‹ L'affaire DreyfusChapitre 84 sur 178 · MONSIEUR LE MINISTRE · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE MINISTRE

En prenant pour point de départ ce qui a été dit dans un acte judiciaire officiel publié ces derniers jours, la plupart des journaux rééditent les récits concernant des lettres échangées entre M. le colonel B., attaché militaire de ambassade royale d'Italie, et un de ses collègues étrangers au sujet de l’ex-capitaire Dreyfus.

Le souci du développement du caractère amical des relations de nos deux pays m'a déjà amené à entretenir Votre Excellence verbalement à deux reprises de ce sujet, et dès le 27 novembre de

TJannée dernière, j'ai mis sous vos yeux la déclaration formelle

signée par le colonel B., opposant les dénégations les plus absolues à ces récits. J'ai eu alors l’occasion de prier Votre Excellence de vouloir bien prendre en considération que ceux-ci ne pourraient rester sans démenti ; car non seulement la correction de la con-

duite de l’attaché militaire, mais même la rectitude personnelle de

cet officier italien semblaient exposées au danger d'en souffrir atteinte.

C'est pourquoi, dans le même but amical, je pense qu'il ne saurait être superflu que je déclare une fois de plus à Votre Exccllence que M. le colonel B. n’a jamais eu, ni directement, ni indirectement, ni de près, ni de loin, de rapports avec Alfred Dreyfus, dont il a appris l'existence uniquement par le procès que tout le monde connait.

Il peut être utile qu'en même temps je rappelle au souvenir de Votre Excellence que, dans notre conversation du 27 novembre

-dernier, il a été question de la cause Chapus et de la procédure qui,

en novembre-décembre 1893, a été trouvée bonne par deux de vos prédécesseurs et par le mien.

Veuillez agréer, etc.

Signé : G. TORNIELLI (?).

Après entente avec le Ministre de la Guerre, le Ministre

-des Affaires étrangères, se fondant d’une part sur des considérations d'ordre juridique, et d'autre part sur des considé-

rations de politique générale, décida qu'il n’y avait pas lieu

(1) Trarieux, Rennes III, 424-425 et Cass, 99, I, 464. «(2) Cass. 99, I, 401.

d'admettre l'agent B. à témoigner en justice sur l'affaire Dreyfus. Cette décision fut notifiée oralement à M. le comte Tornielli le 28 janvier 1898 (1). ;

Il ne reste pas moins de cet incident cette constatation significative qu'en 1897-1898 l'ambassadeur d'Italie à fait spontanément les démarches les plus pressantes pour donner à son attaché militaire B. l’occasion de répudier sous la foi du serment toute espèce de rapports avec Alfred Dreyfus.

Enfin le Gouvernement italien a lui-même engagé solennellement sa parole dans une déclaration faite au Parlement par M. Bonnin, Sous-Secrélaire d'Etat à la Consulta (2). Cette haute intervention ne s'est pas réalisée sans que le Ministre ait pris les plus sérieuses garanties et ait obtenu de M. le comte Tornielli les renseignements les plus circonstanciés. C’est même l'avis si autorisé de cet homme d'Etat qui, si l’on en croit les détails contenus dans la plaidoirie de M° Demange, aurait déterminé le Gouvernement italien à engager sa parole à fond par une déclaration faite du haut de la tribune du Pariement (3).

Recherchons maintenant s’il n’est pas possible de surprendre plus complètement encore le sentiment des hommes d'Etat italiens, soit dans leurs conversations particulières, soit dans leurs correspondances privées.

Dès 1897, l'agent B. a manifesté sa manière de voir sur l'affaire Dreyfus devant le colonel français de Fontenillat. Dans une note datée du 6 novembre 1897 (4), cet officier supérieur, alors chef du ?° bureau de l'Etat-Major, a rapporté l'entretien qu'il avait eu avec B. au cours d’une visite qu'il lui avait faite pour remercier son Souverain de lui avoir Conféré l’un de ses ordres.

Après lui avoir demandé si l’interpellation Dreyfus, qui était annoncée pour ce jour, avait eu lieu, B. avait ajouté: « Le Gouvernement doit être bien ennuyé. Voyez-vous ! Je suis persuadé moi aussi de l'innocence de Dreyfus » ; et comme M. de Fontenillat protestait, en disant que l'affaire avait été jugée : « Je vais vous dire une chose, avait repris B ; mais

(1) Paléologue, Cass. 99, I, 393.

