‹ L'affaire DreyfusChapitre 86 sur 178 · LAN · texte numérisé non relu

LAN

« Depuis quelques jours, le cas du capitaine Dreyfus, condamné en 1894 pour haute trahison, fait de nouveau beaucoup de bruit dans la presse.

« Un des vice-précidents du Sénat, M. Scheurer-Kestner, serait sur la trace des preuves d’innocence du condamné, et il doit y avoir sous peu une interpellation à ce sujet à la Chambre. On ne sait qu’une chose jusqu'à présent c'est qu’un certain nombre de journalistes ont interpellé M. Scheurer-Kestner, qui prétend que l'on s’est trompé dans l'appréciation de l'écriture, que la trahison a bien eu liéu, mais que le traître était un autre que Dreyfus..On avait "déjà bien des fois émis une pareille supposition, et je ne serais pas revenu là-dessus, si, depuis un an, je ï'aVais appris par de tierces personnes que les attachés imilitaires allemand et italien avaient soutenu la même thèse dans des salons à droite et à gauche. Ces indiscrétions ont-elles franchi les limites de certains cercles et constituent-elles la base de la conviction de M. Scheurer-Kestner ? C’est ce que l’on verra dans la suite ; mais cette supposition n’a rien d’invraisemblable. Je m'en tiens toujours et encore aux informations publiées autrefois au sujet de l'affaire Dreyfus, les considérant comme justes et esti-. mant que Dreyfus à été en relations avec les bureaux confidentiels allemands de Strasbourg et de Bruxelles, que le grand Etat-Maijor allemand cache avec un soin jaloux, même à ses nationaux.

« Lorsqu'en 1894 je fis une visite d'arrivée, à Bruxelles, à l’attaché militaire allemand, le major comte de Schmettau, il eut soin, sans aucune demande de ma part, de me déclarer que les attachés militaires allemands n'avaient qu'un rôle de représentation et n'avaient rien à faire avec des questions confidentielles.

« Deux années plus tard, je rencontrai au bal de la cour le prince Frédéric de Hohenzollérn, qui venait précisément de quitter le commandement du III° corps d'armée, et auquel j'avais été présenté dans le temps à Paris Comment cela vous va-t-il à Paris ? — Très bien, monseigneur ; cela est très intéressant. Mais il y a quelquefois trop de besogne pour un homme seul. « — Oui, oui, vous avez raison, » dit le prince avec un air décidé plein de

lo

« Significalion ; « c'est pour la même raison qu'aussi chez « nous le nœud de la question gît à Bruxelles ».

« D'autre part, il est certain qu'il règne en France, depuis « l'affaire Dreyfus, un sentiment antisémite officiel bien « accusé, qui ferme la plupart des carrières aux Israélites, «et contre lequel ceux-ci ont à lutter. Le moyen le plus sûr « pour eux de réussir dans la lutte serait de pouvoir prou- « ver l'innocence de Dreyfus. Il n’y a qu'à attendre la pro- « duction des preuves, puis la déclaration du Ministre de « la Guerre, que le chef d’Etat-Major et ses officiers se sont « trompés, que les douze juges du Conseil de guerre ont « rendu à l'unanimité un jugement faux. Mais il passera « d'ici là encore de l’eau sous le pont. »

Quand on connait ce texte, on comprend aisément qu'en lisant dans le Figaro la pièce que ce journal, ainsi que le compte rendu sténographique, à publiée, en reproduisant le document versé aux débats par le général Mercier, le colonel Schneider ait pu télégraphier, ainsi qu'il l'a fait, qu'elle était fausse. Elle était, en effet, outrageusement tronquée. Elle portait, en outre, une date qui, tous le reconnaissent, n’est pas la sienne. On la disait enfin signée, alors qu'elle ne l'est pas. Le général Roget, à qui nous avons représenté l'original, l'a constaté lui-même (1). Si, à l’examiner de près, on y aperçoit une sorte de paraphe dans lequel il semble qu'on puisse déchiffrer un S mal fait, puis un c et peut-être un h, ces caractères, qui pourraient reproduire les premières lettres du nom Schneider, sont trop grossièrement tracées pour équivaloir à une signature. Il pourrait d’ailleurs paraître singulier à celui qui étudie l'original écrit au Crayon, et couvert de nombreuses ratures, que l’auteur eût eu la pensée d’apposer même son paraphe au pied d'un tel document.

