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rapporté le propos, —3° à un sieur Adamovitch dont on sait seulement qu'il est Serbe el qui, à son tour aurait passé, — 4° à Cernuszki cette liste qu'on ne peut produire qu'à huis clos devant le Conseil de guerre qui n’est tout au plus qu’un cinquième dans la confidence. C'estle procédé d'échelonnement à échelons brisés, traditionnellement suivi dans la contexture des récits qui doivent être abrités de tout contrôle.
Przyborowski, qui a vécu longtemps dans l'intimité d’Auguste Moselig, son ancien collègue aux chemins de fer de l'Etat autrichien, a affirmé que, « si Gernuszki a déclaré au « Conseil de guerre de Rennes que Mosetig lui avait dit que « Dreyfus trahissait, il a fait un faux témoignage » (1).
C’est la conclusion qui s'impose aussi bien sur de rôle attribué par Cernuszki à Mosetig que sur le rôle assigné par lui à von Schoënebeck.
La fausselé du témoignage apparaît à un troisième point de vue avec la présence même sur la note aide-mémoire de Cemuszki, de certains noms, tels que ceux de Crémieux-Foa, d'Hoffmann, de Lebioisiet aussi de Guénée.
Crémieux-Foa ne figure évidemment à ce pilori que parce qu'il était israélite et parce qu'il est mort ; Cernuszki paraît avoir lui-même hésité devant l'accueil qui pourrait être fait à la mémoire d'unofficier mort sur le champ de bataille. Dans sa note, il a barré ce nom à tel point qu'il en est presque indéchiffrable. Et à l'audience du 6 septembre, après avoir dit qu'un des agents acquis à l'étranger était un officier tué à l'ennemi en Afrique, il a eu la prudence de se refuser à prononcer son nom.
Le décès de Guénée paraît expliquer son inscription sur ia liste. « Guénée, notre agent ! » s'écrie le général Chamoin (2). « J'ai trouvé cela risible », dit le général Roget (3).
Le nom de Leblois est celui de l'honorable avocat, ami du lieutenant-colonel Picquart, poursuivi avec lui pour divulgation de renseignements secrets dans des conditions que nous avons rappelées déjà (4).De là à l’inscrire sur une prétendue liste d’espions à la solde de l'Allemagne, il n’y avait qu’un
Q) Przyborowski, Enq. crim. II, 68, 69.
() Lettre du général Chamoin au Ministre, 6 septembre 1899; Enq. crim. IT, 61.
(3) Général Roget, Enq. crim. I, 612.
de Voir page 9228.
pas pour les organisateurs du témoignage de Cernuszki. Ajoutons que toutes les recherches faites sur les noms tronqués de Loebl, ou de Lebel n’ont fait découvrir qu’un nommé Nœbel où Lœbel, qui aurait habité l'Angleterre et y aurait reçu la visite d'un officier étranger suivant une indication vague figurant dans une note du 28 mars 1894. Aussi bien, ces noms imprécis paraissent bien dans la note n'être qu’une préparation à celui de Leblois, qu'il était peut-être difficile d’aventurer tout net, en même temps qu'une couverture, si une trop grande incrédulité manifestée exigeait une retraite sur ce point. A la dernière heure, comme pour le nom de Crémieux- Foa, Cernuszki a hésilé devant l’accueil qui pourrait être fait au nom de Leblois accolé à l'épithète d’espion ; il ne s'est plus souvenu que de la première syllabe : « Le nom commence par « Le... s'est-il borné à dire , impossible de retrouver la fin du mot. » (1)
Enfin, le nom d'Hoffmann est celui d’un étranger habitant Paris et paraissant dans une large aisance, contre lequel Cernuszki avait à exercer une rancune personnelle et qu'il avait déjà représenté comme un espion à l'agent Brücker.
Cernuszki — a dit celui-ci, — m'a dit que cet Hoffmann était un espion : je n'en ai d’ailleurs jamais eu la preuve... Cernuszki en voulait, parait-il, à cet Hoffmann. J'ai vaguement le souvenir qu'on aurait dit qu'Hoffmann avait dénoncé Cernuszk'. qui avait été obligé de se sauver d'Autriche (2).