2?) Trarieux Cass. 99. I, 470. — M° Demange, Rennes I, 335,

(3) M° Demange, Rennes II, 648. ;

(4) Note jointe au rapport du Ministre de la Guerre. Eng. crim. I, 9.

BR due

je désire qu'elle ne soit pas répétée. Eh bien ! A. m'a donné sa parole d'honneur que Dreyfus était innocent. » M. de Fontenillat faisant un geste d'incrédulité : « Je vous affirme, continua-t-il, que À. m'a donné Sa parole d'honneur au cours d’un entretien que nous avons eu ensemble sur cette question. D'ailleurs, depuis j'ai eu l’occasion de voir aussi d’autres personnes en état d’être bien renseignées, et qui m'ont également assuré de son innocence (1) ». Le rapport, que le colonel de Fontenillat a fourni sur l'incident, a été remis par son auteur au général Gonse qui l'a presque immédiatement porté à la connaissance du général de Boisdeffre (2) ; il a été ensuite placé dans une chemise portant le mot secret de la main du général Gonse, et le nom de B. de la main du commandant Cuignet. On est dès lors en droit de s'étonner que ce document, dont plusieurs officiers de l’Etat-Major connaissaient l'existence, n'ait pas été produit devant le Conseil de guerre de Rennes.

Pour se justifier, le commandant Cuignet a prétendu avoir ignoré la présence de celle pièce au Ministère (3).

Nous lui avons représenté la chemise qu'il avait annotée de sa main, ainsi que le général Gonse. Il a dû reconnaître le fait (4), ajoutant qu'au surplus, s’il avait connu cette note, il l’eût écartée comme sans valeur (6), et qu'il avait agi par l'ordre du Ministre (6).

Quant au général Gonse, il n'a pas cru devoir attacher plus d'importance à ce propos qu'aux autres démentis en matière d'espionnage, l'étranger dans ces sortes d’affaires cherchant toujours à nier ses propres agissements (7).

En réalité ces officiers se sont, de leur propre autorité, constitués les seuls juges de documents d’où pouvaient résulter des présomptions favorables à Dreyfus, et qu'il eût été de leur devoir étroit de soumettre au Conseil de guerre appelé à se prononcer sur le sort de l'accusé. Nous avons la profonde conviction que c’est trahir ia justice que de former ainsi une procédure, et de n'y donner accès qu'aux pièces

(1) De Fontenillat, Enq. crim. I, 310, 311.

(2) De Fontenillat, Enq. crim. I, 311.

(3) Cuignet,, Enq. crim. I, 745, 747.

(4) Cuignet, Enq. crim. I, 748.

(5) Cuignet. Enq. crim. I, 749.

(6) Cuignet, Enq. crim. I, 748, 749.

(7) Général Gonse, Enq. crim. I, 234.

accusatrices, en en banissant toutes celles qui peuvent démontrer l'innocence de l'accusé. Et nous avons le regret de constater une fois de plus que telle n’a cessé d’être dans toute cette affaire là tactique invariable de l'accusation.

Un publiciste russe, M. Sémenoff, au cours d’un voyage qu'il a fait à Rome en qualité de délégué au Congrès de la Presse, a réussi à obtenir de l’agent B. quelques confidences au sujet de l'affaire Dreyfus, en lui faisant part de son projet de publier un ouvrage sur la question, et du désir qu'il éprouvait de se documenter au point de vue historique. Au cours d'un conversation qui a duré une heure et demie, B... lui a juré sur l'honneur et sur ce qu'il avait de plus cher au monde qu'il n'avait connu Dreyfus ni de nom ni d'aucune autre façon avant son arrestation ; il a affirmé que, tout en profitant des renseignements fournis par la personne qui agissait pour le compte de son collègue A... il n'avait jamais été en relations directes avec elle, et il s’est déclaré en état d’attester qu'en ce qui concerne Dreyfus, ni A... ni lui n'avaient jamais eu de rapports avec lui (1).

L’ambassadeur d'Italie qui était en fonctions au moment où a éclaté l'affaire Dreyfus, M. Ressmann, et son successeur M. le comte Tornielli, ont manifesté, à maintes reprises, des sentiments identiques.