Ces points acquis, nous admettons volontiers qu'à la date imprécise à laquelle il écrivait cette pièce, mais qui doit, suivant toutes vraisemblances, être fixée à la fin d’octobre ou au commencement de novembre 1897, le colonel Schneider, si le document est de lui, énonçait l’idée qu'il s'en tenait, en l’état des bruits qui commençaient à circuler

(1) Général Roget, Enq. crim. I, 625-624.

de nouveau, aux informations publiées autrefois au sujet de l'affaire, et qu'il ajoutait qu'il n'y avait en présence du jugement de condamnation, qu'à attendre là production des preuves annoncées. Mais n'est-il pas excessif d'en conclure qu'il y a, dans l'expression de cette opinion, qui ne serait iout au plus que l'opinion personnelle du colonel, une preuve de la culpabilité de Dreyfus, sous prétexte que le colonel Schneider devait, à raison de ses relations avec A. et B, savoir à quoi s’en tenir exactement, alors que non seulement il ne dit ou même ne laisse rien entendre de semblable, mais qu'il se met en contradiction formelle avec ce qu'attestent, d'après lui, à ce moment même, ces attachés militaires, et qu'il n’eût pas manqué, s'il eût recu d'eux à un instant quelconque des confidences conformes à l’opinion qu'il exprimait alors, de les rappeler bien plutôt que les informations publiées autrefois auxquelles seules il se référait ?

Est-il plus sérieux de trouver l'expression des sentiments du colonel Schneider dans un propos que le général Roget lui attribue et qu'un article de journal aurait signalé à son attention ?

Le comte de Bréda, maire de Thiépval (Somme), en suivant comme curieux les manœuvres d'automne qui eurent lieu en 1897 dans le Nord de la France aux environs de Bapaume, se serait trouvé par hasard un jour auprès du colonel Schneider qui, avant oublié sa jumelle, lui emprunta la sienne. Le lendemain il le retrouva en compagnie d’un autre officier étranger et il l’entendit dire à celui-ci en voyant défiler une batterie de 120 court : « Ah ! voilà le canon de « 120, le fameux canon, vous voyez ! le frein hydraulique, « le canon livré par Dreyfus ! » (1)

Le général Roget relève cette misère, mais déclare qu'il n'entend nullement se porter garant de la fidélité du souvenir du comte de Bréda, ni de l'exactitude du fait ainsi rapporté (2).

Qui ne voit que nous sommes là en face d’un de ces mille propos sans consistance échappés au cours d’une conversation et auxquels la passion cherche vainement à donner

(1) Général Roget, Eng. crim. I, 626.

(2) Général Rogel, Enq. crim. I, 626.

une portée qu'ils n'ont jamais eue dans la pensée de leur auteur ? Nous savons trop comment ils se déforment et s’altèrent, en passant de bouche en bouche, pour estimer que la justice y puisse faire attention.

Pour terminer sur Ce point, retenons seulement que, si la note de 1897 peut indiquer que le colonel Schneider croyait peut-être à cette date à la culpabilité de Dreyfus, son opinion s'est totalement modifiée depuis. Il a eu l’occasion de l’exprimer en mai 1899 devant M. Emile Picot, de l'Institut, non point en termes équivoques et ambigus, mais de la façon la plus catégorique et la plus précise, en déclarant « qu'il considérait comme un devoir de conscience de pro- « clamer haut et ferme l'innocence complète et absolue du « capitaine Dreyfus » (1).

Nous savons également que tel est aussi le sentiment de l'archiduc Victor, frère de l'Empereur d’Autriche-Hongrie ; car il l’a fait connaître à l'amiral Duperré, à qui il a affirmé être certain et pouvoir donner sa parole d'honneur que le Gouvernement allemand n'avait jamais eu aucune relation avec le capitaine Dreyfus. L’amiral Duperré, en communiquant cette déclaration à M. Laroche, résident général des colonies, qui l’a apportée à la Cour de cassation, à ajouté « qu'il ne pouvait mettre en doute la sûreté de ces informa- « tions, non plus que la sincérité de l’Archiduc, qui lui « avait parlé spontanément, et dont il connaissait la « loyauté » (2).

Ainsi donc tous les témoignages émanant de l'étranger sont concordants. Quelle que soit la nationalité de leurs auteurs, ils tendent tous à démontrer que Dreyfus n'a jamais été en rapports avec aucun organe, aucun agent étranger. Et c'est encore une légende, qui ne vaut que par la crédulité publique toujours avide de tout ce qui est étrange, que la version fort répandue à un certain moment (3) qui représentait Dreyfus comme l'agent de la Russie.

