‹ L'affaire DreyfusChapitre 83 sur 178 · PT A SA NT · texte numérisé non relu

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« vernement de À. » ; et on dit au commandant en second « de l’Etat-Major : « Ce nest ni pour À ni pour moi. » (1)

Ces affirmations téméraires ont été aussitôt démenties. Dès que B. à eu connaissance de la déposition du général Roget, il s’est empressé d'adresser au Figaro aui l'a publiée dans son numéro du 18 août 1899, la dépêche rectificative suivante :

« Rome, 17 août, 10 h. 45, soir.

« Je vous prie en hommage à la vérité de bien vouloir « publier dans votre journal la déclaration suivante. M. le « général Roget, d’après le compte rendu de la séance du « Conseil de guerre, aurait déclaré qu’à l’époque de l'ar- « restation du capitaine Dreyfus j'aurais adressé à M. Res- « mann un rapport dans lequel j'aurais déclaré que l'agent « À. était en relations avec Dreyfus. J'affirme que ce rapport « n'a jamais existé : j'affirme que cette déclaration n'a « Jamais existé. Je n'ai jamais appris le nom du capitaine « français qu'à l'époque de son arrestation, comme du reste « je l'ai déclaré par écrit et par voie officielle sur mon hon- « neur de soldat et de gentilhomme. » (2)

Il suffit d'ailleurs de se reporter à ces rapports euxmêmes, pour constater que rien dans leur texte n'autorise une semblable interprétation. Suivant le commandant Cuignet, le rapport du 2 novembre 1894 serait ainsi conçu « en « substance » : « Les journaux continuent à mettre notre « pays sur le tapis à l'occasion de l'affaire Dreyfus. « Le « Temps » déclare que le Ministère de la Guerre a refusé « de le nom de la puissance à laquelle appartient « M. : que Dreyfus était en relations (sic) ; car dans le ( Cas ii étant donnée l'affaire R (une affaire d'es- « pionnage toute récente qui s'était passée dans le Midi et « qui avait créé une certaine émotion en France), étant « donnée l'affaire R, on se serait empressé de nous citer. » (3)

Le rapport du 8 novembre contiendrait des indications identiques. Ainsi donc l'agent B. ne met nullement son col-

(1) Général Roget, Rennes I, 280 et 281.

(2) Figaro, 18 août 1899 : Rennes I, 280.

(3) Cuignet, Rennes I, 292.

lègue À, en cause et s’il parle de la puissance à laquelle ce dernier appartient, ce n'est pas du tout pour affirmer que ses relations avec Dreyfus sont certaines, comme le prétend le général Roget, mais pour reproduire le bruit public qui circule en France. Ce bruit, il ne l’apprécie pas ;'il me porte pas de jugement sur des choses qu'il ignore, il ne sait rien de ce qui a pu se passer entre l'étranger et Dreyfus, pas plus qu'il ne sait d’ailleurs ce qui aurait pu se passer entre son propre pays et Dreyfus. Aussi M. Trarieux a-t-il pu très justement dire devant le Conseil de guerre de Rennes : « Je « le répète, quand le général Roget et quand le commandant « Cuignet sont venus dire que, dans ces deux documents, il « y avait l'indication formelle que l'agent B. avait dénoncé « l'agent A. comme ayant entretenu des relations avec Drey- « fus, l’un et l’autre ont mal vu, ont mal lu, ont mal cité ; « car il n'y a pas, il me semble, en présence d'un texte aussi « positif, d'interprétation possible (1). »

Enfin il est dans la correspondance échangée entre l'agent B. et l'Etat-Major général de Rome une dernière pièce intéressante. C’est une dépêche adressée à l'attaché militaire B. par son chef d’Etat-Major le 3 décembre 1894. Elle est ainsi conçue

Le 31 décembre 1894, à 11 heures du matin.

Nous n'avons pas encore reçu les nouvelles dont il est question dans votre rapport ; mais étant donnés le moment actuel, vos doutes et la difficulté de répondre par le télégraphe, votre Seigneurerie aurait mieux fait de s'abstenir d'entrer en quelque relation que ce soit avec cette personne. En conséquence, le chef d'Etat- Major de l'armée vous engage à interrompre pour quelque temps

toute relation avec VE personne compromise.

Ce document, dont la copie est de la main d'Henry (3) ne fournit assurément pas une preuve nouvelle de l’innocence de Dreyfus (4) ; mais il est de nature à créer une impression favorable à sa cause ; car il est évident qu'il ne peut être « la personne compromise » à laquelle il est amsi

(1) Trarieux, Rennes III, 435.

() Note 4 jointe au rapport du Ministre de la Guerre ; général Mercier, Eng. crim. I, 292. DHEA

(3) Cuignet, Enq. I, 764. . ee L

(4) Cpr. Cuignet, Enq crim. I, 764. HU

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fait allusion, puisqu'il était alors condamné et que, depuis le 15 octobre précédent, il était détenu au Cherche-Midi. Il n'en à pas fallu davantage pour qu'au cours des laborieux remaniements du dossier secret, celte pièce ait été soigneusement écartée, et que l’Etat-Major ait, à son sujet, gardé le mutisme le plus absolu (1).