M. Ressmann à fait connaître son opinion au cours de sa dernière maladie en des termes qui témoignent de son inébranlable conviction et de la préoccupation que ne cessait de lui causer la condamnation de cet innocent. Mme la marquise Arconati-Visconti, fille de M. Alphonse Peyrat, ancien député et sénateur de la Seine, ancien vice-président du Sénat, à en effet communiqué au Figaro l'extrait d’une lettre que lui adressait peu de temps avant sa mort l’ancien ambassadeur :

Je sens la mort qui vient, écrivait-il, mais elle ne me fait pas peur. Je souffre tant ! Je n'ai qu'un regret, c'est de mourir

avant de voir proclamer l'innocence de ce malheureux Dreyfus (2).

Quelque temps auparavant, M. Ressmann avait eu déjà

(1) Sémenoff, Enq. crim. I, 386.

(2) Rennes I, 280 en note,

l'occasion de faire part de son sentiment à M. J. Reinach au cours d'entretiens que celui-ci avait sollicités de lui (1).

M. le comte Tornielli n’a pas été moins affirmatif dans les conversations qu'il a eues successivement avec M. Trarieux et avec M. Reinach.

M. Trarieux a fait appel à sa loyauté et lui a demandé de l’éclairer et de lui indiquer en toute conscience s’il ne faisait pas fausse route en poursuivant la revision du procès. M. le comte Tornielli lui a fait alors la déclaration suivante avec une gravité et une émotion qui l'ont vivement impressionné : « Non, vous ne vous trompez pas : c'est votre gouverne- « ment qui à commis une erreur ; nous le lui avons fait « savoir. Nous avons attesté que Dreyfus était pour nous un « inconnu, qu'il n'était pas coupable du crime qu'on lui « imputait. Non seulement aucun de nos agents militaires à « Paris n'a entretenu de relations avec lui ; mais chez nous « aucun officier, dans aucune arme, n'a été en contact avec « lui (2). »

Il a ensuite expliqué à M. Trarieux que sa conviction s'était formée après une longue et minutieuse enquête poursuivie jusque dans les corps de troupe en Italie. Les renseignements recueillis lui avaient donné l'assurance que Dreyfus n'avait pas trahi pour le compte de l'Italie ; mais à ce moment ils n'étaient pas d'abord de nature à prouver que ce dernier fût victime d’une erreur Judiciaire (3). C'est la publication du bordereau et de la pièce : « Ce canaille de D... » qui fut à ce point de vue le trait de lumière. Les documents énumérés au bordereau avaient été effectivement livrés, mais par Esterhazy. Quant à la lettre « Ce canaille de D... », A... ne se souvenait pas l'avoir écrite ; et, à supposer qu'elle ne constituât pas un faux, elle semblait désigner un nommé Dubois qui fournissait aux attachés militaires des cartes et des plans qu'on ne pouvait trouver dans le commerce (4). Au cours de ces conversations, M. le comte Tornielli a rappelé qu'il avait signalé à l'attention du Gouvernement français le caractère apocryphe de la pièce qui depuis

(1) Trarieux, Rennes III, 424.

(2) Reinach, Eng. crim. I, 550, 551. !

(3) Trarieux, Cass. 99, I, 464. — Trarieux, Rennes III, 424 et 425. — Reinach, Enq. crim. 1, 551, 552.

(4) Trarieux, Cass. 99, I, 465 et Rennes, II, 42

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a été reconnue pour être le « faux Henry » (1) ; il a refait l’histoire de ses démarches au sujet du télégramme du 2 no- : vembre 1894 (2).

Dans ses entretiens avec M. J. Reinach, il a plus particulièrement insisté sur ce que ni A... ni B.. n'avaient recu le bordereau, et il a produit cette affirmation de la manière la plus formelle et la plus précise (3).

Enfin M. J. Reinach a eu une entrevue avec le général Pelloux, qui, en sa qualité d’ancien ministre d'Italie, lui a confirmé les déclarations de M. le comte Tornielli sur la dépêche du 2 novembre et sur l'exactitude de la traduction du Mimistère des Affaires étrangères (4).