(1) Emile Picot, Rennes II, 52.

2) Laroche, Cass. 99, I, 473.

(3) De Galliffet, Eng. crim. I, 903. — Esterhazy. Lettre au général Roget, 4 septembre 1899. — Séménoff, Eng. crim. I, 394.

Rien n'a permis d'en constater l'origine et l'inutilité même du fait en prouve labsurdilé (#4).

Si nous examinons au contraire les renseignements qui ont été fournis de tous côtés sur Esterhazy, sans même qu'ils aient été l’objet d'aucune recherche judiciaire, nous allons voir combien ils sont instructifs et significatifs.

Il est vrai que, dans la déclaration qu'il a faite le 24 janvier 1898 devant la commission du Reichstag, M. de Bulow, après avoir énergiquement affirmé qu'aucun organe allemand n'avait eu de liaison avec Dreyfus, a ajouté : « Les « noms de Walsin Esterhazy et de Picquart, je les ai enten- « dus pour la première fois dans mon existence il y a trois « semaines (2;. » Mais le général Roget à lui-même reconnu qu'il existäit une nuance très sensible entre les dénégations absolues concernant les relations avec Drevfus, et cette indicalion relative au nom d'Esterhazy (3). À supposer qu'à l'époque où a été émise cette déclaration, on ait été tenté de lui donner une interprétation favorable à Esterhazy, ül serait impossible aujourd'hui de persister dans cette manière de voir. Il existe en effet au Ministère des Affaires étrangères, ainsi que l’a annoncé M. Paléologue au procès de Rennes, une note constatant, à la date du 15 avril 1899, un entretien du Ministre des Affaires étrangères, M. Delcassé, avec l'Ambassadeur d'Allemagne. Le prince de Münster a affirmé dans cet entretien que l'agent A. reconnaissait avoir adressé au commandant Esterhazy un certain nombre de télégrammes dits « petits bleus » ; il a ajouté que cet agent ne pouvait pas certifier avoir écrit lui-même la pièce connue sous le nom de « petit bleu », parce qu'il ne l'avait pas vue, mais que toutefois il était probable qu'il l'eût écrite (4). A l'époque même où se poursuivait la revision du procès Dreyfus, le représentant de l’Allemagne venait donc officielle-

(1) Général Mercier, Eng. crim. 1, 295. —. Général de Boisdeffre, Eng. crim. I, 491. — Général Billot, Enq. crim. I, 458. — Général Zurlinden, Enq. crim. I, 349. — Général Gonse, Eng. crim. I, 239. — Paléologue, Enq: crim. 1, 359. — Du Paty de Clam, Eng. crim. I, 201. — Pauffin de Saint- Morel, Eng. crim. I, 428. — Lauth, Enq. crim. 1, 541. —Rollin, Enq. crim. 1, 368. — Wadiinne, Eng: crim. 1, 879. — Gribelin, Enq. crim. I, 148. — J. Reinach, Eng. crim. I, 569.

(2) Rennes I, 335.

(3) Général Roget, Rennes.1I, 335.

(4) Paléologue, Rennes III, 476. — Cpr. Cuignet, Enq. crim: I, 792.

ment et en toute loyauté prévenir le Gouvernement français que l'informateur à la solde de son pays avait été le commandant Esterhazy et non le capitaine Dreyfus. Ainsi s'explique. que lorsqu'à la prière de M° Labori, le Gouvernement allemand s'est décidé à publier un nouveau démenti dans le Moniteur de l'Empire du 8 septembre 1899, il ait textuellement reproduit la déclaration faite devant la Commission du Reichstag par M. de Bulow, sans toutefois rappeler la partie finale relative à Esterhazy. L’attitude du Gouvernement impérial en cette circonstance a élé si nette qu'elle a permis au général Zurlinden de dire qu’ « il avait « jeté par-dessus bord cette loque morale d'Esterhazy » (1).

Les démentis officiels du Gouvernement italien ne sont pas moins significatifs ; nous y remarquons la constante préoccupation de ne jamais associer le nom d’Esterhazy à celui de Dreyfus, et nous sommes en droit de considérer cette omission comme volontaire et de l'attribuer à ce fait que l'Italie n’a jamais entendu défendre les agissements de ce personnage (2).

