BETTE DÉTIEN VILLE ROMANCIER
1855 il voulut fonder une Université des arts mécaniques et couronna sa carrière par une belle dissertation suri' 'Inviolabilité des propriétés (1826). Peut-être eût-il dû la commencer par la mise en pratique de ces nouvelles maximes. Il termina ses jours dans une affreuse misère : on a de lui des lettres lamentables mendiant des secours comme « vieil homme de lettres ». Il demeurait alors au n° 6 de la rue de l'Échaudé. « Si vous êtes humain, écrit-il à un confrère, comme quelques gens de lettres auxquels je me suis adressé en pareil cas, vous ne verrez dans ma demande que la dernière ressource que me laisse le désespoir. Si vous ressemblez au grand nombre qui m'a repoussé sans pitié, si faut me résigner. Il est des cœurs d'acier que rien ne saurait émouvoir; il en est de compatissants qui se plaisent à soulager un vieillard; puissiez- vous être de ce nombre et nf accorder un léger don 1 ».
Ils finirent donc tristement, les gais compagnons, enfants de bohème. Tout en leur tirant les oreilles, remercions-les avec un sourire d'avoir animé cette histoire de leurs capricieuses drôleries. Bette d'Etienville, bourgeois de Saint-Omer « vivant noblement de ses biens », le baron de Fages-Chaulnes, cadet de Gascogne authentique, le comte de Précourt, chevalier de Saint-Louis, « qui s'était trouvé dans deux combats sur mer, à trois batailles, cinq sièges, plus de
1. Original dans la collection de M. Adrien Blanchet. Betle d'Étienville mourut à Paris en 1830.
vingt chocs et rencontres et qui avait fait toute la guerre de Pologne où il avait commandé », sans oublier Dom Mulot, chanoine régulierde Saint-Victor, — auraient été dignes de lier partie, sous la plume de Lesage, avec Gil Blas de Santillane, ou d'animer de leurs cocasses fredaines les comédies d'un Regnard.