Aux dénégations si précises et si concordantes des autorités allemandes et italiennes, les adversaires de la revision ont cherché à opposer les déclarations du colonel Schneider, attaché militaire d’Autriche-Hongrie à Paris. Au cours de sa déposition à Rennes, le 12 août 1899, le général Mercier a été amené à parler des confidences que lui avait faites le colonel Sandherr sur le rôle actif que jouaient certains attachés militaires étrangers dans l’organisation du service d'espionnage ; et, pour montrer que ces appréhensions du colonel Sandherr n'étaient que trop justifiées, il a fait donner lecture au Conseil de guerre d’une pièce ainsi conçue :

« Paris, le 30 novembre 1897.

« On avait déjà émis bien des fois pareille supposition « que le traître est autre que Dreyfus, et je ne serais pas « revenu là-dessus si, depuis un an, je n'avais appris par « des tierces personnes que les attachés militaires allemand « et italien auraient soutenu la même thèse dans les salons « à droite et à gauche. Je m'en tiens toujours et encore aux « informations publiées dans le temps au sujet de l'affaire « Dreyfus. Je continue à les considérer comme justes et * estime que Dreyfus a eu des relations avec les bureaux « confidentiels allemands de Strasbourg et de Bruxelles, que

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1) Trarieux, Cass. 99, I, 468, 469, 471. — Trarieux, Rennes II, 427 et

(2) Trarieux, Cass. 99, I, 469, 471.

(3) Reinach, Enq. crim. I, 551, 552.

(4) Reinach, Eng. crim. I, 550, 551.

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« le grand état-major allemand cache avec un soin jaloux « même à ses nationaux (1). »

Le général Mercier, qui a refusé de faire connaître comment il s'était procuré ce document, n'avait pas donné le nom (2) de l'auteur de cette pièce ; mais il lui avait formellement attribué comme date celle du 30 novembre 1897, qui était inscrite sur la copie qu'il avait en mains (3).

M. Cavaignac s’est montré moins réservé dans sa déposition du 14 août. Faisant allusion à cette même pièce, il l'a présentée comme émanant de l’attaché militaire austro-hongrois, le colonel Schneider, et il a même insisté sur la valeur qu'elle offrait à raison des relations d’étroite amitié qui unissaient cet officier aux attachés militaires A. et B. et qui lui avaient ainsi permis de prendre part à leurs travaux et d'être au courant de leurs opérations (4).

Quant au général Roget, comme, à différentes reprises, et notamment devant la Cour de cassation il avait parlé de pièces significatives dans lesquelles la culpabilité de Dreyfus était affirmée formellement, à l'audience du 17 août, il a été invité par la défense à s'expliquer plus clairement sur ce point, et il a dû reconnaître, qu'en s’exprimant.ainsi, 1l avait voulu parler du rapport de l’attaché militaire qui avait été versé par le général Mercier et qu'il n'avait pas eu d’autres pièces entre les mains (5).

Lorsque le colonel Schneider a su par la lecture du Figaro, l’usäge qui avait été fait de sen nom, il s’est empressé d'envover au journal, qui l'a insérée, la dépêche suivante :

Figaro, Paris.

Ems, 17 août, 10 h. 20.

Lettre du 30 novembre 1897 attribuée à mioi et reproduite dans le Figaro le mercredi 16 août est un faux.

Signé : Colonel SCHNEIDER (6).

(1) Général Mercier, Rennes I, p. 76.

a Général Mercier, Enq. crim. 1, 292 ; Rennes II, 23-24.

(3) Général Mercier, Eng. crim. 1 293. — Général Roget, Eng. crim. I, 623. — Cpr. Rollin, Eng. crim. I, 368. — Général Chamoïn, Eng. crim. I, 339. — Cuignet, Enq.crim.I, 777.

(4) Cavaignac, Rennes I, 197. — Général Roget, Enq. crim. I, 623 et Suiv.

(5) Général Roget, Rennes, I, 338 et 339.

(6) Rennes I, 144,

= ne —

Malgré ce démenti, le commandant Cuignet n'a pas hésité, à tirer parti de cette pièce dans sa déposition du 19 août. Faisant allusion à l'accusation de faux dirigée contre elle, il a observé qu’ «elle était comprise dans une partie du dossier secret, dont l'authenticité n'avait jamais été mise en doute, et que si ce démenti était maintenu, il se faisait fort d'établir d'une manière indiscutable l'authenticité du rapport dont il s'agissait (1) ». Pour répondre à cette affirmation, le colonel Schneider a adressé le 22 août la lettre rectificative .suivante au Figaro :

22 août 1899.