Si nous examinons d'ailleurs les conversations intimes et les ‘correspondances privées des hommes d'Etat de cette époque, nous serons promptement fixés sur leurs sentiments à l'égard d'Esterhazy.

Constatons d’abord que l’attaché militaire A... a été rappelé dès que le nom d'Esterhazy a été désigné comme étant celui du véritable traître. C’est en effet le 2 novembre 1897 qu'il a été nommé au commandement d'un des régiments de la garde, et c’est le 15 novembre qu'il à définitivement quitté Paris, après avoir le même jour pris congé du Président de la République, M. Félix Faure. Tandis qu'après le procès de 1894 il à été maintenu en fonctions malgré les plus vives accusations, dont il était l’objet dans le public et la presse, en 1897 on à brusquement mis fin à sa mission. Cette différence d'attitude ne tient-elle pas à ce qu’en 189: son gouvernement le savait étranger à l’Affaire Dreyfus, tandis qu'en 1897 il avait acquis la certitude de ses relations avec Esterhazy, et avait voulu Gbéir à l'usage constant d’après lequel un attaché militaire doit être immédiatement

(1) Général Zurlinden, Enq. crim. 1, 345, 346. @) M‘ Demange, Rennes III, 649.

rappelé, lorsqu'il a été surpris en rapports avec un officier ou un fonctionnaire du pays auprès duquel il est accrédité (1).

Au cours de l'entretien qu'il a eu avec M. Joseph Reinach le 6 août 1901, l'attaché militaire A. a nettement distingué ce qu'il a appelé l'Afjaire, c'est-à-dire l'affaire Dreyfus, de l'autre Affaire, c'est-à-dire celle qui concernait Esterhazy. Tandis qu'il a affirmé de la manière la plus catégorique n'avoir jamais connu Dreyfus, il a déclaré que, pour l'autre Affaire, il se considérait comme lié par le secret professionnel et les instructions formelles qu'il avait reçues ; il a ajouté que, s’il lui arrivait d’être interrogé dans les formes juridiques et diplomatiques, il répondrait toujours aux questions qui pourraient lui être posées (2). N'était-ce pas avouer qu'il avait connu Esterhazy au cours même de sa mission en France et qu'il était en mesure de fournir à ce sujet d’intéressantes révélations ?

Le prince de Münster a été plus explicite encore. Dans ses conversations avec M. J. Reinach, puis dans la lettre qu'il lui a adressée le 20 mai 1901, il a formellement reconnu que A. lui avait révélé l'existence de ses relations avec Esterhazy. Cet attaché militaire avait même commis une faute grave, en ne lui faisant pas cet aveu en 1894, et en se contentant à cette époque de répudier tout rapport avec le capitaine Drevfus (3). Il ne s'était décidé à parler et à faire sa confession complète à son Ambassadeur qu'à la suite d’une étrange visite qu'Esterhazy lui avait faite le 22 octobre 1907 pour le supplier de le sauver en faisant auprès de Mme Drevfus une démarche de nature à la détourner de l’idée de le dénoncer comme l’auteur du bordereau (4).

En faisant le récit de cette démarche à son Ambassadeur, A. a fait observer, pour se justifier auprès de lui, qu'il n'avait pas violé l'engagement pris à la suite d’une récente affaire d'espionnage de ne pas chercher à détourner de leur devoir les officiers ou les fonctionnaires français ; il s'était contenté d'accueillir les offres qui s'étaient spontanément pré-

(1) Reinach, Enq. crim. I, 557.

(2) Reinach, Enq. crim. I, 556, 557.

(3) Reinach, Enq. crim. I, 555

(4) Reinach, Enq. crim. I, 554. — Trarieux, Rennes, II, 425.

sentées (1). Dans la lettre du 20 mai, le prince de Münster a ajouté qu'à son avis A. n'avait connu Esterhazy qu'en 1893 (2), et M. Reinach croit avoir trouvé la confirmation de cette opinion dans l'examen du dossier secret, notamment de la pièce : Doutes. Preuves, qui, parvenue au service des renseignements en janvier 1894, semble contenir l'indication d’un nouveau correspondant avec lequel À. venait de lier connaissance et qui ne serait autre qu'Esterhazy (3).

Les agents du service des renseignements d'Allemagne ont fourni sur Esterhazy des informations absolument identiques.

Le signalement, que Richard Cuers a donné à Lajoux dans leur entrevue de Luxembourg, au capitaine Lauth et à Henry dans l'entrevue de Bâle, ce trait pour trait à celui d'Esterhazy (4).