Remarquons enfin que Cernuszki s'abstient de signaler Esterhazy, contrairement à ce qu'indiquait par erreur la Nouvelle presse libre du 5 octobre 1899.
Faut-il dans ces condilions s'étonner d'entendre Cernuszki, devant qui plus tard un témoin, la veuve Dollingen (3), contestait la culpabilité de Dreyfus, répondre : « Si ce n’est pas lui, c’est un autre », et s’excuser en alléguant qu’au moment où il avait fait condamner Dreyfus, il le croyait coupable. (4).
La valeur du témoignage porté par Cernuszki contre Alfred Dreyfus doit rationnellement et en toute équité se mesu-
) Cpr. Deglas, Enq. crim. II, 117.
) Brucker, Enq. crim. I, 162.
) V' Dollingen, Enq. crim. II, 111, 113.
) V° Dollingen, Eodem.
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rer à celle de ce même témoignage en ce qu'il vise concurremment Crémieux-Foa et Leblois. À ce troisième point de vue encore le témoignage est nécessairement faux. Mais ce n'est pas tout.
Nous avons vu que, dans sa note, Cernuszki énonçait que, vers la fin de mai 1896, il aurait reçu la visite d'un agent envoyé par le Ministre de la Guerre, auquel il aurait fait le récit objet de cette note, et que ce récit aurait donné lieu à la rédaclion d’un procès-verbal signé de cet agent et de lui, el où étaient cités les noms des personnes aux gages des puissances étrangères et en particulier celui du capitaine Dreylus 1H
Ce procès-verbal a été recherché infructueusement en 1899 au Ministère de la Guerre où, d’après une note du capitaine François, visée par le général de Galliffet, « il n'y en a pas même trace » (2).
Il ne paraît pas en effet qu'un procès-verbal répondant à la Note remise par Cernuszki au Conseil de guerre de Rennes ait élé jamais dressé, ce qui d’ailleurs n'eût rien prouvé. Mais de nouvelles recherches faites au Ministère de la Guerre ont fait découvrir deux rapports émanant de l'agent Brücker et datés du 20 juin 1896. On lit dans le premier :
Il y à un an ou dix-huit mois, le prince Cernuszki, sujet serbe, officier d'Etat-Major autrichien, à quitté l'Autriche précisément pour éviter son arrestation. Ce prince, malgré qu'il fût officier autrichien, eut toujours des amitiés pour la Russie, et, en plus, il écrivait dans les journaux contre la politique serbe qui fut à cette époque alliée de l'Autriche. Ce prince se réfugia à Paris : c'est ici qu'il fut prévenu par un ami de Vienne, haut placé dans le Ministère des Affaires étrangères autrichien, qu'il se méfie d'un certain Hoffmann fréquentant le grand monde à Paris, homme soldé par l'Autriche. Ce Hoffmann, par ses rapports mensongers, p. 422 est parvenu à faire demander l’extradition du prince Cernuszki ; mais la France a refusé. Ce prince, aujourd'hui marié avec une Française, Mile la comtesse de Serrurier, m'a promis de me fournir les renseignements sur Hoffmann, et en outre il me donnera les noms des Français haut placés qüi sont en relations avec Hoff-
mann. Le prince Cernuszki avait droit hiérarchiquement à la couronne de Serbie ; il a renoncé à ses droits (3).
(1) Cernuszki, Rennes III, 314.
(2) Note du Ministère de la Guerre, 5 septembre 1899. — Général de Galliffet, Eng. crim. 1, 899 et II, 61.
(3) Voir le texte complet : déposition du général de Galliffet, Enq. crim.
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Et dans le second rappert :
Il y a un an à peu près que le prince Cernuszki... a été dénoncé pour faits politiques par ce Hoffmann... C'est par un ami du prince, qui occupe un poste assez élevé au Ministère des. Affaires étrangères à Vienne que M. Cernuszki fut prévenu qu'il se méfie d'un certain Hoffmann... à la solde de l'Autriche, qui a été principalement chargé de surveiller le prince. Le prince doit. me
renseigner sur les relations de cet Hoffmann avec certains Français haut placés (1).