Monsieur le Rédacteur en chef du Figaro,

Le 17 de ce mois, j'adressais au Figaro le télégramme suivant : « Lettre du 30 novembre 1897 attribuée à moi et reproduite dans le Figaro le mercredi 16 août est un faux. »

Puisque vous avez bien voulu le publier, je vous prie aujourd'hui d'y ajouler ceci.

Le 30 novembre 1907, mon opinion était absolument contraire à celle qui se trouve exprimée dans la pièce en question. L'apposition de la date susdite et de ma signature au texte que l’on m'altribue constitue un faux. Ce faux subsisterait même dans le cas où, ce dont je ne puis juger sans l'avoir sous les yeux, le texte lui-même émanerait de moi à une autre date.

Agréez, Monsieur le Rédacteur en chef, etc.

Signé : Colonel SCHNEIDER (2).

On pouvait croire que l'incident était clos et que la fausseté du rapport attribué au colonel Schneider était désormais démontrée. D'accord avec le général Mercier (3), le général Roget vient, dans sa déposition nouvelle devant la Chambre criminélle, de remettre toute la question en discussion. De: même que lé commandant Cuignet (4), il a commencé par relever avec aigreur une erreur qui s’est glissée dans la sténographie du procès de Rennes, et qu'il a dénoncée comme consiituant le crime de faux (5). Le compte rendu sténographique a reproduit le rapport avec le mot « Le Temps » écrit en italique et portant comme initiale un T majuscule,

(1) Commandant Cuignet, Rennes I, 499-511.

(2) Rennes I, 145.

(3) Général Mercier, Enq. erim. I, 291-292-2983,

(4) Général Roget, Enq. crim., 620-621. — Commandant Cuignet, Enqcrim. 1, 745.

(5) Général Roget, Enq. crim. I, 620-621.

RARE ENT MEN RU US DETR MSA TA 7. TF*

comme s'il s'agissait du journal « Le Temps ». Il suffit de se reporter aux texte allemand pour constater que l'expression ainsi traduite est : « damals », qui signifie « autrefois, dans le temps » (1). Cette phrase ne veul donc pas dire que l’auteur du rapport se réfère aux informations parues dans le journal « Le Temps », mais qu'il s’en tient à celles qui ont été publiées autrefois sur l'affaire Dreyfus. Nous reconnaissons d'autant plus volontiers que le compte rendu sténographique a commis là une 'égère erreur que, quoi qu’on en ail dit, sans même prendre la peine de le vérifier (2), nüus ne l'avons pâs nous-même reproduite dans notre réquisitoire introductif ; l'expression « dans le temps » y était écrite en lettres romaines et avec un « { » minuscule (3;. Mais il ne nous est pas donné de comprendre l'importance que certains témoins prétendent attacher à ce misérable détail ; 1l est dû à une divergence d'interprétation sur cette phrase à double sens contenue dans la traduction officielle ; et il s'explique trop aisément pour qu'on puisse l’attribuer à une intention malveillante (4). Il n'a, d'ailleurs, même pas pour conséquence d’altérer le sens général du rapport. Peu importe, en effet, que l'opinion à laquelle il est fait allusion eût été lue dans le journal « Le Temps », ou entendue dans les conversalions d'antan (5).

Abordant le fond même de la question, le général Rogel a lui-même constaté que ce rapport ne présentait d'intérêt qu’à raison de la date qui lui est attribuée. A le supposer écrit peu de temps après la condamnation, il perdait toute valeur, puisque alors tout le monde était convaincu de la culpabilité de Dreyfus, même A. et B. qui ne se sont aperçus de l’erreur judiciaire qu'après la publication de la pièce « Ce canaille de D... (6) » et du fac-similé du bordereau.

Le général Rogel a ensuite reconnu que la date du 36 novembre 1897, donnée par le général Mercier, était inexacte; c’est celle de la copie produite devant le Conseil de guerre p. 281 de Rennes, ou plutôt de l'entrée de la pièce au service des

(1) Général Roget, Enq. crim. I, 620-621. — Cuignet, Enq. crim. I, 745.

(2) Général Roget, Eng. crim. I, 621. — Cuignet, Eng. crim. 1, 746.

RENE introductif (Imprimerie nationale, p. 56. — Stodk, p. k

(4) Général Roget, Enq. crim. I, 622.

(5) Général Roget, Enq. crim. I, 622-623.

(6) Général Roget, Enq. crim. I, 625.

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