‹ L'affaire DreyfusChapitre 87 sur 178 · ET · texte numérisé non relu

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hazy. « Mon général, lui a-t-il dit au mois de mai 1898 à « son retour d'Egypte, je ne sais rien de l'affaire Dreyfus ; « pendant tout le temps que j'ai passé en France, je ne l'ai « jamais connue. Mais je suis étonné de voir le commandant « Esterhazy en liberté, parce que nous tous, attachés mili- « laires, nous savions qu'avec un ou deux billets de mille « francs, le commandant Esterhazy nous procurait-les ren- « seignements que nous ne pouvions nous procurer direc- « tement au Ministère (1) ».

Le général Talbot a, à la vérité, fait parvenir, par la voie diplomatique, à la Cour de Cassation, une lettre rectificative, écrite du Caire, le 21 avril 1899, parvenue au Premier Président le 23 mai et dans laquelle il a déclaré que personnellement il n'a jamais connu Esterhazy, n'a jamais obtenu de lui, ni cherché à obtenir de tout autre, aucune information contre salaire... « et que ses observations tendaient seulement à établir ce fait que le caractère du commandant Esterhazy était connu des attachés militaires (2) ».

Dans l'enquête nouvelle, le général de (Galliffet a répondu que « le général Talbot avait eu la mémoire un peu trop courte, qu'il avait dû lui rafraichir des souvenirs et que le général n'avait plus insisté. Il a maintenu que le général Talbot lui avait dit « qu'il ignorait l'affaire Drevifus » et qu'il avait ajouté : « D'ailleurs, quand nous avions besoin d'un renseignement, il ne s’agit que d'y mettre le prix et c’est Esterhazy qui nous le fournit (3) ».

De l'examen complet auquel nous venons de nous livrer nous sommes en droit de conclure qu'autant les témoignages venus de l'étranger sont favorables à Dreyfus et l'innocentent absolument, autant ils sont au contraire écrasants pour Esterhazy, qu'ils soient exprimés dans la correspondance officielle des attachés militaires avec leurs supérieurs hiérarchiques ; qu'ils soient énoncés dans des communications officielles ou qu'ils résultent de conversations intimes ou de lettres particulières destinées à demeurer secrètes, ils conennent tous l'affirmation catégorique que Dreyfus n’a

(1) Général de Galliffet, Cass. 99, I, 217 et Enq. crim. I, 904. — Trarieux,

Rennes, III, 430. :

(2) Letire du général Talbot à lord Salisbury. Le Caire, 21 avril 1899.

Kapp. B. B. p. 138,139. :

(3) Général de Galliffet. Enq. crim. I, 904.

jamais eu de rapports d'aucune sorte avec aucun agent étranger, tandis qu'Esterhazy est dépeint comme un traître coupable d’avoir livré à prix d'argent un grand nombre de documents intéressant la défense nationale de son pays.

Nous comprenons fort bien dans ces conditions les efforts faits par l'accusation et par les principaux témoins à charge pour écarter tout cet ensemble de preuves qui détruit leur système. S'ils sont contraires à toute idée de justice, ils ne sont que l'exécution du plan que l'accusation a conçu dès l’origine et qui, relevant jusqu’au plus misérable détail lorsqu'il semble accusateur, travestissant les pièces quand elle désespère d’en tirer loyalement une charge, repousse de propos délibéré tout ce qui peut servir à la défense et refuse même de placer sous les yeux des juges, seuls qualiflés pour les apprécier, les pièces ou les déclarations qu'elle a recueillies et qui seraient de nature à entraîner l’acquittement de l'accusé.

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