‹ L'affaire Dreyfus et ses ressorts secretsChapitre 1 sur 39 · PREMIÈRE LUEUR DE JUSTICE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LUEUR DE JUSTICE

Extrait de la Fievue maçonnique de février 1895.

Le jo janvier i8g5 (cinq jours après la parade de dégradation du capitaine Dreyfus), la Loge TEquerre, relevant de la Grande Loge de France, discute une question de haute morale ainsi forinidée : « Du Lien entre la justice sociale et le traitement des animaux ».

M. SERIN ne croit pas s'écarter trop du sujet en faisant part de ce qu'il a entendu dire à la Loge Diderot par M. Paschal Grousseï. // s'agit aussi dafîs l'espèce de notre inanière de comprendre et d'appliquer la justice.

M. Paschal Grousset a émis l'opinion, à propos du procès récent de haute trahison, que la forme du huis clos absolu par un conseil de guerre est inacceptable et jure avec les garanties les plus élémentaires de la justice et les principes d'humanité et de droit les plus certains de la Révolution. Le prétendu danger de révélations au profit de T extérieur n'était pas sérieux pour bien des motifs. L'interrogatoire secret, en admettant qu'il fût nécessaire, pouvait être étroitement limité. Il n'est nullement admissible non plus — tie fût-ce que par dignité nationale — que le huis clos eût été exigé par une ambassade étrangère, et le fait en lui-même n'est pas vraisemblable . Il faut donc gémir de ce que nous venons de voir, abstraction faite du fond du procès, qui est réservé.

M. MiNOT dit éprouver un grand soulagement de conscience civique en entendant de pareils regrets s'affirmer. La vérité du principe défendu par M. Paschal Grousset est une vérité périlleuse à exprimer au înilieu d'un courant d'opinion aveugle qui se trouve lui être actuellement contraire. M. Paschal Grousseï mérite les applaudissements et le respect des hommes réfléchis et des amis de la justice vraie, pour avoir eu le courage fort noble de pousser cette note de protestation. M. Mimot ajoute qu'il a l'habitude de ne pas régler sa conviction propre sur les décisions des tribunaux quels qu'ils soient, en ce qui concerne la culpabilité ou la non-culpabilité des accusés ; à plus forte raison son jugement personnel reste-t-il en suspens da)is le cas particulier auquel il est fait allusion. Peu lui importe qu'une presse méprisable ait allumé l'instinct féroce des foules à propos de cette affaire. Lliomme sensé ne pi^end pas ses inspirations dans ces emballements, adultérés de la convoitise de la popularité et de l'âpre té des intérêts les plus vils.

Et ses Ressorts secrets

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