L'AFFAIRE BU COLLIER
22 août. » Au Parlement l'alarme fut vive. L'auguste tribunal décida qu'une délégation de magistrats « se retirerait » par devers le roi pour le supplier d'arracher cette délicieuse victime au sort épouvantable qui la menaçait. Le gouvernement s'en émut, prit des informations à la Bastille. Le marquis de Launey répondit que la prisonnière se portait à merveille et se promenait journellement au haut des tours l.
Tout ce bruit eut néanmoins pour résultat de hâter la mise en liberté de Mme de Cagliostro qui sortit de la Bastille le 18 mars. Elle se rendit à son hôtel, rue Saint-Claude, où, durant plus d'une semaine, un registre déposé chez le concierge se couvrit de signatures tout le long du jour. « Il n'est pas rare de voir le soir près de trois cents visites sur la liste de son portier. » « Il est exactement de bon ton, disent les nouvellistes, d'avoir passé à l'hôtel de Cagliostro. » Ceux qui avaient l'honneur d'être reçus par la comtesse, assuraient en sortant qu'elle avait tant pleuré à la Bastille que ses yeux en étaient presque usés. Heureusement, ce qui en restait était encore fort présentable et les consolateurs frappèrent en grand nombre à sa porte, empressés à lui faire oublier la
1. « 1786, 23 février. — « Le commissaire Chesnon, Monsieur, vient de votre part nous témoigner l'inquiétude de MM. du Parlement sur la santé de la dame de Cagliostro. Vous devez être persuadé, Monsieur, que si elle avait eu la moindre indisposition vous en auriez été instruit, comme vous avez coutume de l'être de ce qui arrive journellement dans le château. Cette dame n'est point malade. Elle se promène tous les jours et dans ce moment elle est sur les tours. Elle s'est donnée il y a quinze jours un petit effort dans le poignet gauche, mais cela ne l'empêche pas de s'amuser à travailler. M. Chesnon a été ce matin chercher le médecin du château qu'il n'a pas trouvé. Il lui a écrit et dès qu'il sera venu je vous ferai passer son rapport. » Lettre du marquis de Launey, gouverneur de la Bastille, au lieutenant de police. Minute de la main de Launey, Bibl. de V Arsenal, ms. Bastille, 12517, f° 126. Mme de Cagliostro était servie à la Bastille par sa propre femme de chambre, Françoise, qui avait été mise auprès d'elle. Bibl. de l'Arsenal, ms. Bastille, 12157, f° 26.