‹ L'affaire Dreyfus et l'imageChapitre 11 sur 142 · ITINÉRAIRE, ORDRE ET MARCHE DU CORTÈGE · texte numérisé non relu

ITINÉRAIRE, ORDRE ET MARCHE DU CORTÈGE

Le départ des Youpins à l'Ile du Diable

fr Ordre et Marche du Cortège ^^

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PLACARD POPULAIRE CRIÉ DANS LES RUES LA VEILLE DU MARDI-GRAS DE 1898 (21 FÉVRIER)

(Léon Hayard, éditeur.)

Maintenant qu' t'es rich' comme Crésus N"' viens pas la fair' au Jésus :

Ne prêch' pas d' ta voix bénite ; Ferai' ta boîte !

De l'innocence de tout traître Tu restes F seul convaincu ; Au fond t'en rigol's peut-être ;

T'as assez vendu !

Tu n'est qu'un vendu!

Comment finira tout cela ! Comment finira l'affaire Dreyfus ! Le même placard nous l'apprend : par la fin du monde.., juif.

N'étant, pour ma part, ni juif, ni israëlite, je ne m'y oppose point.

Bref, ce que cette campagne a permis de constater, c'est que le gros de l'opinion publique est contre Zola et, plus que jamais, sera contre lui; c'est que ses excellents petits confrères se réjouissent déjà à l'idée d'être ainsi débarrassé& d'un collègue trop encombrant ; c'est que les gens du monde sont heureux de rompre avec quelqu'un qui ne leur fut jamais sympathique et qui ne s'était imposé à eux que par la force de son talent.

Les affaires ne vont pas ; le pays est las des politiciens. C'est la faute à Zola.

Tout est en suspens; tout a subi une baisse :

les recettes des lieux de plaisir tout comme le nombre des décès. C'est la faute à Zola!

Bah ! d'autres ont connu cela et ne s'en sont pas plus mal portés.

Bientôt, sans doute, sur les places publiques, dans chaque quartier, on établira des fours crématoires pour que les honnêtes bourgeois puissent venir y apporter les œuvres de l'Infâme.

Bah ! d'autres virent leurs œuvres brûlées ou lacérées par les mains du bourreau.

Et ces autres s'appelaient Voltaire et Rousseau. Des rien du tout, de pauvres intellectuels qui, eux aussi, firent reculer la France de cent ans !

On n'est jamais compris des siens : ou plutôt ce qui ressort clairement de toutes ces violences, de tout ce débordement de passions et de haines, c'est que, de plus en plus, une scission profonde est en train de se faire entre les hommes de pensée, de science, d'étude, et les hommes d'action et de politique au jour le jour. Fatalement la France républicaine ayant écarté de la direction des affaires les Intelligences, devait arriver à cette scission,

écueil inévitable de toutes les démocraties livrées aux politiciens de métier et de profession. Fatalement aussi l'aristocratie d'argent , la pire de toutes, devait nous conduire à cet état de choses, et Zola se trouve être une des premières victimes. Je m'explique.

Conspué à Paris, traîné dans la vidange, il se voit porté au pinacle par l'étranger. Nouvel argument contre lui; nouvelle occasion pour les chauvins à esprit étroit, pour ceux qui ont juré sa mort, de le perdre à jamais dans l'esprit public. €e filet de La. Patrie est concluant, ainsi qu'on va le voir :

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