Toutes les déclarations que nous venons de passer en revue sont particulièrement instructives, parce qu'elles sont contenues dans des communications échangées entre l'agent B. et ses chefs hiérarchiques, que cette correspondance était destinée à rester secrète, et que dès lors personne n'avait intérêt à y cacher la vérité (2). Elles sont, en outre, pleinement confirmées par les démentis que les représentants du Gouvernement italien ont officiellement adressés au Gouvernement français. Ces démentis prennent une valeur et une portée particulières à raison de la forme même qu'ils ont revêtue.

Le 27 novembre 1897, c’est-à-dire quelques jours à peine après la démarche du prince de Münster, M. le comte Tornielli a pris, lui aussi, l'initiative d'entretenir M. le Ministre des Affaires étrangères Hanotaux de la question Dreyfus. Dès cette époque, on pressentait une période d’ägitation. Déjà commençaient à circuler dans là presse et dans le public les bruits les plus extraordinaires sur la présence dans le dossier secret de billets échangés entre A. et B. et qui devaient contenir, soit l’initiale du nom du traître, soit même son nom en toutes lettres. Désireux de couper court à toutes ces légendes, M. le comte Tornielli vint solennellement affirmer à notre Ministre que l’agent B. n'avait jamais entretenu de rapports avec Dreyfus ; il ajouta que les lettres, que la presse attribuait à son attaché militaire, et que celui-ci aurait adressées à un de ses collègues d’une autre ambassade, étaient absolument apocryphes ; puis, donnant ainsi la meilleure preuve de la sincérité de sa démarche, il insista d’une manière particulièrement pressante pour que son agent fût appelé à produire son témoignage en justice et pût de la sorte dégager sa responsabilité (3). ;

(1) Général Mercier, Eng. crim. I, 292.

(2) Trarieux, Rennes III, 443.

(3) Paléologue, Cass. 99, I, 389.

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Dans une lettre adressée le lendemain à M. Hanotaux, il insista de nouveau sur la question, rappelant les pourparlers de la veille.

Mon cher Ministre, écrivait-il, dans notre conversation d'hier au sujet de la publication que M. le colonel B. se voyait dans la nécessité de faire, pour déclarer fausses les phrases que l’on prétend avoir été écrites par lui, et qui auraient désigné Dreylus, soit par son nom, soit par une initiale, soit par un appellatif quelconque, je vous ai signalé un précédent dans lequel ce même ofticier a été invite par la justice française à donner son témoignage sous serment. (Suit l'indication des conditions dans lesquelles l'agent B. a été amené à fournir sa déclaration dans cette affaire. Puis l'Ambassadeur continuait) : Il n'y a pas une identité absolue entre le cas dont je viens de préciser les détails et celui qui nous à occupés dans l'entretien d'hier, mais leur analogie est frappante, et il faut bien convenir que, pendant que de tous côtés on imprime que des lettres ou des phrases de lettres du colonel B. forment les pièces capitales d'un procès, cet officier a raison de me demander, ou bien que l'on cesse de parler de l'existence de ces lettres et surtout d’en faire usage, ou bien qu'on l'entende sur la& sincérité de ces pièces, qu'il déclare sur l'honneur ne pouvoir être que l'œuvre d’un faussaire (1).

Pour que l'ambassadeur prit une attitude aussi nette, il fallait qu'il se fût renseigné, et qu'il eût acquis la certitude que son agent n'était en rien compromis dans l'affaire. Ce n'est pas à la légère qu'il se serait exposé à compromettre sa dignité personnelle, ainsi que celle du pays qu'il représente, en acculant son attaché militaire à l'alternative cruelle ou de commettre un faux témoignage ou d'avouer publiquement des actes d'espionnage. Le commandant Cuignet luimême a reconnu que les affirmations de l'agent B. avaient été sévèrement contrôlées, et qu'une enquête avait même été faite pour déterminer s'il avait eu une responsabilité quelconque dans l'affaire Drevfus (2). D'autre part, d'après le récit que M. le comte Tornielli a fait à M. Trarieux, une; enquête a été également ouverte dans les corps de troupes d'Italie, et elle s’est prolongée pendant plusieurs mois, puisque, commencée sous son prédécesseur, elle s'est poursuivie après qu'il eût pris possession de l’ambassade en février 1895: il a persônnellement procédé au dépouillement des renseignements qui lui sont ainsi parvenus ; il les a compulsés dans

(1) Cass. 99,11, 398; 399 ,"#00:

(2) Commandant Cuignet, Rennes I, 392.

ieurs moindres détails, et il a acquis la certitude absolue que Dreyfus était inconnu dans toute l'étendue du territoire italien, et qu'il n'avait jamais eu de liaisons avec aucun des agents de son pays (1).

Aussi, le 15 janvier 1898, l'ambassadeur d'Italie n'a-t:il pas hésité à réitérer officiellement et par écrit ses déclara-

tions et sa proposition. Il a adressé au quai d'Orsay la lettre

suivante

Paris, le 15 janvier 1898.

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