s’est produit qu'une seule fois (2). Et le capitaine Mallon, sans contredire formellement les assertions du général Gonse, atteste qu'il n'a jamais donné d'ordre de cette nature, et qu'il n'a jamais eu connaissance de cette prétendue destruction périodique de clichés (3). On serait done en droit de conclure que, si elle est réelle, cette coïncidence de deux événements essenhellement anormaux, ie suicide du chef de la Section de statistique, et la destruction dans le service de 150 clichés photographiques, qui n'a que bien peu dégagé les armoires, puisque, lavant la gélatine, on conservait les verres, n'aurait pas été purement fortuite et qu'il existerait entre les deux faits une relation de cause à effet.
Tel est l'historique complet de ce fait considérable qu'on a appelé « le faux Henry ». Fabriqué pour perdre définitivement Dreyfus, ce document s’est directement retourné contre ses auteurs, et quoique l'arrêt du 3 juin 1899 ne l'eût pas relevé comme un des éléments de sa décision, 1l a, plus que toute autre circonstance, contribué à déterminer la première revision et à jeter sur toute l'affaire et sur les procédés de l'Etat-Major le jour le plus sinistre, en même temps que le plus éclatant. |