‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 22 sur 120 · PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION. XXV

Un dernier mot. De la première édition de ce livre à celle-ci nous avons fait toutes les corrections qui nous ont été signalées. On a vu plus haut à quel point correspondants, auxiliaires bienveillants et critiques avaient été nombreux. Plusieurs d'entre eux ont repris le livre minutieusement du commencement à la fin : quelques-uns dans l'esprit le plus hostile. Nous avons utilisé toutes les sources nouvelles qui ont été portées à notre connaissance. Et à présent nous prions le lecteur de vouloir bien nous permettre de lui demander de comparer cette cinquième édition à la première. La trame du récit a-t-elle été touchée? non seulement le fond et les conclusions, mais les appréciations, l'enchaînement des faits, le détail des caractères et la description des milieux, le nœud, les péripéties, le dénouement, ne sont-ils pas demeurés identiques? Tout ce que l'esprit peut retenir d'un livre n'est-il pas resté le même? Et devons-nous désirer une autre justification de la méthode que nous avons adoptée, de la conscience que nous avons mise à l'appliquer de notre mieux?

Fr. F.-B.

Montfermeil, le 20 novembre 4902.

Des grands procès dont l'histoire a gardé le souvenir, l'affaire du Collier est peut-être celui qui a exercé l'action la plus profonde sur les destinées de notre pays. Les passions s'en emparèrent. Il fut dans les mains des politiciens un bélier dont ils ébranlèrent la monarchie. « Le procès du Collier, dit Mirabeau, a été le prélude de la Révolution1. »

Marie-Antoinette y perdit joie et repos. « A cette époque, écrit Mme Campan, finirent les jours fortunés de la reine. Adieu pour jamais aux paisibles et modestes voyages de Trianon, aux fêtes où brillaient tout à la fois la magnificence, l'esprit et le bon goût de la cour de France; adieu surtout à cette considération, à ce respect, dont les formes accompagnent le trône, mais dont la réalité seule est la base solide. »

Goethe se passionna pour cette intrigue. Il tint à

1. Opinion rapportée par le comte de la Marck, Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck pendant les années 1789, 1790 et 179 f, publiée par M. de Baeourt. Paris, 1851, 3 vol. in-8.

2 l'affaire du gdllier.

se mettre en rapport direct avec Breteuil, qui y avait joué un rôle important. 11 étudia l'affaire dans les sources mômes, dans les pièces de procédure, et en découvrit les conséquences, de son esprit clairvoyant : « Ce procès, dit-il, fit une secousse qui ruina les bases de l'État. Il détruisit la considération que le peuple avait pour la reine, et, généralement, pour les classes supérieures, car — hélas! — chacun des acteurs ne faisait que dévoiler la corruption où se débattaient la Cour et les personnes du plus haut rang ». Goethe ajoute : « L'événement me remplit d'épouvante comme l'aurait fait la tête de la Méduse. Ces intrigues détruisirent la dignité royale. Aussi l'histoire du Collier forme-t-elle la préface de la Révolution ». Non qu'elle en ait été la cause — les causes en histoire sont toujours d'une importance égale à l'effet; mais, par la surexcitation qu'il produisit dans les esprits, le procès fut le signal du mouvement par lequel fut mise au jour l'altération profonde qui s'était faite insensiblement dans les idées, les croyances et les sentiments. « La reine, poursuit Goethe, étroitement liée à cette fatale affaire, y perdit sa dignité, sa considération ; elle y perditdans la pensée populaire cet appui moral qui faisait d'elle une figure intangible1. » Jugement confirmé par le plus éminent des historiens de Marie-Antoinette, M. Pierre de

1. Goethe, la Campagne de France, éd. Arthur Chuquet, p. K>9.

Goethe a essayé de reconstituer l'intrigue du Collier dans une comédie, der Gross-Kophta, où l'on voit l'opinion cpa'il se faisait des différents personnages en action. Le caractère du cardinal de Rohan {der Domfçerr^ est tracé très heureusement. Cagliostro {der Graf), la comtesse de la Motte {die Marquise), le comte de la Motte {der Marquis), Mlle d'Oliva (die Nichte), sont figurés par leurs traits essentiels. Mais Goethe a réuni en une seule personne Mlle d'Oliva et Mlle de la Tour, nièce de Mme de la Motte. Un seul personnage a été inventé pour les besoins de la pièce, le chevalier {der Ii'tler); encore ce rôle parait-il inspiré par le baron de Planta.

Nolhac : « A partir de l'affaire du Collier, la France se hâte vers la Révolution. La royauté a perdu son dernier prestige, Marie-Antoinette est, par avance, découronnée 1 ».

En raison du retentissement qu'ils ont eu, les faits ont été déformés par l'esprit de parti , chacun s'efforçant d'y trouver des arguments à sa cause; ce qui n'était d'ailleurs pas difficile dans l'amas de documents, mémoires et dissertations des avocats, brochures, libelles, pamphlets, plaquettes au rouleau, gazettes et articles de journaux, nouvelles à la main, petits vers et brevets à la calotte, sarcelades et pasquinades, reportages, bavardages, commérages et papotages, où l'affaire fut noyée dès les premiers jours.

La quantité de textes parvenus jusqu'à nous, qui permettent, non seulement de dénouer le nœud de l'intrigue, mais de connaître la vie des divers personnages, d'y pénétrer dans les coins et recoins, d'en faire saillir les menus détails, est vraiment surprenante. Indications qui coulent de source : ce sont les pièces du procès , interrogatoires , récolements , confrontations2; les « résumés » avec notes et appréciations personnelles des magistrats mêlés à l'instruction 3 ; les plaidoyers , mieux encore , les dossiers des avocats; les lettres et correspondances

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