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sieurs. U injure, il est vrai, semble vairïe. On en a trop abusé contre les honnêtes gens pour quelle atteigne désormais les coquins. C'est avec des armes plus réelles qu'il faudrait frapper. Quand une société a perdu toute notion du bien et du mal, du juste et de tinjuste, quand elle est à ce point pourrie, une révolution s'impose. Elle sei^ait uri acte de sagesse.
Comment finira cette lutte à laquelle nous assistons, depuis dix mois ? On ne saurait le dire. Uimprévu seul arrive. Mais même si nous étions vaincus, nous ne regretterions point notre effort. C'est Une haute volupté pour certaines âmes que d'avoir raison contre tout le monde et d'être persécuté pour cela même. - '
Drey/us est innocent. Nous en avons, à cette heure, l'absolue certitude, nous en avons établi la preuve matérielle par la démonstration péremptoire que toutes le^ présomptions
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de culpabilité contre ce malheureux officier sontinexistarites et qu'il fut victime de la plus effroyable, de la plus odieuse machination dont les annales judiciaires garderont la trace.
Par tous les moyens, nous avons voulu répandre la lumière, dessiller les yeux. La plupart d'entre nous ont sacrifié à cette œuvre une année entière, leurs projets littéraires, le livre qu'ils méditaient d'écrire. Quelques-uns ont perdu leur situation, abandonné le jour-, nal qui [les faisait vivre, pour reconquérir leur indépendance, leur franc-parlcr. On les qualifia de vendus^ Qu'importe ! Notre récompense n'est-elle pas dans ce seul fait que nous pourrons, un jour, nous rendre ce témoignage que nous ne fûmes point complices par notre indifférence d'un affreux crime social?
La vérité, il faut bien le reconnaître, ne fut jamais avec les masses, cette majorité compacte dont parle quelque part Ibsen. De tout temps — V histoire en témoigne - — elle
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fat proclamée par une faible minorité. Souvent même — Galilée, Christophe Colomb en sont des exemples — elle s'incarna dans U7i seul. Toujours, contre elle/ se liguèrent furieusement les religions, les pouvoirs publics, les souteneurs de l'autorité, tous ceux qui ont intérêt au mensonge et qui en vivent, et tous les préjugés sociaux, les peuples assujettis à des habitudes de sentir et de raisonner qui favorisent leur paresse d'esprit, les dispensent de penser. La vérité n'est acceptée par eux que pervertie, dénaturée, devenue V erreur. Croire en l opinion publique est une sottise ou une lâcheté.
On nous déclara que nous nous mêlions de choses qui ne nous regardaient point, parce que nous n'étions que des littérateurs. Objection ridicule. Pour être littérateurs, nous n'en sommes pas moins des citoyens, citoyens d'une République où chacun a le droit de discuter, de contrôler tous les actes du pouvoir. Tout
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ce qui intéresse V humanité nous regarde, et d'autant plus que nous sommes des littérateurs, c'est-à-dire des hommes d'art et de pensée, à V avant-garde des idées. Quand on viole la justice, quand on outrage la raison, c'est plus qu'un droit, c'est un devoir de protester. ■ Et c'est rfç la littérature aussi, et de la meilleure, d'après même la définition un peu étroite qu'en donnent ceux qui ne voudraient voir en elle que l'expression et la réalisation exclusive de la beauté. Il n'est de plus grande beauté que la défense de l'innocence et de la justice, de plus grande laideur que le désintéressement des iniquités et des souffrances humaines. Si la littérature ne consistait qu'en une vaine orfèvrerie y le pur travail du rythme et de la forme, il faudrait en exclure Montaigne, Pascal, Voltaire, Rousseau, Michelet, Zola et les plus nobles penseurs qui sont la gloire des lettres françaises.
Mais il faut signaler tout particulièrement
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la mauvaise foi de ceux qui nous font ce reproche : (( Pourquoi vous occupez-vous seulement de Dreyfus y alors qu'il existe tant d'autres erreurs^ tant d'autres victimes, tant d'autres innocents dont' vous ne vous souciez guère? » Or, il se trouve justement que la plupart de ceux qui réclament la revision dw procès de 1894 sont les mêmes hommes qui, en toute circonstance, se disti/iguèrent par leur générosité, défendirent le faible, dénoncèrent les abus, s'élevèrent contre la tyrannie des plus forts. Qu'on en juge par ces noms, les premiers qui me viennent à la mémoire et qui parlent assez d'eux-mêmes :
ZoUt Jaurès, Clemenceau, Ranc, Séverine, Gérault-Richard, Octave Mirbeau, Trarieux, Jean Grave, Elie Reclus, Henry Leyret qui arracha Cyvoct au bagnCy Cyvoct lui-même, Yves Guyotj Bernard Lazare , Gustave Geffroy, Sébastien Faure, Lucien- Victor Meunier, Ajalbert, Paul Genty, Hector Dépasse, Léopold