C'est à ces rapports que Brücker a seulement écrits, que Cernuszki a certainement fait allusion devant le Conseil de guerre de Rennes. On n’en peut douter, quand, dans sa lettre du 24 octobre 1904, il dit avoir été à ce sujet en relations avec l'agent Brücker. Mais à Rennes il faussait une fcis de plus la vérité, lorsqu'il représentait sa note du 4 septembre 1899 comme s’adaptant par superposition aux déclaralions qu'il avait faites à la fin de mai 1896 à un agent du Ministère de la Guerre. Pour ne par!er que du capitaine Dreyfus, on voit quil n'était nullement question de lui dans les deux notes inspirées à cette époque par Cernuszki et que ce dernier se bornait à dénoncer un adversaire politique, le sieur Hoffmann. Jusque dans ses dernières lignes, la note remise au Conseil de guerre de Rennes apparail donc comme mensongère.
À ce point de notre discussion, nous tenons pour flagrante la fausseté du témoignage de Cernuszki, et nos observations suivantes vont encore confirmer cette démonstration déjà si complète. Mais constatons dès à présent qu'une autre conclusion se dégage de ce que, sans contestation désormais possible, Cernuszki ne connaissait pas, n'avait même jamais pu connaître et se trouvait dans l'impossibilité d'identifier von Schoënebeck et Mosetig, alors qu'il les mettait en scène et représentait le premier d'entre eux comme ayant élé à plusieurs reprises en relations personnelles avec lui. Il en résulte qu'il n'a pu tirer ces personnages de son propre fonds’; qu'il n'a par conséquent pas forgé lui-même de toutes pièces sa déposition ; et qu'il n’a dù être sans aucun doute que le porte-voix d’une leçon qu'il à récitée comme il a pu et plutôt mal.
(1) Texte de la mote, — Dépositions du général de Galliffet, Eng. crim.
re. 628
Quels ont donc pu être, au moins pour l'ossature, les artisans de son témoignage ? Il est es rapprochements, des coïncidences caractéristiques, qui permettent d‘entrevoir, sinon de saisir dans fous-ses détails, la genèse du témoignage de Cernuszki, et, ce qui est frappant, les indices recueillis convergent sensiblement dans le cadre même du récit fait par Przyborowski à diverses personnes, dont quatre, nous l'avons vu, ont pu être entendues (i).
A.— Mosetig.
Un premier indice ressort de la mise en scène de Mosetig, d’'Adamovitch et de von Schoënebeck.
Au mois d'avril 1899, le sieur Auguste Mosetig, commisprincipal {oberresident) au Bureau militaire des Chemins de fer autrichiens, était arrêté en Autriche sous l'’incrimination d'avoir entretenu des relations avec la France par l'entremise de Przyborowski (2), qui était lui-même arrêté à Bruxelles ie 9 novembre suivant sous le coup d'une demande d’extradition. Il ne fui pas donné suite à celte dernière requête. Mais, le 11 juin 1900, Auguste Mosetig fut condamné à dixhuit mois d'emprisonnement pour espionnage (Ausspähüng).
Ge nest donc pas au Conseiller aulique Albert Mosetig, qui ne pouvait avoir aucun rôle imaginable dans une telle affaire, mais à Auguste Mosetig, que les inspirateurs du témoignage de Cernuszki faisaient certainement allusion. Et cette allusion découvre tout au moins Przyborowski, le comparse de Mosetig.
Elle ne le découvrait pas seul'à l'en croire.
J'ai souvent, — a dit Przyborowski, — parié de Moselig au capitaine Mareschal, ‘ef je crois que cela à pu lui donner l’idée de Le mêler au témoignage de Cernuszki ; j'en suis même certain (3) ; Si, — à dit encore Przvhorowski, — Cernuszki a déclaré au Conseil de guerre de Rennes ‘que Moselig lui aurait dit que Dreyfus trahissait, il à fait un faux témoignage. J'ai vécu en effet pendant longtemps dans l'intimité de Mosetig. — J'affirme de la façon la plus formelle qu'il ne connaissait pas Cernuszki (4).
(1) Voir pages 606 et suivantes : Wessel, Mathilde Brümiler,. Jean, Galmot, Bronislas Slaski.
(2): Cpr. Eng: erinmr. IL, 181.
(3) Przyborowski, Eng. erim. IT 67.
(4) Przyborowski, Enq. crim. II 62-63.