OS
Les renseignements lui ont été donnés (à Cernuszki) par un conseiller aulique de Vienne et par un officier allemand, M. Schænebeck, de Munich. Ce dernier pourrait bien être cet officier allemand condamné pour espionnage à Paris en 10%» (1).
Von Schoënebeck (Maximilien-Joseph-Wunibalden), né en 1863, était en 1892 second lieutenant dans un régiment de äragons allemand et détaché à l'Ecole de gymnastique de Berlin. Etant tombé malade, il avait à celte époque été passer quelques mois dans le Midi de ia France. De retour à Metz où était son régiment, il avait été mis à la suite et, vers février 1893, il était retourné dans le Midi ; quelque temps après il était retraité avec une pension de 700 francs. En 1894, il arriva à Paris : il y habita Hôtel de Magenta, du 23 mai au 10 juillet, puis 35, rue Marbeuf, du 10 juillet au 14 octobre, enfin à l'hôtel Terminus du 14 octobre au 13 novembre 1894, date de son arrestation pour espionnage pratiqué dans l’intérêt de son propre pays. La Cour de Paris le condamna à cinq années d'emprisonnement.
Si nous rapprochons ces éléments tirés de la procédure qui le concerne des déclarations de Cernuszkvy, nous constatans à l'évidence que ce témoin a été orienté vers la désignation de Schoënebeck, mais que Schoënebeck, son prétendu informateur, celui qu'il appelle « mon camarade », lui était personnellement inconnu et qu'il avait dû suppléer, en recourant à son imaginalion nettement mégalomane, soil à l’insuffisance des renseignements qui lui avaient été donnés, soil aux défaillances de sa mémoire ; car on se rappelle que,
d'après ies récits de Przyborowski, on avait eu toutes les
peines du monde à lui faire ia lecon. Ainsi quand Cernuszki parle de von Schoënebeck à M. Quesnay de Beaurepaire, il le représente comme « un officier en activité de service. » Dans sa déposition du 4 septembre, il depeint von Schônebeck comme étant, lorsqu'il avait fait sa connaissance en 1891, un officier supérieur du grand Etat-Major allemand, attaché à la personne du souverain, — alors qu'il était en fait lieutenant en second attaché à une Ecole de gymnastique. — Dans cette même déposition il énonce qu'il a retrouvé l'officier, c’est-à-
. dire Von Schoënebeck, à Genève, au commencement de sep- » tembre 1894. À celte époque, Schoënebeck habitait Paris où
(1) M. G. cote 159. Enqu. crim. I,.323.
l'informalion dirigée contre lui a constaté sa présence depuis le 23 mai 1894 jusqu à son arrestation, le 13 novembre suivant.
Plus loin Cernuszki allègue que, dans la deuxième quinzaine de septembre ou les premiers jours d'octobre 1894, il a rencontré l'officier (von Schoënebeck) à Paris :
A la suite d’une invitation qu'il me fit, dit-il, je me rendis un jour, vers trois heures, à l'hôtel qu'il habitait, Nouvel-Hôtel, rue
Lafayette, 49. Il rentrait au moment même où j'arrivais. Je montai dans sa chambre.
Et, d'autre part, la note aide-mémoire de Cernuszki porte:
Nom sous lequel le comte von Schoënebeck a été à Paris Monsieur Kostelleski, éditeur d'un livre de voyages de publicité de Munich : Adalbert strasse.
Recherches faites, on trouve bien sur le registre de caisse
de l'hôtel, rue Lafayette, 49, le nom de Kostelleski comme
tant celui d'un voyageur qui à occupé dans cet hôtel, les 4, 5 et 6 novembre 1894 une chambre cotée 6 francs. Mais outre que ce nom est des plus répandus et qu'il y a en Pologne des Kostelleski « comme il v à en Allemagne des Meyer et des Müller » (1) outre que, d'autre part, ce Kostelleski de Cernuszki aurait quitté Paris au plus tard dans la première quinzaine d'octobre, outre encore que la photographie de von Schoënebeck a été vainement représentée à la personne qui tenait l'hôtel en 1894, il est certain que von Schoënebeck ne lcgeait pas, en septembre ou octobre 1894, au n° 49 de la rue Lafayetle, mais qu'il habitait 35, rue Marbeuf, où il a demeuré du 10 juillet au 14 octobre puis à l'hôtel Terminus, du 14 octobre à son incarcération le 13 novembre. En cela donc encore Cernuszki était insuffisamment renseigné.
Enfin, toujours d’après la déclaration de Cernuszki, l'officier étranger aurait, deux jours ou peu de jours après son entrevue avec lui,« quitté précipitamment Paris,et son départ « aurait eu l'apparence d'une fuile ». Or, nous savons que Schoënebeck élait encore à Paris en novembre 1894 puisqu'il y a été arrêté le 13, y a été l’objet d'une information, puis en 1895 d'une condamnation à cinq années d'emprisonnement. Si bien qu'on se demande aussi comment, en 1899, Cernuszki
(1) Przyborowski, Enq. crim. II, 129.
Ro y AMAR QE he US Mur 4 AA Sr AN AN PEAU UNE PEN 5
a pu représenter von Schoënebeck retraité depuis 1893, incarcéré depuis 1894 et libéré depuis peu en 1899, comme en activité de service et comment il peut dire qu'il est resté depuis lors, « c'est-à-dire depuis 1894, en relations d'intimité avec cet officier ».
Une conclusion s'impose. C'était bien von Schoënebeck que Cernuszki entendait mettre en scène comme ayant eu pour fournisseur Drevfus. Mais Cernuski ne connaissait pas personnellement Schoënebeck dont il est, dit-il, devenu l'intime ; ii ne l'avait jamais vu et même il était très incomplètement renseigné sur son compte. Obéissant à ses tendances mégalomanes, comme aussi à l’opportunité d'élever le personnage à la hauteur de ses révélations, il a, d'une manière à la fois audacieuse et puérile (et certainement en cela de sa prepre initiative) transformé l'ex-second lieutenant attaché à une Ecole de gymnastique en un comte, offi- Cier supérieur du Grand Etat-Major allemand, attaché à la personne du souverain, et il a cru bien faire en déclarant qu'il continuait jusqu'à l'intimité d'aussi flatteuses relations.
La fausseté du témoignage s'accuse ainsi nettement. Mais ce n'est pas tout.
Le second informaleur de Cernuszki aurait été, d’après son canevas « Monsieur le conseiller aulique Mosetig (1) par l'intermédiaire de M. Adamovitch ».
Nous avons vu quel démenti formel avait été opposé aux allégations de Cernuszki par le docteur Albert Mosetig qu'il avait ainsi Mis en cause.
Non moins catégorique a été le démenti de M. Auguste Moselig, ex-commis principal (oberresident) au Bureau militaire du Ministère des chemins de fer d'Autriche-Hongrie, qui est certainement, nous allons le voir, le personnage auquel Cernuszki devait donner un rôle dans l'agencement de son récit.
Je n'ai jamais, a déposé Auguste Mosetig sur commission roga-
toire devant le Tribunal correstionnel de Vienne le 14 avril 1904 (2), causé de l'affaire Dreyfus ni avec un officier, ni avec
d'autres personnes, parce qu’elle ne ‘m'intéressait en aucune façon. Je n'ai d’ailleurs entendu prononcer le nom de Dreyfus
pour la première fois qu'à l'époque où les journaux autrichiens
(1) Paléologue, Enq. crim. I, 358.
(2) Auguste Mosetig, Enq.. crim. II, 120, 121, 122.
palin qi Ne Le a D VALAÉ Pubfe d ANT LA AT ù N FR”
DLL