‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 31 sur 120 · MARIE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

MARIE-THÉRÈSE

On peut dire que Marie- Antoinette a été victime de sa tendresse pour sa mère. Quel sentiment eût été plus légitime s'adressant à une mère comme Marie- Thérèse, de qui le génie était agrandi par le cœur! A Marie-Antoinette,* — venue en France à quinze ans, auprès d'un mari lourd, gauche, renfermé, qui ne pouvait alors la comprendre et qui ne la comprit d'ailleurs que peu à peu, à mesure que son esprit à lui-même se développa ; jetée à quinze ans dans cette Cour où le vice trônait avec une hardiesse impudente en la personne delà Du Barry; abandonnée en toute inexpérience aux passions ambitieuses qui s'arrachaient son influence, se disputaient son appui, point de mire des intrigues les plus basses, les plus méchantes souvent, — qui, au monde, pouvait servir d'appui et de guide? Elle n'en avait et ne pouvait en avoir d'autre que sa mère. Son mari ne voit ni ne sent; Louis XV est corrompu et indifférent; ses tantes, Mesdames Adélaïde, Sophie et Victoire, sont de vieilles filles au cœur sec, à la pensée étroite, aigries, désagréables, ennuyées. C'est la Du Barry qui désigne à la.dauphine sa dame d'atours.

Marie-Thérèse en profita pour faire de sa fille un instrument de sa politique. L'impératrice ne présageait pas, évidemment, combien cette complicité deviendrait funeste à « la pauvre innocente reine », comme elle l'appelait parfois; et celle-ci, de son côté, élevée dans la pensée que l'union indestructible de la France et de l'Autriche assurait le bonheur du monde, ne pouvait imaginer, en la bonté, simplicité et naïveté de son être, qu'en servant les intérêts de sa mère, elle s'exposerait un jour aux reproches d'avoir desservi ceux de sa nouvelle patrie.

Pour agir sur sa fille, Marie-Thérèse avait non seulement les lettres qu'elle lui écrivait d'une plume si forte et autorisée; elle entretenait a'uprès d'elle un agent d'un tact et d'une adresse incomparables, le comte de Mercy-Argenteau. « Sur le point de Rohan, écrit-elle à son représentant, .je touche un mot à ma fille, en lui commettant de n'en parler qu'à vous. Sans porter des plaintes formelles, je souhaiterais et compte que le roi voudra me complaire en me délivrant de cet indigne représentant. » Et Mercy répond : « J'ai demandé à madame la dauphine trois ou quatre jours de temps pour bien combiner la démarche que Son Altesse Royale aura à faire vis-àvis du prince de Rohan/ Je lui exposerai quels moyens elle pourra employer».

Pressée des deux parts, Marie-Antoinette se découvrit. Elle parla directement à Mme de Marsan, tante du prince Louis, et lui conseilla de faire demander par sa famille même le rappel du jeune ambassadeur. A ce moment Marie-Thérèse semble avoir entrevu le danger qu'elle faisait courir à sa fille : « Gomme les parents de Rohan sont nombreux et assez puissants, il y en a qui craignent qu'ils ne vengent sur ma fille

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