‹ L'affaire Dreyfus et l'imageChapitre 16 sur 142 · CARTE POSTALE ALLEMANDE ÉGALEMENT EDITEE A BERLIN · texte numérisé non relu

CARTE POSTALE ALLEMANDE ÉGALEMENT EDITEE A BERLIN

(Max Marcus.)

* Il existe encore d'autres cartes postales publiées par un imprimeur-éditeur de Francfort, H. J. Dauth. Elles sont au nombre de quatre, chacune donnant un portrait différent : Zola, Scheurer-Kestner, Dreyfus. Zola existe sous deux formes, c'està-dire en simple buste et en buste entouré d'une couronne de verts lauriers. Ces portraits sont la reproduction de mauvaises gravures sur bois publiées dans les journaux.

Suprême honte! Mais Carnot a figuré sur ces

cartes postales, mais Félix Faure est sur ces timbres, aux côtés des Rois et des Empereurs comme en Suisse, en Allemagne, en Italie, il est sur les enveloppes des tablettes de chocolat.

Donc, si une chose peut nous froisser, c'est non pas de voir l'étranger éditer des cartes postales avec le portrait de Zola — puisque c'est, chez lui, chose habituelle, d'usage constant — mais bien de le voir s'élever violemment contre l'opinion publique française, dans une affaire considérée par nous comme purement nationale.

Mais les peuples subissent des courants, des impressions que rien ne peut arrêter. Ne nous sommes-nous pas tous levés pour la Pologne, malgré la Russie, contre la Russie même. Et, cependant, au point de vue strictement national, cela ne nous regardait nullement. Eh bien ! les motifs qui, alors, nous faisaient agir sont ceux qui viennent de troubler si profondément l'Europe; ceux que nous ferons connaître dans le prochain chapitre.

La conclusion, elle est bien simple.

Les jurés avaient le droit de condamner Zola, citoyen français — et ils ont considéré que c'était leur devoir — mais l'écrivain, le penseur , l'intellectuel — puisqu'on a mis le mot à la mode — en communion avec le monde entier, est au-dessus de toutes les juridictions, de tous les tribunaux. Et

s'il plaît à Paris de caricaturer, de chansonner, de traîner dans la mélasse l'homme dans lequel il ne voit plus que le défenseur d'un traître, l'étranger, au nom de cet internationalisme de la pensée, qui a fait la puissance du XVIII e siècle, et dont nous fûmes toujours, jusqu'en ces dernières années, les agents les plus éloquents, a le droit de populariser et de répandre sous toutes les formes le portrait de Zola, sans que ce soit une honte pour l'écrivain ou une insulte à l'égard de la France.

Méconnu en Allemagne, encensé à Paris, Heine est-il moins grand pour cela? Bafoué à Paris, porté en triomphe dans le monde entier, Zola ne perd rien de sa gloire littéraire.

Son erreur a été de croire que nous étions encore au siècle de l'Esprit et de la Pensée triomphante; que l'acte de courage d'un homme venant offrir sa poitrine aux lances ennemies lui rallierait bien des suffrages. Il a cru en sa force, en sa puissance d'expansion : il a cru qu'il lui suffirait de se montrer lui, l'homme du labeur et du travail acharné, lui vainqueur en tant de grandes batailles littéraires, lui n'ayant jamais trempé dans aucune malpropreté publique, pour retourner l'opinion du pays.

Quelle illusion fut la sienne !

Et quelle méconnaissance de notre société politicienne en laquelle l'argent a tout faussé, tout

s$li, tout corrompu à tel point que si Voltaire avait à défendre Calas, de nos jours, cent pamphlétaires se lèveraient pour le conspuer, pour iiii jeter au visage quelque grossière injure.

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