LE THEATRE DREYFUS
La chute de Dreyfus est déjà venue sur les planches. Mais l'exposition des faits fut telle que Zola s'est vu forcé d'écrire une critique des plus virulentes sur la façon dont les personnages ont été mis en scène.
(Lustige Blàtter, de Berlin, février 1898, n° 5.)
* Au premier plan Zola prenant des notes - et Scheurer-I£estner sifflant.
CARICATURES ALLEMANDES 175
* Cette caricature fait allusion dune manière indirecte, est-il besoin de le dire, à 'l'affaire Dreyfus, jouée sur le théâtre politique des bords de la Seine. Mais à ce propos, il n est pas sans intérêt de rappeler que l'affaire elle-même, considérée à tous les points de vue, par l'étranger, comme sensationnelle au plus haut degré, a été déjà portée plusieurs fois sur la scène de théâtres — non politiques — mais populaires, en Hollande et en Allemagne.
En Hollande, ce fut dès le mois de décembre 1897, et l'on n'a*pas oublié qu'à ce moment une campagne de presse assez vive fut menée par certains journaux contre M. Hanotaux, coupable à leurs yeux de ne pas avoir exigé du gouvernement hollandais l'interdiction de la dite pièce. Mais alors l'opinion publique n'avait pas encore déraillé, et tout le monde comprit que c'était là pure folie, l'étranger étant libre de s'emparer d'une question politique pour la mettre à la scène et même de représenter Dreyfus en martyr. A nouveau (février 1898), l'affaire vient d'être mise au théâtre et jouée à Hambourg. Yoici comment s'exprime à ce sujet la Patrie :
« Dreyfus est encore présenté comme un martyr ; mais cette fois la pièce se joue en Allemagne. Rien de plus naturel.
« Le public hambourgeois aurait fait un grand succès à ce mélodrame , applaudissant surtout les passages où notre armée est insultée. S'il faut en croire certains journaux, à la sortie, les spectateurs auraient manifesté en faveur de Zola.
« La pièce sera très prochainement jouée à Berlin. »
Ajoutons qu'en Belgique et en Suisse l'actualité dreyfusienne est également portée à la scène. Anvers doit représenter le drame de M. Yan Sprinkhuyzen, Dreyfus of de Martelaar van hat Duivel seiland, au sujet duquel l'auteur- acteur a déclaré lui-même avoir fait œuvre ne blessant personne, « bien au-dessous des accusations de Zola, et tenant haut V honneur de la France et de V armée partout où l'action lui en a donné la faculté ».