Et M. Paléologue tient d'un personnage étranger, qu'iln'a pas Cru pouvoir nommer, mais qui lui semble en état d'être bien renseigné, qu'il existerait à Berlin environ deux cent vingt-cinq documents livrés par Esterhazy (5)

Nous avons dit les confidences du major Dahme au lieutenant-colonel Péroz ; il lui a désigné formellement Esterhazy comme ayant été à la solde de son pays (6).

Et M. Reinach a reçu la même déclaration de M. de Münster (7).

S'agit-il des hommes d'Etat italiens ? M. le comte Tornielli n’a fait aucune difficulté pour avouer à M. Trarieux qu'Esterhazy avait été en relations avec A... et que si B... ne l’avait pas connu personnellement, il avait cependant profité des documents qu'il avait livrés et que A... lui avait communiqués (8. [l a d’ailleurs vu et iu dans les premiers mois de 1898 une lettre que A. adressait à B... et dans “ laquelle celui-ci expliquait l'erreur judiciaire qui avait été commise en France et racontait ses relations avec Esterhazy.

(1, J. Reïinach, Eng. crim. I, 555.

(2) J. Reinach, Eng. crim. I, 553, 554, 566.

(3 Reinach, Eng. crim. I, 566.

(4) Lajoux. Lettre du 9 juin 1899. Rennes II, 16. Eng. crim. II, 41-42. — Picquart, Rennes 1,442 et Eng. crim. 671, 689, 690. — Lauth. Eng. crim. I, 52S-529. — Junck, Eng. Crim. 1, 500 et suiv.

5) Paléologue, Cass. 99, I, 396.

(6) Péroz, Enq. crim. I, 650,864.

(7) Reinach, Eng. crim. I, 554, 555.

(8) Trarieux, Cass. 99, I, 469 et Rennes III, 425.

M. le comte Tornielli a redit ces détails à M. Joseph Rei-

nach. Il lui a raconté les doutes que A... avait éprouvés au.

début de ses relations sur la qualité de l'homme qui s'offrait à lui ; le moyen employé pour les vaincre par Esterhazy, se montrant à lui aux Champs-Elysées à cheval, en uniforme, aux côtés d’un général (1). Et ces détails rapprochés des pièces du dossier secret : Choses... aucun signe d'Etat- Major. et Doutes-preuve.. ne peuvent laisser aucune hésitation dans l'esprit le plus rebelle (2). ;

Et un télégramme de l'Ambassadeur de la République à Rome, du printemps de 1898, indique qu'Esterhazy aurait reçu des Gouvernements étrangers une somme de 200.000 francs au Cours des années précédentes et tout récemment encore 8.000 francs (3).

A ces témoignages accablants par leur ensemble, ajoutons celui du colonel Schneider. Après avoir insisté devant M. Emile Picot sur le peu de valeur des documents fournis par Esterhazy, le colonel a déclaré qu'à ses yeux celui-ci était surtout un escroc et qu'il avait même été cassé aux gages par la personne qui l’'employait parce que les renseignements qu'il fournissait n'éiaient point en rapport avec les sommes qu'il exigeait en échange. Esterhazy avait alors fait les plus pressantes démarches pour entrer au Ministère de la Guerre et, au moment où il avait pu espérer aboutir, il avait cherché à renouer ses relations avec A. en faisant valoir que ses nouvelles fonctions lui permettraient d’être un indicateur des plus précieux. A. aurait été tenté d’abord d'accepter ces offres et c’est alors qu'il aurait écrit le petit bleu. Mais il se serait ressaisi aussitôt et aurait déchiré le papier en s'écriant : « Non, on n'a décidément pas affaire à un homme semblable (4) ».

Enfin le général anglais Talbot qui, comme colonel, avait été attaché militaire en France pendant six ans, a fourni au général de Galliffet, avec lequel il est en relations depuis de longues années, les renseignements les plus nets sur Ester-

S (1) Lettre J. Reinach à M. de Freycinet, 13 septembre 1899, Rennes Il. 4. Eng. crim. I, 567.

. (2) Général Mercier, Rennes I, 80. — Général Gonse, Rennes 1, 543. — Picquart, Rennes I 402, Cuignet, Rennes I, 496-511. | (3) Paléologue, Cass. 99, I, 394. — Cpr. Cuignet. Enq. crim. TI, 748.

(4) Em. Picot. Rennes III, 53-54.

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